En marge de l’essai nucléaire nord-coréen : Equilibre de la terreur ou terreur de l’équilibre ?





Au-delà de l’effervescence suscitée dans le monde par l’essai nucléaire nord-coréen se profile un problème capital. Et qu’il urge de s’y attaquer. Quel avenir désormais pour le nucléaire à usage militaire ?

Le monde développé est en plein émoi. L’essai nucléaire nord-coréen risque de bousculer des données et des paramètres sur lesquels il fonde sa géostratégie planétaire. Le Conseil de sécurité de son côté planche sur les sanctions à prendre contre le pays fautif. Des contacts enfiévrés s’y déroulent avec comme sujet d’interrogation l’attitude qu’adoptera Pékin, principal soutien de Pyongyang. «L’essai nucléaire aura un impact négatif sur les relations entre les deux pays», affirme-t-on dans la capitale de l’Empire du Milieu. Phrase qui peut donner lieu à une interprétation et à son contraire. Ce qui fera traîner les discussions des propositions relatives aux sanctions. Et notamment les propositions des Etats-Unis et du Japon, les deux pays avec la Corée du Sud, totalement impliqués dans la crise. Enfin, face à ce tourbillon de condamnations et de menaces, la masse silencieuse, plus particulièrement les pays démunis, pour qui le statut de puissance nucléaire est un objectif chimérique. Ils en ressentent une réelle satisfaction intérieure.
Bref, toute la planète est peu ou prou concernée par un spectacle qui répond aux exigences d’un théâtre à la dramaturgie haletante, joué par des acteurs rompus à la rhétorique scénique à l’adresse de spectateurs en quête de catharsis.

Revoir la copie du TNPN
Mais au-delà de ce spectacle dont personne ne sait sur quoi il pourra déboucher, une question commence à se poser avec insistance. A vrai dire, cette question n’est pas nouvelle. Elle s’était déjà exprimée en filigrane, tout au long de l’année en cours, à travers les efforts déployés en vue d’adjoindre de nouveaux pays à la composition du Conseil de sécurité, institution dont les membres permanents appartiennent tous précisément au club des puissances nucléaires.
Faut-il revoir la copie du Traité de non prolifération nucléaire ? Faut-il l’assouplir et y introduire la dimension de l’équité ? Faut-il l’abroger purement et simplement ? La belle est dans le camp des hommes politiques et des juristes. Mais pour le commun des mortels, cette question se résume en ceci pourquoi ne pas permettre à tous les pays, quand ils en possèdent les moyens et le know-how, d’accéder au statut tant convoité de puissance nucléaire ?
Le bon sens populaire nous invite à nous remettre en mémoire la situation qui prévalait au lendemain de la 2ème guerre mondiale. Avec ses bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki, les Etats-Unis avaient pris une appréciable option en vue d’une maîtrise de toute la planète. En se dépêchant de se doter de la bombe atomique, l’Union soviétique a contribué fortement à l’instauration d’un équilibre... Et bien qu’il fût fondé sur la terreur réciproque, cet équilibre a permis d’obtenir de grands acquis, politiques sociaux et même culturels et fait avancer la cause du progrès.
Entre l’Inde et le Pakistan, la puissance nucléaire est aujourd’hui si bien partagée qu’entre les deux pays, il ne saurait y avoir désormais que des escarmouches, au pire des combats circonscris dans de petits foyers de tension.

Tragique comptabilité
Nous avons choisi à dessein ce dernier exemple. Mais avant d’en donner la raison, jetons un œil sur la carte planétaire du nucléaire à usage militaire.
L’Occident émerge du lot. Il compte cinq puissances nucléaires : les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et... Israël qui en fait partie qu’on le veuille ou non. Et aussi la Russie d’aujourd’hui bien qu’elle ait un pied bien implanté en Asie...
Après l’Occident, vient l’Asie. Elle comptait jusque-là une seule puissance nucléaire : la Chine communiste. L’impact du continent était, de ce fait, dérisoire bien que la Chine disposât d’un poids démographique considérable. L’entrée de l’Inde et du Pakistan dans le club nucléaire a constitué donc un renfort de taille. Avec la Corée du Nord, nouveau venu, s’est instauré entre l’Occident et l’Orient un deuxième équilibre de la terreur. Dans lequel s’emboîte celui dont nous parlions plus haut à propos des deux du sous-continent indien.
Avec sa posture (nous en revenons à la théâtralité évoquée plus haut) la Corée du Nord entend jouer les trublions. Mauvaise perspective, diront certains. Pas si mauvaise que cela ! Car elle fournit l’occasion d’inscrire en urgence la nécessité d’étendre le privilège nucléaire, à d’autres continents, sous-continents et régions, comme l’Afrique, l’Amérique du Sud et le monde arabe.
Si un seul pays arabe avant détenu l’arme atomique, Israël, fort pourtant de la sienne aurait mis en veilleuse ses velléités annexionnistes. Et cela aurait réduit les risques d’embrassement dans ce pétro-land et facilité l’instauration d’une paix juste et durable.
Bien sûr on peut trouver des réponses adéquates aux desseins prédateurs d’Israël. L’exemple nous en été donné, il y a peu, par le Hezbollah. Mais le prix à payer en est exorbitant.
Cet équilibre de la terreur, qu’il se situe à l’échelle de la planète ou bien dans le cadre plus étroit d’une région, ne peut mener qu’à des paix factices, à des trêves fugaces. Car il n’investit pas les cœurs et les esprits. La méfiance reste toujours de rigueur. On n’est jamais à l’abri d’un dérapage, d’une erreur humaine, d’une maladroite manipulation de la valise nucléaire. Ou d’un hold-up d’un illuminé !
Ne serait-ce pas plus gratifiant pour toute l’humanité qu’un monde dénucléarisé !

Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com