Ben Oun, «Khannag Larouah» (Preneur des âmes…) 3/6 : Massacre à Zaghouan…





Ben Oun fut condamné à mort. Une forte récompense a été décidée au profit de celui qui le tuera. Conjointement, les soldats, en majorité des mercenaires recrutés à tour de bras pour renforcer une armée beylicale très mal organisée, ratissaient plaines et campagnes à la recherche de ce rebelle adulé par les siens. Bientôt, les rumeurs allaient éclater, évoquant l’héroïsme d’un Ben Oun faisant, désormais, partie de la légende.

Tunis - Le Quotidien
En réalité, Ben Oun n’était pas méchant, mais il était nourri par une haine sans limite à l’égard de tous ceux qui ont contribué à l’effritement de sa tribu. Il est vrai que sitôt Ali Ben Ghedhahem éliminé, les «Mejer» ont perdu leurs terres. Ainsi, ils étaient contraints de retrouver leur vie de nomades, parcourant la région des plateaux du Sud au Nord à la recherche de nourriture pour leur bétail. Ils devaient, en plus, subir les agissements des agents du Bey et surtout faire face à un grand danger, à savoir les attaques des autres tribus... Néanmoins, ils pouvaient toujours compter sur Ben Oun...
L’an 1871 fut l’une des années les plus catastrophiques que la Tunisie ait jamais connues. La pluie se faisait rare et la sécheresse avait totalement détruit la terre. Les gens avaient réellement faim. Les épidémies de choléra se multipliaient. Les décès se comptaient par dizaines. Les rats avaient quitté leurs terriers, envahissant les maisons et s’attaquant aux réserves de nourriture. Le typhus avait fait son apparition... Les lépreux étaient partout. Les visages défigurés, ces malades étaient évités et isolés jusqu’à ce que la mort les emporte. Et pourtant, à Tunis, la capitale de la Iyala, personne ne bougeait le petit doigt pour venir en aide à la population. Pis encore, plusieurs régions du centre-ouest du pays ont été mises en quarantaine. Personne n’y sortait et personne n’y entrait. Sauf une, il s’agit de Ben Oun...
Conscient de l’ampleur du drame, il décida d’agir... Il fallait avoir de la nourriture pour ces gens laissés pour compte «Kouli ya Tounes ou radhii oulidek, Ellila Ben Oun yakhtaf thridek» (Mange... ô Tunis et allaite ton bébé. Ben Oun, ce soir s’emparera de ton dîner). Ce fut là quelques vers qui allaient constituer l’hymne de Ben Oun dans ses conquêtes menées à l’encontre des riches afin de retrouver de la nourriture pour les siens.
Le rebelle savait pertinemment que seule la capitale était encore épargnée par la famine. Mais s’aventurer à Tunis tout seul était une entreprise trop risquée. Il fallait alors retrouver des hommes courageux et surtout déterminés à arracher un morceau de pain de la gueule du loup. Dès lors, il quitta son refuge et prit contact avec les siens. Il réussit à convaincre quelques cavaliers de venir le rejoindre dans son combat. Ben Oun est maintenant à la tête d’une véritable petite armée.
«Ben Oun lam rjoulou, Ghodwa y’rajeê malou, willi takhnag...lil mout yaâti hbalou...» (Ben Oun a réuni ses hommes... Demain, il récupérera ses biens. Et celui qui est mort étouffé, il n'a qu’à remettre les cordes à la mort).
Le mot d’ordre donné, Ben Oun et ses hommes partirent sur les routes de Tunis non sans être conscients des dangers qui les guettaient.
Ils traversèrent les montagnes et passèrent des nuits entières sans manger. Et lorsqu’ils atteignirent la ville de Zaghouan, ils étaient tellement épuisés qu’il leur a fallu une journée entière pour retrouver leurs forces.
Ben Oun et ses hommes se réfugièrent à l’intérieur du temple d’eau, un édifice de l’époque romaine située à quelques encablures de la ville. Cet endroit était peu fréquenté. Il était même déconseillé de s’y rendre. Les habitants de la région pensaient que le temple était habité par des «Jinns».
A la tombée de la nuit, Ben Oun réunit ses hommes et partagea les tâches. On décida d’attaquer de nuit. Il fallait s’emparer du bétail et de denrées en tout genre.
En un laps de temps très court, Ben Oun et ses hommes devaient passer au peigne fin toutes les propriétés agricoles situées à la périphérie de la ville. Il fallait cependant neutraliser les gardiens. Ben Oun se chargea de cette tâche...On dit que durant cette nuit, il avait commis un véritable massacre... Dix hommes, en effet, périront dans cette attaque.
(A suivre)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com