Semaine de la musique instrumentale : Un sacré mariage d’amour





Des violons, alto, clarinette, qanûn, guitare basse, batterie, clavier, darbouka. Des interprètes d’ici et d’ailleurs et tout un lot de notes heureuses pour orchestrer des noces royales et surtout consommer le mariage entre Orient et Occident. Sans contrainte et sans dot aucune mais avec seulement un brin de volonté.



Et ce n’est vraiment pas la mer à boire quand tout le monde s’y met. Il suffit de chasser le démon qui est en nous et qui nous détruit à petite ou forte dose et tout ira pour le mieux.
C’est du moins ce qu’on a vu avant-hier soir à l’Espace Noureddine Kasbaoui de la rue de Grèce.
?a y est, on a déjà pris le pli et on est totalement dedans. La semaine de la musique instrumentale qui signe sa seconde session est déjà bien partie et pour bien longtemps.
A preuve: la petite salle de ce théâtre de poche avec ses quatre-vingts sièges était plein (ou presque). Trois ou quatre places tout au plus vacantes et un public aux anges. Des fins connaisseurs. Ils sont des ingénieurs, des médecins, des éducateurs, des cadres, des étudiants et des fonctionnaires. C’est-à-dire comme vous et nous et pas du tout du genre m’as-tu vu? Ils se sont déplacés pour savourer la bonne musique. Encore aujourd’hui rare, si elle n’est déjà pas en cours de disparition. Et tout le mérite revient notamment à une pléiade de nos musiciens pour sauver l’art de la création. Nous pensons ici à Mourad Sakli, Sonia Mbarek, Naoufel Ben Aïssa et bien d’autres. Et bien évidemment à l’ASCM qui, et c’est tout à son honneur, a donné naissance à plusieurs festivals. Comme celui a cappella ou l’autre spirituel... et la liste risque encore avec ces engagés dans l’art de s’allonger.
Il y a donc un bon produit pour un bon public. Un public qui suit l’événement là où il est et même sur une autre planète. En effet, pour dire sur une autre planète, on y était bel et bien grâce à un voyage offert à plaisir dans les dédales heureux de la chapelle des grands.
Cette deuxième soirée de l’instrument s’est déclinée en deux parties. La première rehaussée par le Bulgare Pavlin Panayotov à la clarinette, entouré de musiciens tunisiens ou d’adoption - comme Andrea Saddem (violoncelle), Michaela Mami (violon), Zlatca Ganeva (violon), Mourad Frihi (alto) tous universitaires et pros dans la matière -, était cette musique classique légendaire qu’on qualifie de quasi sacrée. Les mélomanes ont suivi religieusement ce qu’a fait de bon dans sa vie Mozart le magnifique. Et pas seulement. Outre les allegretto, larghetto et Tema con variazioni de ce génie, on a eu droit à Andante et vivace, deux partitions de musique savante mais qui épouse notre siècle. Des notes qu’a ajustées notre Ahmed Achour national avec harmonie. Résultat: toute une écharpe de satin qui a valsé dans l’espace et l’air du temps, et surfé sur nos esprits tendrement.
Puis pour ne pas oublier les benjamins, une pensée a été offerte en l’honneur de Mohamed Makni avec Presto. ?a pétille de fraîcheur cette petite musique du genre classique. Ironie du sort (en positif et plaisant bien sûr) quant au deuxième temps, on a vu défiler un groupe de cinq au profil nordique (Danois, Suédois...) pas pour nous jouer une musique de chez eux. Non pas du tout. Ils nous ont agréablement surpris avec (entendons-nous bien S.V.P.!) des sons et accords tirés de notre répertoire oriental. Il y a toutes les influences de la région en partant du Kurdistan, d’Egypte, du Maroc, d’Inde et même des Balkans. Ils ne se sont pas en fait contentés de reprendre, mais ils ont ajouté aux textes d’origine leurs petites touches savamment dosées et le texte de nous paraître si riche à dépasser la première copie... et de loin. Nous avons eu droit à des airs métissés et qui se marient bien même dans les passages du carnet musical de Mohamed Abdelwaheb , à l’image du mystère des Pharaons.
Ce qui a valu à cet European World - Music Group (avec Lars Bo Kujahn au qanûn, Rasmus Glendorf à la batterie, Simon Dyhr au clavier, Nils Raae à la guitare basse, Claus Mathiesen à la clarinette) les applaudissements du public. Sortis comblés après plus de deux heures de joie d’âme et de cœur et avec l’intention d’y revenir. Certainement. Le spot sur écran géant invite déjà à assister à la soirée du plus grand joueur de qanûn dans le monde (c’est ainsi annoncé). De toutes les façons vous savez de qui il s’agit puisqu’on parle ici du Turc Goksel Baktagir et le théâtre apparemment a affiché d’avance guichets fermés. Mais qui sait, en cas de désistement (par force majeure) vous aurez une petite place pour ne pas rater le coup... et le tintement de l’instrument.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com