«Ya Maoulana» : Sublime Dorsaf Hamdani





«Ya Maoulana», un spectacle de chants soufis a clôturé jeudi au Théâtre Municipal de Tunis la 24ème édition du Festival de la Médina. Dorsaf Hamdani, maître d’œuvre des chants de ce spectacle et son équipe de musiciens ont séduit et enchanté le public.

Quand on se nomme Dorsaf Hamdani et qu’on est chercheuse en musicologie à Paris et de surcroît bien entourée par un metteur en scène de la trempe d’Elyes Baccar, il est tout à fait légitime qu’on présente un spectacle de chants soufis de très haute facture...
«Ya Maoulana», ce spectacle conçu par Elyes Baccar et dont les chants ont été interprétés par la jeune cantatrice Dorsaf Hamdani a été une création musicale réussie par la qualité des chants d’abord mais aussi, par l’ambiance hautement liturgique qui conjugue la musique soufie aux chants «maoulaoui» et «Chadheli». Actualité oblige, en cette fin du Mois sacré de Ramadan, il fallait une soirée d’une telle obédience mystique pour aiguiser l’appétit des fans de la musique soufie et des chants liturgiques. Et «Ya Maoulana», au bonheur des admirateurs de ce genre musical, a relevé avec succès le défi, en embarquant le public dans l’ambiance des chants cosmiques des «derviches» tourneurs de «Konya», d’Ankara, de Damas et des spiritualités arabes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Dès 22h15, le Théâtre Municipal était plein à craquer. Comme si l'assistance, savait que Dorsaf Hamdani et sa troupe allaient présenter quelque chose de fantastique et d’inoubliable. Quelques minutes plus tard, la lumière est mise en veilleuse. Les rideaux de la scène se lèvent.
Il y avait sur scène 17 invocateurs et sept instrumentistes. Pour un tonnerre d’applaudissements, la troupe de «Maoulana» se lance dans une sorte de prologue où le sacré et le profane font bon ménage. Car il s’agissait d’une séance de récitation de Coran, puis des invocations sur l’unicité de Dieu.
«Al naat al chadheli», «Al naat al mawlawi», tels étaient, entre autres, les prologues présentés à des spectateurs acquis au spectacle.
On sentait que c’était une musique qui va directement vers l’âme et où le mysticisme crée un cadre harmonieux avec les chants soufis qui incitent à réfléchir au divin et au-delà de ce cadre mélodieux. Mais ce n’était pas le seul réflexe que cette soirée a attisé chez les présents. En effet et après le prologue d’ouverture, l’assistance a eu droit à une suite du genre «Sama». Il y avait au menu de cette suite, deux compositions du genre de louanges au Prophète «Madh», mais également une composition de type «Hadhra».

Une cosmologie mystique
Dans la suite du spectacle, il y a eu un enchaînement des suites. Lors de la présentation de chacune d’entre elles, les interprétations et les compositions musicales changent. Au tout début de la «Suite de l’âme», le spectacle se présente telle une soirée de veillée mustique de «Konya» ou d’Alep. Après les premières notes d’instruments, Dorsaf Hamdani, se lance à son tour dans les invocations. Habillée en robe richement brodée, elle entre dans le vif du sujet, en chantant. Le timbre unique de sa voix évoque les grandes chanteuses de l’Egypte. Dans cette interprétation, sa voix suave et d’une extrême justesse transforment les improvisations vocales en un enchantement mélodieux qui a fait planer une ambiance hautement sacrée dans l’enceinte du Théâtre Municipal, «Tawajjuh», «ashk maydeni», et «Hizb tawassul», ces morceaux qui figurent au menu de la suite de l’âme ont enchanté l’assistance, composée de jeunes et de personnes âgées, dont certaines n’ont pu s’empêcher de réagir parfois par des «youyous».
Mais dans la suite de «l’homme parfait», ce fut une ambiance hautement sacrée, purement mystique. Car Dorsaf Hamdani y interprète le «Conte de l’orphelin», un hadith du Prophète. Cette interprétation, Dorsaf l’a réussie avec un professionnalisme incomparable, surtout que l’histoire, connue par bon nombre de croyants, a ému et enchanté les personnes âgées par son contenu et dont certaines n’ont pu retenir leurs larmes. Dans la foulée la troupe enchaîne avec des «Louanges» au prophète tirées de la «Bourda» de Aboulhassan El Bouceïri.
La soirée a été égayée par de nombreux genres de chants soufis mystiques et liturgiques où le «Dhikr», le «Madh», le «Sammaï» ont eu droit de cité dans deux suites dédiées à «l’Unicité de Dieu» à la passion. La soirée finit par une prière et des invocations «chadhulite» et du «Takbir». Le mérite de «Ya Mawlana», c’est d’avoir su faire un voyage harmonieux entre les chants sacrés des grands mystiques persans du XIIIème siècle, à l’origine des derviches tourneurs de Konya de la Turquie et dont le maître d’œuvre était Jaleleddine Ruminet, les chants «chadhuli», du grand mustique Abulhassan Achadhuli. Le décor de la scène restitue les éléments en rapport avec le mysticisme. Un jet de bougies allumées au coin, un tapis rouge, des invocateurs qui font des va-et-vient, un derviche qui tourne en rond, une prière de Sajda et une Dorsaf Hamdani, tout feu tout flamme.

Ousmane WAGUE




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com