Semaine de la musique instrumentale : Ça chauffe dans les coulisses !





Que peut-on voir dans les coulisses d’un festival, quatre heures avant la soirée d’ouverture ? Quelle place pour la musique instrumentale à l’ère des vidéoclips et des musiques contemporaines aux rythmes saccadés ? Un petit tour à l’Espace Noureddine Kasbaoui nous dévoile quelques secrets de la deuxième édition de cette manifestation.


Le mardi 6 février 2006 n’a pas été une journée ordinaire pour les commerçants de la rue de Grèce et pour ceux qui, habituellement, traversent cette rue pour rejoindre la station de Barcelone. Des affiches et des banderoles ornent les murs, annonçant la nouvelle session du Festival de la musique instrumentale. Tout en flânant le long de la rue Grèce, vos pas vous guident jusqu’au siège de La Troupe du théâtre de la ville de Tunis. Un va- et- vient incessant, la grande porte qui s’ouvre et se ferme…tout le monde semble mobilisé pour réussir la deuxième édition de cette manifestation. Il est déjà 16h20, en attendant l’arrivée des artistes danois, les techniciens du son et des lumières s’activent afin que rien ne vienne altérer le bon déroulement de la manifestation et éviter ainsi les mauvaises surprises. Du côté de la régie, on étudie, on propose, on modifie, on essaye…rien n’est définitif tant que les artistes n’ont pas encore débarqué et affiché leur satisfaction.
Dans cette attente, les musiciens de «European World-Music Group» ont défilé avec un grand souhait : pouvoir faire la répétition générale pour vérifier l’aspect technique…Des négociations artistiques qui n’ont pas duré longtemps car les Danois sont venus tout comme les Tunisiens aussi. «Nous avons mis beaucoup de temps pour arriver, vous n’avez pas une idée sur l’intensité de la circulation…Et d’ailleurs pour pouvoir accéder à cet espace, nous avons dû laisser les voitures loin et venir à pieds avec tout le matériel», note l’un des membres de l’Association du Soutien de la Création Musicale (ASCM), en essayant de retrouver son souffle.
Un peu de désordre, des petits problèmes de coordination…mais Madame est là pour résoudre tout. Chargée d’accompagner les artistes, cette adhérente active de l’ASCM fait de son mieux pour que tout soit réglé comme un papier à musique…l’essentiel qu’on sorte avec un calendrier bien élaboré et des séances de répétitions. Du côté de la scène, le duo Kasper Soeborg et Chris Poole sont déjà au cœur d’un dialogue entre la flûte et la guitare.

Dialogue tuniso-danois !
Bien armé techniquement et artistiquement, ce duo danois est entré dans le vif du sujet malgré les murmures perturbateurs qui se font entendre …Des murmures qui n’ont pas duré longtemps car les bavards ont choisi finalement de se retirer et d’aller se balader au centre ville pour laisser les groupes tunisien et danois répéter dans le calme.
Dans ce silence inspirateur, Mme Poole et M. Soeborg ont pris la parole et se sont lancés dans une belle conversation ; une conversation vibrante qui oscille entre le jazz, le flamenco et le World Music. Avec une guitare espagnole, Kasper Soeborg nous mène en un voyage délicieux dans les plus beaux coins du monde. «Nous avons deux programmes différents à présenter pour les deux soirées. C’est pour la première fois que nous visitons un pays arabe et nous sommes vraiment très contents d’être en Tunisie et de prendre part à cette manifestation qui cherche à valoriser la musique instrumentale», souligne le guitariste avec un grand sourire. Mais la musique instrumentale a-t-elle toujours la cote du côté du grand public ? La flûtiste Chris Poole répond par un «of course» très expressif. Pour Kasper Soeborg «Tant qu’il y a de vrais mélomanes, il y aura toujours de la musique instrumentale. La place de ce genre de musique est indiscutable car on n’a pas besoin de comprendre la langue. La musique est le seul moyen de communication entre le public et l’artiste». Le duo danois croit en les pouvoirs des instruments et de ce genre musical pour résister et sauvegarder quelques traditions musicales. «Nous ne reproduisons pas le flamenco, mais nous présentons cette tradition selon notre vision avec nos émotions. Nous croyons que la survie de chaque genre musical est liée à ses capacités de développement», ajoute le guitariste danois.
Avec une petite idée sur la musique orientale, les danois ont débarqué en Tunisie. Et sur la scène de l’espace de Noureddine Kasbaoui, ils ont essayé de mieux aborder notre musique en entrant dans une communication constructive avec l’ensemble tunisien «Ziryab». Ahmed Seifeddine Bennia avec son oud, Hédi Charfi sur les touches noires et blanches de son piano et Seif Hellal en tant que percussionniste n’ont pas caché leur «peur» de cette première rencontre avec le grand public. Agé entre 18 et 19 ans, ce trio a été invité par le Dr. Lotfi M’raïhi, le président de l’Association du Soutien de La Création Musicale, pour ouvrir le bal. Une grande responsabilité. Et voilà que dès qu’ils ont rejoint la scène, le trac s’est évaporé et les jeunes ont pris rapidement de la confiance surtout avec les sourires encourageants des Danois. Reste à mettre de l’ordre sur la scène et transporter le matériel des autres groupes aux loges. Une heure déjà avant le spectacle, tout le monde est prêt. «On ne badine pas avec l’amour» dit-on !

Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com