Lynda Thalie : Princesse d’un soir





Il y a très longtemps, fort longtemps qu’on n’a pas vu le Théâtre Municipal de Tunis dans tel état de... fièvre. Hommes et femmes debout. Des youyous à n’en pas finir. La canadienne Lynda Thalie nous a offert un cocktail de musiques du monde qu’elle a arrosé  d’un fil de miel tiré des alvéoles musicales de son Algérie natale. Et le petit air de cabaret lui va bien.


C’est vrai, ce petit bout de femme qui a donné son premier concert tunisien avant-hier soir à la Bonbonnière en guise d’ouverture de tout un éventail de manifestations de tous bords tout le long de l’an 2007 à l’occasion du 50ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques tuniso-canadiennes était par son art à la hauteur de l’événement. Evénement rehaussé par la présence de notre ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, Mohamed El Aziz Ben Achour d’un côté, et de l’autre, l’ambassadeur du Canada accrédité chez nous, Bruno Picard, et de leur cortège administratif et familial.
Tout de noir vêtue, Lynda qui n’est ni totalement du Sud ni entièrement du Nord était tout simplement le fruit et l’écume de deux vagues culturelle et civilisationnelle. Elle était elle-même animée par une énergie et une spontanéité rares. Et pour l’occasion, elle s’est bien préparée pour nous envoûter et pas seulement avec les textes qu’elle écrit, qu’elle compose et qu’elle interprète, mais aussi avec de la danse. Et elle danse bien et se déhanche gracieusement au rythme d’une musique fortement colorée. Elle sait le faire comme une vraie orientale et se prête au jeu d’entrer en communion en dialoguant avec son public déjà acquis (et qui répétait de temps à autre quelques refrains qu’il vient à l’instant d’écouter), sans jamais ignorer ses trois complices de l’instrument sur scène.
Et se prête aussi pour danser à son aise, en serrant son tour de taille soit d’une écharpe qui brille d’un bleu turquoise dans le noir de la scène telle une Shéhérazade dans le sombre de la nuit de son traître de mari - avec une sensibilité à fleur de peau et de la sensualité en sus -, soit en ceinturant ses hanches avec des bijoux fantaisie. Et elle était bien dans son environnement quasi naturel pour s’adresser de temps à autre à son public en arabe algérien. Bien aussi dans son élément linguistique de son Québec adoptif avec un français parfait. Les deux langues, les deux caractères des dunes du désert ou de glace lui vont à merveille. Comme un gant et ça lui colle à la peau.
Elle a chanté l’amour, l’éloignement, les parfums de ses deux pays avec une voix si douce, si aiguë, si satinée, si large et toujours traversée par des Yalil et un brin de jasmin (pardon de tout un collier). Galouli était aussi tout un autre registre sur les souvenirs que les frontières de la géographie ne biffent jamais. «Kefaya» c’était pour dire Assez à cette couleur rouge de sang et de colère, de guerre et de massacre. ?a l’a transportée il y a deux ans quand elle a fait sa tournée notamment au Rwanda avec Jouher en hommage aux femmes de ce pays.
Adieu mon pays, une chanson dédiée à tous les exilés du monde et l’exil qu’elle, elle-même, a amèrement digéré il y a 12 ans et qui fait encore couler ses larmes (qu’elle a essuyées discrètement sur scène).
Et comme une brise matinale toute fraîche, elle nous a repris de l’an 1957, les amours immortelles de Dalida - Sa voix remplissait tous les coins de la scène et son timbre vocal de nous impressionner. «Savourez bien le parfum du jasmin...», lance-t-elle à son public. «Des youyous, encore des youyous de chez nous...», re...lance-t-elle.
«Je suis comblée ce soir. C’est la première fois que je mets les pieds sur ce sol. Il y a longtemps que j’ai rêvé d’être là et je ne suis pas déçue. En voyant qu’ici, les gens marchent sur l’avenue, la main dans la main, je me crois au paradis. En pensant à la Tunisie, croyez-moi, je pense maintenant que c’est le paradis lui-même», a dit tout au début cette algéro-canadienne qui ne reconnaît pas la différence. Au contraire, elle affectionne tous les airs, s’y fait rapidement et s’y plaît. Et pas seulement dans sa culture d’origine de jasmin, de sable et de miel ou dans celle du Canada, faite de sirop d’érable qui la réchauffe de ses blocs de glace, mais elle se glisse dans la peau des uns et des autres, avec des atmosphères de l’Inde. ?a la séduit et ça lui va aussi. Rien qu’à la voir avec sa longue chevelure bouclée qui cache ses épaules nues, ses mouvements qui caressent l’espace tendrement, ça nous fait penser aux sublimes danseuses du pays de Ghandi et aux délices de notre Orient qu’elle a incorporés dans son pot pourri de folklore canadien. «De neige ou de sable», un spectacle qui nous a retenus un peu, beaucoup, passionnément près de deux heures. Et même s’il y avait beaucoup d’exotisme, nous avons finalement aimé les couleurs Lynda la brune. Comme un label.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com