Sur les traces de Ben Oun «Khannag larouah» (Preneur des âmes) (6/6) : Les héros ne se cachent pas pour mourir





Les cinquante premières années de résistance avaient permis aux militants algériens d’acquérir une grande expérience en matière de manipulation des armes et des explosifs. Les résistants tunisiens et marocains en profitèrent dans leur lutte armée contre l’armée française.

Tunis-Le Quotidien
Nous sommes toujours en 1881 et à l’intérieur du pays. Déjà, quelques combattants avaient inscrit leurs noms dans l’histoire du mouvement national. Ben Oun en faisait partie d’autant que les autorités françaises le tenaient pour responsable de l’attaque d’un convoi militaire.
Les Français avaient commencé à s’installer doucement dans tout le pays. Ils imposèrent au pays un nouveau mode de vie. Les premières machines firent leur apparition. D’autres formes de commerce et de négoce virent le jour. La consommation de l’alcool n’est plus désormais interdite et sur les façades des bâtiments officiels, le drapeau beylical de couleur verte a laissé la place au drapeau tricolore.
Les Tunisiens qui habitaient les villes sont répertoriés et affichés. Une carte d’identité leur est délivrée. Bientôt, le reste de la population qui vivait dans les zones rurales suivra. N’empêche qu’ils étaient considérés comme des citoyens de deuxième degré ou plus précisément des indigènes mis au service des colons français.
Après le décret de 1886 portant sur la distribution des terres aux Français venus de l’Hexagone, les fermes agricoles modernes avaient pris la place des anciennes exploitations tenues par les Tunisiens. Un nouveau système économique proche du féodalisme s’installa. Les paysans tunisiens sont traités comme de véritables serfs. On obligea les femmes et les enfants à travailler. Les colons français avaient un droit de vie ou de mort sur les malheureux Tunisiens.
Face à cette situation, se taire relevait du crime. Les gens avaient besoin de protection et il est indiscutablement urgent de leur venir en aide.
Ainsi, après l’attaque d’un premier convoi, Ben Oun avait pu traverser la frontière pour se réfugier dans la ville algérienne de Biskra. Pendant plusieurs mois, il allait multiplier les contacts. Il réussit à constituer le premier noyau de la résistance tuniso-algérienne qui opéra dans cette zone frontalière du Centre Ouest et de l’Est des deux pays.
Bien avant le bombardement de barbare de Sakiet Sidi Youssef, le sang des Tunisiens et des Algériens avait bien coulé dans le même ruisseau.
Toujours est-il qu’à cette époque, les autorités françaises avaient choisi d’acheminer les équipements nécessaires pour leur installation en Tunisie à partir de l’Algérie où ils sont basés depuis plus d’un demi-siècle.
Ce fut une aubaine pour les opposants de la colonisation et particulièrement les combattants qui prirent pour cible ces convois.
Il ne se passait pas un jour sans que Ben Oun, entre autres, n’attaque une base française. Du coup, il était devenu la bête noire des autorités françaises… Un ennemi à abattre à tout prix.
Il était recherché partout par la cavalerie française car à cette époque la gendarmerie n’existait pas encore. Les soldats français étaient contraints de s’aventurer au beau milieu des montagnes, à la recherche de Ben Oun et de ses hommes. Seulement, à chaque fois, ils étaient obligés de rebrousser chemin et même de s’enfuir tellement la résistance était forte et farouche.
On dit que l’armée française est allée jusqu’à utiliser ses canons pour bombarder des combattants armés tout juste de quelques épées et de vieux fusils. Pourtant, la résistance n’a jamais été aussi forte. Désespérées, les autorités françaises s’en prirent aux familles des combattants. Le soldats envahirent les villages et arrêtèrent les femmes et les enfants.
Ftima, l’épouse de Ben Oun et la mère de ce dernier, sont arrêtées. Entre-temps, on lança à Ben Oun un ultimatum. Ou qu’il se rende ou qu’on abatte sa femme et sa mère.
Du chantage qui allait payer, puisque Ben Oun s’était rendu en 1896. Il fut conduit à Kairouan. Une cour martiale le condamna à mort. Il fut exécuté en 1898 sur la place publique.
A l’image de Ben Oun, plusieurs combattants et patriotes tunisiens demeurent toujours inconnus par le grand public. Il est vrai que l’histoire de notre pays -comme partout ailleurs- regorge de faux militants qui occupent toute la place et ne laissent pas les vrais héros émerger.
(Fin)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com