Maryam Akhondy et Banu : Hymne aux Iraniennes





Sur scène: les filles ont chanté, dansé et nous ont offert avant-hier à Ennejma Ezzahra, un voyage musical de par leur pays d’origine, l’Iran. Avec en compagnie des morceaux pleins de vie et chargés d’énergie.

Le tour était avant-hier à l’Iran et le concert de ces cinq femmes a drainé le grand public. La salle était pleine à craquer et on a dû ajouter plusieurs chaises. Curiosité oblige, car voir sur scène des femmes iraniennes se donner en spectacle devant des hommes et des femmes n’est pas une chose qu’on croise fréquemment ces jours-ci et depuis l’avortement de la Révolution Blanche du Shah, chassé en 1979 par l’Ayatollah Khomeyni et son gouvernement islamique. Et c’était le grand virage. Toute une page a été tournée dans l’histoire de ce pays d’une civilisation étonnante remontant à près de dix siècles avant J.C, garnis de gloires, savants, poètes, musiciens et autres…
A Ennejma Ezzahra et dans le cadre de ce premier festival de Mûsîqât, Maryam Akhondy était entourée de quatre filles d’âges différents. Toutes cinq étaient sans voile et sans tchador. Au contraire, elles étaient toutes en couleurs, toutes en paillettes, tulle, soie et satin et elles étaient d’une rare sympathie. Elles affectionnent les anecdotes et les petites histoires qu’elles nous ont racontées avec de la tendresse et le sourire.
Leur concert était frappé avec des notes d’or venues de toutes les régions perses et de leurs traditions. Elles étaient des mélodies qui racontent l’amour et le chagrin. Sereinement, mélancoliquement et avec seuls instruments, les percussions, darbouka, bendir…
Dans leur chant, il y a certes de l’originalité. Mais qui n’est pas très loin de celle du khaliji, d’Afghanistan, ou même de chez nous. Il y a eu quelques airs à nous rappeler un brin mais en plus fin la Zakia et sa hadhra de Sousse dans les années 50-60-70… Avec «Taâlilet Laâroussa» et les youyous. Il y a eu aussi un air de Saliha dans «Ya khil Salem». Puis les filles de nous offrir en parler perse le «Bent chalabia» de Fayrouz, la Libanaise.
Le répertoire est tiré d’un patrimoine vieux d’au moins deux cents ans et c’est arrêté il y a vingt ans. Pourquoi? Réponse des artistes: «Elles n’étaient pas bien dans leur peau dans leur Téhéran natal». Il y a donc vingt ans que ces filles ont choisi l’exil. Destination: l’Allemagne. Où elles ont côtoyé des filles afghanes et se sont musicalement frottées.
Maryam Akhondy a poursuivi sa carrière artistique dans ce pays d’accueil et fini par fonder son ensemble Banu -composé de 15 femmes-, de briller sur scène et de se faire un nom à l’internationale.
Son seul outil de travail c’est de fouiner dans le tréfonds de la mémoire de son cher pays, d’exhumer l’art de ses ancêtres, de le remettre à la surface de la modernité sans toutefois toucher à son âme.
Tout de couleurs contemporaines bariolée, cette musique qui apprivoise notamment le silence et ses codes d’expression, est douce, légère et émouvante de par sa simplicité. Dans tous les registres, les cinq filles nous ont donc donné l’occasion de découvrir un autre art si différent, si proche de chez nous. Mais aussi le combat des femmes de l’Iran, qui, sous leur tchador, ont une tête pensante et en or. Un combat qui est le leur de par la musique, de par leur voix. La voix de tous les symboles. «Savez-vous que les premières rappeuses femmes sont iraniennes et ça remonte à des siècles lointains», a notamment dit avec un accent ni anglais ni français ni perse ni allemand, maus un zeste écorché, la belle brune Maryam qui avait été soutenue pour la traduction par une jeune tuniso-iranienne. La soirée signée par le groupe de cinq a plu aux femmes et aux hommes de chez nous. Merci les filles, et pour le concert et pour votre dernier CD «Sakran» (Ivre), qui vient de paraître.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com