Les jeunes et la vie en solitaire : Permise pour les garçons, bannie pour les filles





Influencés par un mode de vie à l’occidentale, les jeunes seraient partisans de la vie en solo. Les uns seraient tentés de se détacher de leur famille pour compter sur leurs propres ressources et pour être les seuls maîtres de leurs sorts. Les autres, en revanche, cherchent à s’affranchir de la tutelle parentale et veulent vivre sans aucune frontière. Qu’en pensent justement les jeunes ?


Tunis - Le Quotidien
Arrivés à un certain âge, nombre de jeunes n’acceptent plus d’être sous la tutelle de leurs parents. Ils sentent le besoin d’être autonomes, de compter sur eux-mêmes et d’assumer leurs responsabilités. Pour eux, l’idée de dépendre de la famille est inadmissible à partir d’un âge plutôt mûr. La vie en solitaire leur apprendrait dans ce cadre à mieux gérer leur vie, d’acquérir plus d’expériences et une plus grande indépendance. La majorité des jeunes qui vivent en solo font d’ailleurs en sorte d’avoir leur autonomie financière pour s’assumer entièrement sans avoir besoin d’un appui parental. Toutefois, la recherche d’autonomie n’est pas la seule raison qui pousse les jeunes à sortir du cocon familial. Nombreux sont ceux qui continuent à demander l’aide de leurs géniteurs tout en voulant s’installer seuls. Ce qu’ils recherchent, c’est de s’affranchir de la tutelle et de la mainmise des parents. Ils ne supportent pas que tous leurs actes soient mis sous la loupe et acceptent mal d’avoir des comptes à rendre. Toutefois, si la vie en solo apprend aux jeunes à se prendre en charge et à affronter seuls les difficultés de la vie, elle peut également les encourager à vivre sans obstacles et sans frontières du moment qu’ils échappent au contrôle. En effet, plusieurs jeunes optent pour cette manière de vivre pour agir à leur guise et pouvoir faire les quatre cents coups… Mais dans une société patriarcale et attachée à ses traditions, il est toujours difficile de consentir le départ d’un descendant avant le mariage surtout s’il s’agit d’une fille. Les jeunes filles qui habitent seules sans raisons valables doivent surmonter un regard dégradant de la part de la société. Ce départ du foyer familial est automatiquement considéré comme un acte qui laisse à désirer et un risque à une déchéance morale profonde et voulue.
Bassem, étudiant, 20 ans, aimerait tant pouvoir vivre seul. Le jeune homme trouve qu’il lui est impossible de supporter encore la pression parentale à son âge. Il est très tenté par l’idée de quitter le domicile familial et de partir à l’aventure. «A partir d’un certain âge, il est vraiment difficile de supporter qu’on s’immisce dans nos affaires. Je ne suis plus un enfant et j’ai droit à une marge de liberté beaucoup plus importante. Toutefois, le fait de s’affranchir de la mainmise de la famille n’est pas mon unique raison. Je pense que la vie en solo est une étape qui doit être vécue avec ses avantages et ses inconvénients avant de vivre en couple. J’aurai l’occasion de compter sur moi-même et d’assumer seul mes responsabilités. A mon avis, celui qui ne sait pas s’assumer entièrement ne saura jamais réussir sa vie parce qu’il aura pris l’habitude qu’on se charge de lui sans qu’il n’ait eu la possibilité de subvenir seul à ses besoins. Je ne cherche pas une liberté exagérée contrairement à ce que l’on peut croire. Ce qui me pousse à vouloir vivre seul, c’est de savoir gérer ma vie tout seul et assumer ma liberté en tant que personne responsable. D’ailleurs, je voudrais vivre vraiment seul sans avoir de colocataire et je ne cherche pas à avoir une union libre avec une fille. Ce que je veux, c’est de vivre en paix et de pouvoir m’assumer entièrement», dit-il.
Karim, élève, 18 ans, dit qu’il espère pouvoir vivre loin de sa famille. Ce que cherche le jeune homme, c’est une vie libre loin des questions «indiscrètes» de ses géniteurs. «Chez moi, j’ai toujours des comptes à rendre aux miens. Mes parents n’arrêtent pas de me critiquer. Ils me rendent la vie difficile et doivent absolument tout savoir me concernant. Je comprends qu’ils se font des soucis pour moi, mais je pense que je dois commettre des erreurs et reconnaître mes torts pour apprendre et puis j’ai besoin d’acquérir de l’expérience parce que cela me permettra de me forger une personnalité. Pour ce faire, je dois passer par des épreuves. Si je cohabite avec des personnes ayant le même âge que moi, je vais pouvoir vivre sans avoir de comptes à rendre. Personne ne me demandera plus “où est-ce que tu étais“ et “pourquoi tu rentres à une heure pareille“. Je pense que cela est essentiel pour un homme. Il doit sortir du nid douillet de la famille et affronter la vie. Toutefois, les choses diffèrent pour une fille. La société peut regarder de travers une fille qui vit toute seule. Avant de se marier, une fille doit rester sous la protection parentale puisque n’importe quel faux pas ou dérapage peut la souiller pour toujours. N’empêche que de plus en plus de filles habitent seules de nos jours. Je suppose que d’ici quelques années le phénomène ne sera plus aussi mal vu d’autant plus qu’une fille qui se respecte saura maintenir une ligne de conduite irréprochable et une autre peut faire tout ce qu’elle veut en plein jour et tout en vivant avec ses parents si cela la tente, donc tout dépend de la fille en question», dit-il.
Nadia, élève, 18 ans, est formellement contre l’idée de quitter le foyer familial avant de se marier. La jeune fille juge mal celles qui vivent en solo quels que soient les alibis. «Avant de dire pourquoi je suis contre le fait qu’une fille vive seule, j’aimerai d’abord savoir pourquoi une fille cherche à vivre seule ? Il n’y a aucune raison valable pour qu’on quitte notre famille si on n’a rien à se reprocher ! Je suis pertinemment convaincue qu’une fille issue d’une bonne famille et qui n’a rien à cacher ne sera pas tentée par la vie en solo. A moins que ses parents ne voient pas d’inconvénients. Et là, il faut chercher le dysfonctionnement au sein même de cette famille ! Aucun parent qui se respecte ne peut accepter que sa fille vive seule, ce serait une manière directe de l’encourager à l’aventure. Plusieurs filles qui vivent loin de la capitale sont toutefois obligées de vivre loin de leurs familles parce qu’elles étudient à des centaines de kilomètres de chez elles», dit-elle.
Bouthayna, 15 ans, refuse également l’idée de vivre seule. «Une fille qui a été élevée selon des normes bien définies et qui a reçu des principes de base ne sera pas tentée par la vie en solo. La famille subvient à nos besoins, nous assure la sécurité et nous garantit un équilibre psychique et matériel. Et puis j’aimerai bien savoir comment une fille peut couvrir les charges très coûteuses d’une vie en solo ! J’entends parler de filles qui payent un loyer qui coûte les yeux de la tête. Elles trouvent les moyens de vivre une vie très chic et luxueuse alors qu’elles ne travaillent pas ! Il ne faut pas être très futé pour comprendre qu’elles errent dans le mauvais chemin ! A mon avis, toutes les filles qui vivent seules ne cherchent qu’une seule chose : une vie sans contrôle. Je pense que c’est la responsabilité des parents. Si une fille se retrouve sans tutelle omniprésente, elle fera tout ce que bon lui semble et c’est aux siens d’interdire cette mascarade. En tout cas, je ne pense pas pouvoir le faire sauf si je dois suivre mes études à l’étranger. Je n’ai absolument rien à me reprocher et une vie loin de mes parents ne m’effleurera jamais l’esprit», dit-elle.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com