Application des sanctions contre Pyongyang : Washington lance une offensive diplomatique





Les Etats-Unis ont lancé hier une vaste offensive diplomatique auprès des voisins de la Corée du Nord afin de s'assurer une application pleine et entière de la résolution de l'ONU sanctionnant le régime communiste, après l'apparition de réticences de la Chine.

Le Quotidien-Agences
Le négociateur américain en chef sur le nucléaire nord-coréen, Christopher Hill, était attendu hier soir au Japon. Il devait rencontrer son homologue japonais Kenichiro Sasae, et se rendre ensuite en Corée du Sud où il participera à une importante réunion tripartite, jeudi.
La rencontre de Séoul regroupera la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, le ministre japonais des Affaires étrangères Taro Aso ainsi que son collègue sud-coréen Ban Ki-moon, nouveau secrétaire général de l'ONU, a indiqué le gouvernement japonais.
Rice doit se rendre successivement à Tokyo, Séoul et Pékin entre le 17 et le 22 octobre, les dates précises restant à être officiellement annoncées.
"Il est inutile de dire combien il est important pour le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis de coopérer étroitement à un moment où nous sommes confrontés à une telle situation dans la péninsule coréenne", a souligné le porte-parole du gouvernement nippon, Yasuhisa Shiozaki.
La Russie a elle aussi intensifié ses efforts diplomatiques. Le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Alexeïev, de retour de Pyongyang, était à Séoul lundi tandis que le Premier ministre Mikhaïl Fradkov doit s'y rendre aujourd'hui pour une visite de deux jours.
La Russie avait compté parmi les opposants, avec la Chine, à une résolution onusienne qui aurait évoqué l'usage de la force contre la Corée du Nord.
Le texte adopté samedi ne prévoit pas d'option militaire mais il n'empêche que l'application de ses sanctions, décidées après l'essai nucléaire annoncé le 9 octobre, ont suscité les réticences de Pékin.

Réticences
Le Conseil de sécurité a adopté à l'unanimité une résolution imposant à Pyongyang un embargo sur "les armes et matériels connexes", "les matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles", ainsi que sur "les produits de luxe".
Le texte appelle les Etats membres à assurer ensemble le respect de ces embargos, y compris par "l'inspection de toute cargaison à destination ou en provenance de Corée du Nord".
Mais "il y a beaucoup de détails à préciser, notamment comment cet embargo et cette interdiction vont fonctionner", a admis dimanche Condoleezza Rice.
Dimanche, la Chine a évoqué le risque d'"escalade". "Nous demandons à toutes les parties de faire preuve de retenue et de calme et d'adopter une attitude prudente et responsable pour éviter une escalade", a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Jianchao.
Pour les Etats-Unis, le vote chinois en faveur des sanctions "veut dire que la Chine a désormais une obligation de s'assurer qu'elle respecte la résolution et elle a pleine autorité de son côté de la frontière pour mener toutes les inspections qu'elle veut", a rétorqué l'ambassadeur américain à l'ONU John Bolton.
Saluées par le Japon, l'Australie, la Corée du Sud et l'Union européenne, les sanctions de l'ONU ont été dénoncées par la Corée du Nord, qui a fustigé "des méthodes de gangsters".
Le Nord espère cependant une reprise des négociations sur ses programmes nucléaires, a assuré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Alexïev, de retour d'une mission de bons offices à Pyongyang.
Mais Chun Yung-woo, négociateur de Séoul sur le nucléaire nord-coréen, a été moins optimiste. "Il faut voir comment la Corée du Nord va réagir aux sanctions. Après quoi, nous pouvons discuter avec confiance du processus diplomatique", a-t-il déclaré après une rencontre avec Alexeïev.


La guerre des mots

Le Quotidien-Agences
"Boucher pire qu'Hitler", "imbécile politique", "gangsters", la Corée du Nord manie avec un art consommé l'insulte, partie intégrante de sa diplomatie de l'escalade, particulièrement en temps de crise.
Avec ce lexique qui lui est propre, Pyongyang a ainsi qualifié de "méthodes de gangsters" la résolution de l'ONU.
Accusant régulièrement les Etats-Unis de tramer une invasion de son territoire, le régime communiste nord-coréen menace à intervalle régulier "d'écraser l'ennemi" (américain) ou de le "noyer dans un océan de feu".
Cette guerre des mots, en partie menée pour la galerie, a valu en juillet à la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice le sobriquet "d'imbécile politique". Rice avait auparavant traité Pyongyang "d'irresponsable" après ses tirs d'essai de sept missiles effectués début juillet.
La Corée du Nord entretient une relation très conflictuelle avec les Etats-Unis, en particulier depuis la présidence de George W. Bush qui n'a pas hésité à taxer par le passé Kim Jong-il de "tyran" et de "pygmée", au regard de sa petite taille et de son modeste poids politique sur la scène internationale.
En novembre 2003, l'agence officielle KCNA avait qualifié le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld de "boucher pire qu'Hitler" et de "tyran fasciste".
Mais les Etats-Unis n'ont pas l'apanage des foudres verbales du Nord et le Japon, proche allié de Washington, est également une cible de choix.
En septembre, l'agence officielle KCNA avait qualifié l'Archipel de "femme de chambre des Etats-Unis", après l'adoption par Tokyo de nouvelles mesures de rétorsion économiques après les tirs de missiles du 5 juillet. "Le Japon lèche les bottes du maître américain", avait ajouté KCNA.
Les sorties enflammées de Pyongyang alternent parfois avec des déclarations étonnamment flatteuses. En juin 2005, Kim Jong-il avait qualifié le président des Etats-Unis de "partenaire de dialogue" et assurait "ne pas avoir de mauvaise opinion de Son Excellence le président Bush".

Le milliardaire George Soros accuse:
Bush responsable de la radicalisation de la Corée du Nord

Le Quotidien-Agences
Le milliardaire américain George Soros a accusé hier le président George W. Bush d'être à l'origine de la radicalisation de la Corée du Nord pour s'être montré trop menaçant à l'égard de Pyongyang.
"J'étais un grand partisan de la «politique du soleil»", la politique d'engagement menée par le président sud-coréen Kim Dae-jung (1997-2003) pour se rapprocher du Nord, a déclaré Soros lors d'une conférence de presse à Tokyo.
Le secrétaire d'Etat de l'époque Colin Powell "soutenait cette politique mais le président Bush l'a dénoncée. Cela a été le début de la détérioration actuelle", a poursuivi le financier, connu pour être un des opposants les plus virulents à l'actuel président des Etats-Unis.
"Si la Corée du Nord retourne à la table des négociations, offrir des incitations pour qu'elle abandonne son programme nucléaire et des garanties de sécurité sera plus efficace que n'importe quoi d'autre. La seule justification de ce régime ultra-répressif est sa crainte d'être attaqué", a-t-il analysé.
George Soros, qui se trouvait au Japon pour faire la promotion d'un de ses livres, s'est par ailleurs à nouveau répandu en critiques contre la "guerre contre le terrorisme" menée par le gouvernement Bush depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
"Notre pouvoir et notre influence dans le monde ont connu une détérioration sans précédent" à cause de cette politique, a-t-il déploré.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com