Sur les traces de Ben Oun «Khannag Larouah» (Preneur des âmes) (4/6) : «Ftima, mon amour»





Tunis — Le Quotidien
La ville de Zaghouan est peu présente dans l’histoire de notre pays. On ne lui connaît pas de faits qui ont marqué le passé de la Tunisie. Même les Romains et les Carthaginois ont préféré s’installer sur les hauteurs de la ville que dans la ville elle-même.
Néanmoins, ce que l’on ignore, c’est que cette ville a été depuis toujours une bonne planque pour les riches et les aristocrates. En voilà, peut-être une raison pour laquelle on a voulu garder Zaghouan loin des lumières. Et si l’instinct de Ben Oun l’avait conduit ici, c’est que quelque part le destin avait fait en sorte qu’il constate de ses propres yeux, comment un pays peut évoluer à deux vitesses. Une Tunisie profonde malade et affamée et une autre Tunisie riche et rayonnante...
Alors que généraux, émissaires et autres envoyés spéciaux du gouvernement français négociaient avec le Bey au Bardo le futur traité du protectorat du 1er mai 1881, le royaume allait se réveiller sur les échos d’une attaque ayant eu lieu dans les faubourgs de la ville de Zaghouan. On informa le Bey qu’une bande de malfrats avait attaqué sa résidence s’emparant au passage du bétail.
Plus que jamais Ben Oun est présent dans les discussions des gens. Vraisemblablement, cette attaque avait fait plusieurs morts, mais les rumeurs avaient rapidement circulé et à chaque fois on avançait un nouveau chiffre à telle enseigne qu’à Sbeitla, la ville natale de Ben Oun, on est allé jusqu’à prétendre que la ville de Zaghouan est tombée dans les mains de Ben Oun et ses hommes.
Ben Oun faisait, désormais, partie de la légende. Et si à Tunis, il était considéré comme un criminel à l’intérieur du pays, il était pris pour un héros.
Mieux encore, les jeunes filles rêvaient de lui et les poètes rimaient spécialement les vers pour lui. «Bazzoul El Jazia radhaâ ou jayyab fi essiouda, sif Ben Oun lammaâ, tkhafa ou tirhba ettrouda»... (El Jazia, la courageuse a allaité le lion, l’épée de Ben Oun brille, et fait peur aux proies...).
Toujours est-il que Ben Oun n’allait pas décevoir les siens. Bien au contraire, il allait multiplier les opérations non sans distribuer équitablement le butin sur les pauvres et les démunis.
Cette générosité lui avait valu le respect et l’amour des gens. Lorsque dans les cérémonies des mariages et autres fêtes on citait son nom, les cœurs des jeunes filles se mettaient à battre de plus en plus fort. Chacune d’elles voyait en lui son petit prince charmant. On dit qu’il suffit que l’une d’entre-elles retroussait un petit peu les manches de son «Houli» (vêtement traditionnel porté par les femmes) pour bien distinguer le nom de Ben Oun tatoué sur leurs bras. Mais Ben Oun ne pouvait jamais oublier sa cousine «Ftima». Ils avaient grandi ensemble, joué également ensemble et avant de prendre le maquis, Ben Oun lui avait promis de revenir un jour la demander en mariage.
A vrai dire, tout le monde savait que «Ftima» était promise à Ben Oun. Qui pouvait oser même penser se rapprocher d’elle.
On dit qu’à l’instar de toutes les femmes de «Mejer», Ftima était très belle. La blancheur de sa peau était telle qu’on pouvait bien distinguer ses veines qui arrosent un cœur totalement voué à Ben Oun. Des yeux noirs et des cheveux plus noirs encore, Ftima sortait tout droit d’un conte de mille et une nuits. Ceci étant dit, elle méritait que Ben Oun déclare une petite trêve.
Discrètement, il envoya l’un de ses hommes pour rencontrer le père de sa dulcinée. Ben Oun avait en effet décidé de se marier.
Néanmoins, il fallait prendre toutes les mesures de sécurité afin d’éviter une mauvaise surprise. Ben Oun savait qu’il était recherché. Sa tête était mise à prix et le Bey exigeait qu’on le ramène mort ou vivant.
On décida, ainsi, de ne pas annoncer la nouvelle. Mais les préparatifs allaient déjà bon train. Ben Oun ne fera son apparition à Sbeitla que la nuit de ses noces.
Il fut accueilli tel un héros revenant d’une conquête glorieuse.
On dit que ce soir-là, on avait égorgé cinquante moutons. Pour une fois, les gens avaient mangé à leur faim... Tout au long de la soirée, les poètes se relayaient pour vanter les mérites de l’enfant prodige... Et lorsqu’on avait jeté l’étoffe de soie tachée de sang dans la vaste cour où dansaient les invités, on avait compris que l’héritier de Ben Oun allait, bientôt voir le jour...
(A suivre)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com