Tunis à quelques jours de l’Aïd : Dynamique nocturne et ruée sans précédent





Tunis se prépare à cœur joie pour accueillir l’Aïd. Avec des couleurs et des promotions. La course est contre la montre dans cette euphorie légitime au bonheur des gens et à la grisaille de nos moyens... Vadrouille nocturne.

Tunis - Le Quotidien
Depuis samedi dernier, début du 15ème jour du mois saint, Tunis n’est plus ce Tunis de mi-ouvert, mi-clos pendant la nuit. Les commerces ont eu la rituelle autorisation pour ouvrir le soir. La municipalité a aussi fait de son mieux pour donner bonne mine à la capitale et l’inonder de lumières. Ainsi, les citoyens peuvent faire à leur aise tout genre de courses sans être bousculés par la foule du jour et l’horaire de la rupture du jeûne.
Les citoyens, ces pauvres citoyens qui ne savent plus où tourner la tête avec le cumul des dépenses occasionnelles. Et les occasions (positives) ne nous en manquent point. L’une rattrape l’autre sans nous laisser le temps de souffler. Il est ainsi fait le quotidien de chez nous.
A peine débarrassé de l’été et de ses petits lots de plaisirs et de «khlâa» à la tunisienne, le Tunisien se trouve noyé dans la rentrée scolaire et ses fournitures. Et ça continue et sans répit. Pas le moindre. Puisqu’on a déjà quitté Chaâbane pour accueillir Ramadan. Et ce n’est pas rien Ramadan où on pardonne au nom de la foi toutes les extravagances du plaisir des yeux, de la table et du ventre et que toute la famille partage avec nous ce bonheur peu ordinaire. Et qui dit Ramadan sait et d’avance l’euphorie de l’Aïd et de quoi s’agit-il. Donc, tout le monde se mobilise pour l’accueillir comme il se doit.

Il y a du transport
Au soir, on a depuis quelques jours l’impression que les banlieues de Tunis se vident et les gens ne sont plus collés à leur téléviseur. D’ailleurs, il n’y a rien qui les retient. Les feuilletons de cette année sont d’un ratage parfait et la déception est à son zénith.
Dès 20 heures, les stations de bus, trains et autres métros légers grouillent de monde. Des femmes et des enfants, des hommes et des adolescents. Des grands et des petits et des gros et des maigres qui n’ont en tête qu’une seule idée: aller à Tunis et... mourir...d’envie.
Pour ce, des moyens de transport en commun ont été mis à leur service jusqu’à tard dans la nuit. On parle même de une heure et quelques après-minuit.
Pour les grincheux qui veulent se payer un taxi, ils n’ont qu’à se réveiller tôt et quitter vite leur table de gavage. Sinon, ils vont se trouver avec la foule. Des gens entassés dessus-dessous comme de la sardine dans ces engins jaunes, bleus ou verts lézard. Côte à côte, dos contre le dos, ventre contre le ventre, etc... et impossible de pouvoir respirer. Il faut tenir le souffle jusqu’à la délivrance à Tunis où on déverse à flot tout ce beau monde. Qui aime Tunis. Un Tunis pour tout le monde. Tunis pour les aisés et les moins aisés. Tunis de tous les goûts et qui affectionne tendrement, farouchement les airs de la fête.
A Tunis, tout presse. Il y a ceux qui s’affairent à la cinquième vitesse pour rendre service aux consommateurs qui se multiplient en puissance avec comme devise, qualité-prix, et bien gonfler leur caisse. Il y a aussi ces milliers de consommateurs bariolés qui se propagent un peu partout dans les rues, côtoyés par d’autres qui n’ont rien à faire... ou...autre chose à chasser de bons ou mauvais esprits.
Puis il y a une autre catégorie, celle qui évite tout casse-tête et trouve refuge dans les zaouias et mosquées se livrant corps et âme à la foi. Il y a d’autres, du genre gourmand, qui se tournant soit vers les pâtisseries et acheter le prêt à consommer, soit vers les boulangeries qui ont ces jours-ci du pain, gâteries sucrées sur la planche à cuire selon la volonté de madame ou de monsieur préférant le fait maison, plus délicieux à leurs yeux.
Le plus important c’est d’offrir de nouveaux habits à tous les membres de la famille. Ce n’est pas rien pour le Tunisien moyen. Mais il n’a qu’à se démener, fête de l’Aïd oblige.

Les couleurs de nos vitrines
Et pour répondre aux besoins et attentes de nos chers citoyens, les vitrines ont vite pris des couleurs. Ils ont affiché en rouge vif et en gras, une réduction volontaire de 5%. Il faut dire que les soldes d’été n’ont pas encore pris fin.
D’autres marchands ambulants ont investi dès samedi dernier trottoirs et chaussées rendant le passage impossible pour les piétons et les voitures.
Dans les coins et recoins de la vieille ville, on expose des vêtements pour femmes, enfants et hommes de fabrication locale et d’importation à un prix séduisant. A Moncef Bey, à Sidi Bou Mendil, à Sidi Mehrez et ça vient de divers pays.
Même la grande place d’El Hafsia, on se rue vers les fringues de seconde main en provenance du pays de l’Oncle Sam. Il suffit de les laver, repasser et ils sont comme neufs.
Les artères de la ville moderne ont aussi affiché leur mine «fiévreuse» avec trop de couleurs chaudes. Tout est là. Pour l’été et pour l’hiver (bonnets, bottes, tricots de grosse laine et j’en passe). Des coupes qui remontent à l’ère de Noé et le temps s’est bien arrêté avec toutes ses poussières et modes dépassées. En face comme à côté, d’autres commerces au goût du jour. Nous caressons avec un réel plaisir les prix assez doux et nous léchons du regard des robes, pantalons, sous-vêtements en provenance de Turquie, de Chine, d’Inde... On continue de se «trimbaler» la silhouette entre les rues commerçantes de Tunis sans oublier la presque «défunte» rue Charles-de-Gaulle qui essaie de remonter la pente et de redresser sa comptabilité avec ces produits importés plus proches de ceux de Tati pour toutes les bourses, que de haute marque, apposés d’une griffe en vogue.
La grande marque, il faut la trouver ailleurs. Un brin au Palmarium, un brin au Lac, à El Manar, à La Marsa et j’en oublie. Mais là, ça coûte les yeux de la tête «Vous me montrez cette petite jupe S.V.P pour que je l'essaie à ma fille», s’adresse une maman à une vendeuse dans une boutique à la rue de Marseille «Par-là, je veux une taille de plus, ou même deux. Car dans ceci, je n’ai pas pu entrer», parle une dame, sans âge, mais dont le corps est généreusement fait, à la même vendeuse Nadia. Qui vient d’être embauchée temporairement et pour donner en ces jours d’affluence un sacré coup de main à Meriem, qui passe ses heures entre l’essayage et la caisse dans cette même boutique depuis cinq ans. En fait, Meriem et Nadia, viennent du même quartier, de Kabaria et prennent ensemble le même métro bondé.
Comme Nadia et Meriem, elles sont plusieurs. Elles ont arrêté leurs études tôt pour diverses raisons et n’ont aucune formation. Ce qui explique la médiocrité du décor dans les vitrines. ?a ne vole pas assez haut ni le décor ni les ventes. «Nos clients se prennent à la dernière minute», nous dit Nadia. Et d’ajouter: «Ils attendent les avances sur salaire grignoté déjà par les dépenses de Ramadan». Les autres clients ont d’autres destinations. Leurs destinations où tout plafonne. Avec des prix hors des moyens ordinaires et ils ne blémissent pas devant la caisse.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com