Jouets de l’Aïd : Pour toutes les bourses, risques en sus





Il y a des jouets... et des jouets. Et des prix et... des prix. Et une différence entre ceux qui répondent aux normes de sécurité et ceux qui constituent un véritable danger.

Tunis — Le Quotidien
Comme chaque année et à pareille période ramadanesque — outre le climat euphorique régnant tout naturellement avec la ruée spectaculaire vers les magasins du prêt-à-porter et pâtisseries traditionnelles —, Aïd El Fitr oblige, le Tunisien ne recule devant rien au monde pour apporter le sourire à son petit et n’oublie jamais ce fameux jouet de ce sacré Aïd. Ainsi la fête est au complet et papa ou maman, en parents responsables et dignes de se pavaner avec rare fierté.

Ce petit jouet que notre enfant chéri, fille ou garçon, va «trimbaler» avec lui le jour «J» là où il va est le sujet le plus d’actualité brûlante et à plusieurs niveaux.
En temps normal, nos magasins de jouets n’affichent que rarement bonne mine. «Nos chiffres d’affaires sont occasionnels. Nos ventes se limitent généralement dans les anniversaires, la rentrée à la maternelle et autres petits cadeaux et tendres pensées avec une clientèle d’un certain niveau social et qu’on a su préserver», nous raconte Rafiaâ, la quarantaine sportive et qui bosse depuis 20 ans pour le compte d’un commerçant dans son immense magasin faisant le coin du côté de Lafayette.
Sinon l’engouement est timide et les comptes sont plutôt au calme et l’Aïd demeure l’occasion ou jamais pour gonfler les recettes et choyer comme des rois, nos petites filles et petits garçons.

Au pays des merveilles
L’offre est donc à son zénith en cette deuxième moitié du Mois Saint et il y en a pour toutes les bourses. Riches et moins riches trouvent leurs comptes.
Les rayons de jouets dans les grands magasins de luxe affichent une flambée incroyablement vraie dans les prix des poupées, nounours, fusils, motos, avions, bateaux. Le tout est d’importation et la sécurité est garantie (ou presque, car le degré zéro n’existe jamais), avec ces étiquettes allant de 20 à 100 dinars ou plus et affichant au détail près date et origine de fabrication tout en donnant une idée générale sur la matière. Malheureusement ce n’est pas le cas pour les produits défrichés à souhait dans les rues de notre capitale où les jouets «made in China» sont proposés à des prix défiant toute concurrence.
Sur les trottoirs et chaussées, sur des tréteaux ou à même le sol sur un simple carton, il y a l’embarras de choix en acier, en caoutchouc, en résine... qui satisfait les petits et soulage les grands.
Nous avons fait un petit tour à Tunis et regardé de près ce monde magique. L’univers enfantin nous saisit franchement. Après tout, chaque adulte garde en lui et quelque part son petit côté enfantin, puéril.

Tumulte heureux et... risqué
«Farrah essghaïrat, farrah essghaïrat...», (donnez de la joie pour les petits), crie un vendeur. Il expose une poupée dans sa poussette à dix dinars. Le même prix est fixé sur une autre petite créature en plastique rigide, joliment fringuée avec des froufrous à la mode, qui plus est, danse et chante avec son micro minuscule à la main et les mouvements un brin cabotins. A côté une série de poupons. A peine qu’on touche qu’ils commencent à gesticuler à quatre pattes. La pièce coûte huit dinars. D’autres figurines de décoration ne dépassant pas la taille d’une main sont à trois ou quatre dinars l’unité, avec le marchandage possible en sus. Entassés, des services de table en miniature aux couleurs roses, pistache clair et jaune paille à six dinars. A gogo, des ustensiles pour la cuisine ou pour médecin à sept dinars et nos petites demoiselles en raffolent.
Pour les plus jeunes encore au berceau, on leur trouve des peluches de toute la faune afin qu'ils apprennent sitôt se familiariser à leur environnement. Ils sont dans les cinq dinars et pas plus. Et ça n’a rien à voir avec ce qu’on trouve dans les vitrines. Ça n’a rien à voir aussi avec ce qu’on trouve à la friperie à un dinar, deux ou trois au plus et qui accentue l’allergie à la poussière et l’humidité provoquées par des peluches «peluchées»...
Pas loin de cette fourchette, les prix sont toujours abordables avec ces voitures en miniature, rouges, vertes, noires... La pièce est à seulement deux dinars. Un petit fusil à eau à quatre dinars. Un petit tramway varie selon les stands et les coins mais toujours pas loin de dix dinars.
«Empaquetez-moi ces uniformes de combat, ces hélicoptères et autres pistolets de policiers et de militaires. Sans oublier ces épées de Zorro et de Thierry La Fronde...», négocie au prix de gros et dans la foule, du côté de Sidi Bou Mendil une dame brune aux cheveux récemment balayés de quelques mèches rousses. Elle a une boutique du côté de Denden où elle vend un peu de tout et compte faire un affaire en revendant plus cher le jour de l’Aïd. «Nos garçons affectionnent tout outil de fronde et de guerre et n’en parlons pas des pétards...», nous a-t-elle dit.
Les fameux pétards sont officiellement interdits à la vente. Mais regardez bien tous ces cartons de pétards. La plaquette est à quatre cent millimes. Au vu et su de tout le monde, un lot par-ci, un lot par-là, disposés à volonté. Les petits adorent les faire éclater et se la jouer au héros du moment. Les plus turbulents de nos gamins en sont fiers. Le revers de la médaille : une petite tournée dans nos urgences le jour de l’Aïd et la fête tourne au vinaigre. A cause de ce made in China et parfois made in Inde incontrôlé. Des gadgets loin de répondre aux normes de sécurité et de C E. Ce n’est certes pas cher mais le prix est très cher, vachement cher quand on perd un œil ou on est frappé d’une cicatrice sur le corps à jamais...

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com