Sur les traces de Ben Oun «Khannag larouah» (Preneur des âmes) : Ben Oun, la bête noire de la France





Marié, Ben Oun décida de s’installer à Sbeïtla. Il ne risquait plus rien d’autant qu’à Tunis, le Bey n’est plus le seul à gouverner le pays. Il partage, désormais, le pouvoir avec un autre responsable plus vorace encore. Il s’agit du Résident Général, représentant du gouvernement français en Tunisie.

Tunis-Le Quotidien
L’armée française, après avoir envahi le Nord du pays, est positionnée maintenant à Bizerte. Le Bey accepta de signer la convention du protectorat et la Tunisie, de ce fait, est devenue terre française. La géographie est bousculée: Maroc, Algérie et Tunisie ne font plus qu’un seul pays.
Les peuples de la région sont relégués au rang des indigènes. Leurs terres sont expropriées. Leurs droits sont bafoués. L’armée française a transformé la région en une vaste zone militaire. Bientôt une autre population sera implantée au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Les Européens et en particulier les Français arrivaient par milliers. On les appellera les colons. L’Afrique du Nord s’apprête à inaugurer une ère sanguinaire.
L’Algérie est tombée en 1830. Un grand mouvement de résistance se déclencha. L’émir Abdelkader déclara «El Jihad». Mais l’armée française réussit à réprimer le soulèvement du peuple algérien et étendit son pouvoir sur tout le territoire. Un territoire très difficile à gérer d’autant qu’il est confiné entre deux autres pays qui pouvaient servir de base arrière pour la résistance.
Alors, à Paris, on décide d’annexer les deux ailes de l’Algérie et en 1881, le Maroc et la Tunisie sont envahis par l’armée française qui les a déclarés deux protectorats français.
Politiquement, les populations locales n’étaient pas en mesure d’évaluer la situation. Il est vrai qu’ils avaient toujours vécu avec un envahisseur sur le dos.
Quoiqu’il en soit, ces Français ne pouvaient être pire que les Ottomans, du moins c’est que disait, «ces autres Tunisiens» fervents défenseurs de la présence française en Tunisie.
A l’image de tous les colonisateurs, la France a réussi à recruter quelques personnalités pour faire de la propagande à sa présence dans le pays. On promet ainsi la construction d’hôpitaux, d’écoles et surtout du travail pour tout le monde…
La modernisation frappe à la porte de la Tunisie, dira-t-on. Comment alors la chasser… et surtout s’en priver?
Cet état d’esprit régnait particulièrement dans les grandes villes. A l’intérieur du pays, la réalité était toute autre. Les tribus refusaient de coopérer avec l’armée française. On alla jusqu’à l’affrontement et des villes comme le Kef, Gafsa, Béja et Médenine avaient tenu tête aux soldats français dans des combats qui demeurent jusqu’à nos jours gravés dans la mémoire populaire.
Toujours est-il que tout un chacun était à cette époque concerné par cette noble cause. Même ceux que l’on considérait comme des hors-la-loi. A vrai dire, l’histoire du Mouvement national regorge d’exemples de ces hommes qui, du banditisme, avaient basculé dans la Résistance.
Ben oun incarne parfaitement le destin de tous ceux qui ont choisi de se démarquer d’un passé plus au moins «douteux» pour venir renforcer les rangs des patriotes.
Dès 1878, une première unité de l’armée française s’installa à Sbeïtla et ses environs. Bien que la présence officielle des Français en Tunisie date de 1881, des villes frontalières du côté de l’Algérie ont été déjà colonisées par l’armée française bien avant cette date.
C’est ainsi que dans des réactions tout à fait spontanées la population locale s’est opposée aux envahisseurs. Ça et là des moyens se sont formés déclenchant un véritable mouvement de résistance.
Ben Oun ne pouvait rater ce grand rendez-vous avec l’histoire. Encore une fois, il reprit le maquis. Cette fois-ci, il est soutenu par toute la population et particulièrement par les religieux qui collaborent avec leurs homologues algériens appelant à la résistance et à déclarer le «Jihad».
Il faut dire que Ben Oun est habitué à ce genre de climat. Pour lui, ce n’est qu’une nouvelle guerre contre un nouvel ennemi. Il ne mit pas beaucoup de temps pour passer à l’acte. L’une de ses premières opérations fut l’attaque de nuit d’un convoi militaire français.
A cette époque, les explosifs étaient à leur début. On les appelle encore la nitroglycérine. Une petite dose suffisait si elle était mal manipulée à tuer son utilisateur et bien évidement sa ou ses cibles. Sans le savoir les kamikazes étaient nés…
(A suivre…)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com