Du Hammerling/Michaela Dietl : Le souffle de l’art… majeur





Jeux de pierres, jeux d’objets en métal, jeux d’un cor alpin et d’une batterie imposante bien mariée à un accordéon jubilatoire et greffée à une voix, des voix en satin. Tel est le résumé de la 4ème soirée de l’Octobre Musical signée par les Autrichiens.

Mais de quelle planète sont-ils venus? Et de quoi sont-ils armés ces trois jeunes «mousquetaires» des temps modernes qui ont magnétisé une heure trente durant un public aussi exigeant? Exigeant et plus, car il s’agit du public de l’Octobre Musical. Un bon public qui sait (et se connaît dans) la musique, et difficile à contenter ou même à embobiner avec du n’importe quoi. Réponse: ce n’est vraiment pas la mer à boire quand on s’y met corps et âme. Et quand on croit fermement à la chose, on peut aller de l’avant et offrir un art respectable, qui plus est, personnalisé. Ainsi le travail prend d’autres dimensions. Les bonnes, de la créativité. Où il y a de l’authenticité, de l’originalité, de la recherche et de l’expérimentation.
Avant-hier soir et dans le cadre du 12ème Octobre Musical, les Autrichiens ont donc été égaux à eux-mêmes et à l’image du pays qui les a enfantés. Le pays de Mozart et les autres qui porte en lui la tradition et les germes de la musique classique depuis toujours.
Sur scène: deux jeunes garçons, la quarantaine ou un peu plus bien souriante et qu’on a déjà vus ici même à l’Acropolium lors de la onzième édition de ce festival automnal aux symboles divers de la grenade. Ce sont les Fritz Mosshammer et Erwin Rehling qui se sont donné le nom de Hammerling, il y a tout juste cinq ans. Puis il y a cette Michaela Dietl qui vient de rejoindre le duo il y a à peine une année et qu’elle a rencontré lors de ses tournées en Europe. Tous trois ont un petit quelque chose en commun. Ils n’ont pas fréquenté les écoles de musique ni les conservatoires. Leurs performances vieilles de 25 ans ont été tirées de ce qu’ils voient et entendent dans les espaces musicaux de l’Europe et dans les concerts de rue, dans les places publiques qui ont affûté leur talent, bercé leurs émotions et rythmé leurs ambitions et ils sont si fiers de leur côté autodidacte.
«J’ai fait les rues de toutes les grandes villes de l’Europe, surtout en Italie, en Hollande et en France avec pour seuls bagages, mon accordéon, ma voix et mes intuitions...», nous a confié la belle Michaela, juste après le concert. Son premier concert en terre africaine.
Sur scène aussi, des objets qu’on connaît et d’autres plutôt bizarroïdes. Etonnants, détournants, déroutants. Il y a un cor alpin, des pierres, une grimbade, une foujara, une trompette de poche, une batterie, et des cloches, lyre, bassmarimbaphone et autres accordéons. C’est tout un univers pour ce concert intitulé ZUG.
Que veut dire Zug? Réponse de madame Sybille Pfeiffer de l’ambassade d’Autriche accréditée depuis peu chez nous: «Un train». Et d’ajouter que le concert est en lui-même un voyage. Un voyage musical où il y a de toutes les couleurs? Et des sons divers et de plus inattendus.
En effet, le voyage guidé par ce trio qui a déjà travaillé sur ce projet en Allemagne, Hollande et en Autriche était fort bariolé, intense et rempli de nouveautés, d’inventivité.
«Nous avons toujours quelque chose à improviser. Ça vient tout seul dans chaque espace et on joue différemment tous les soirs», nous a souligné Fritz Mosshammer qui apprécie le jeu dans cette église. «Ici, on n’a même pas besoin d’un micro. C’est un haut lieu mystique et les sons de la voix ou de la musique de résonner légers, purs.Une chose qui nous pousse à donner autre chose et greffer de nouvelles connotations», ajoute ce touche-à-tout complice, jusqu’à la moelle avec son compagnon de rues et de concerts Erwing Rehling. Qui, à son tour, affectionne le talent de madame .
La soirée était signée comme on s’y attendait. C’est-à-dire avec art. De l’art dans la complicité. De l’art dans l’entente. De l’art dans l’expérimentation. Il y a beaucoup d’éloquence, de la recherche, et un répertoire enveloppé de sensibilité dans la voix et dans les jeux, nous renvoyant à l’univers de notre Brahim Bahloul national mais en plus fin et un brin à celui du peintre-poète et musicien contemporain, Abderrazak Sahli, l’enfant de Hammamet. Le voyage était rempli d’authenticité, de fragilité, de douceur et la musique atypique était d’une perfection redoutable. Un Zug poussé par le souffle d’Orient et d’Occident ni d’hier ni d’aujourd’hui mais penché vers le nouveau monde avec et sans codes. Ce qui a fait l’originalité d’un spectacle inattendu et que le public a salué.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com