Les jeunes et le manque de respect : L’éducation permissive à l’index





Nombre de jeunes semblent n’avoir aucune limite. Il suffit qu’ils dépassent le seuil du foyer familial pour qu’ils commettent tous les excès. Sans frontières, ils sont capables de commettre des dépassements au vu et au su de tous. Ces jeunes-là font fi de la notion du respect?
Comment s’explique justement ce comportement ?


Tunis-Le Quotidien
Lorsqu’ils sont en classe, ils se montrent arrogants et indisciplinés. Ils peuvent tourner en dérision leurs enseignants et professeurs sans aucune gêne. Lorsqu’ils sont dans les lieux publics, ils n’accordent aucune attention aux personnes âgées. Ils osent proférer des propos grossiers et agir de manière outrée. Dans les moyens de transport en commun, ils ne cèdent pas leurs places aux plus âgés et aux femmes enceintes. Ils n’ont pas froid aux yeux de fumer en présence des personnes âgées. C’est à croire que ces jeunes-là n’ont aucune limite ou retenue. Une sorte de rébellion poussée à l’extrême… En revanche, certains autres jeunes savent respecter les normes de notre société arabo-musulmane. Ils sont incapables d’agir à l’encontre des valeurs et leurs actes sont imprégnés d’une grande considération. Les uns disent que les comportements des jeunes sont tributaires de l’éducation qu’ils ont reçue, de l’entourage dans lequel ils vivent et des normes qui leur ont été inculquées en bas âge. Les autres trouvent que l’adolescence pousse certains «mecs» à dérailler juste pour se faire admettre en tant qu’affranchis ! Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui allient ce manque de respect envers autrui à une éducation trop libérale. Il paraît que les parents permissifs donnent naissance à des enfants mal éduqués et sans repères… Comment les jeunes expliquent-ils justement ce phénomène ?
Mouna Ben Farhat, candidate au bac, n’arrive pas à admettre ce genre de comportement irrespectueux. La jeune fille trouve que le manque de respect ne peut avoir aucune légitimité. « Je suis contre l’irrespect. Cela ne peut que traduire une éducation erronée et confirme que la personne en question est mal élevée. De plus, je pense que l’entourage familial a un grand rôle à jouer dans la mesure où les jeunes sont facilement influençables. Un jeune est à la recherche de ses repères. S’il trouve un bon encadrement, il va pouvoir suivre le chemin adéquat et sera correct et respectueux. Par contre s’il évolue dans un environnement malsain, il sera impoli ! Malheureusement, les jeunes pensent que les plus machos sont justement les insolents et les irrespectueux. Il y aurait chez les jeunes un effet de contagion qui les pousse à adopter le même comportement que ceux qui les entourent ou les fréquentent. Cela est probablement compréhensible chez les adolescents qui cherchent encore leur identité et qui peuvent s’influencer négativement pour une courte période. Mais si un jeune a reçu une éducation de base, il finira par retrouver le droit chemin et se montrera respectueux plus tard. Or, grand nombre de jeunes continuent à avoir des comportements excessifs et le comble, c’est que plus personne n’ose les arrêter parce qu’on craint leur insolence et leur manque de respect. Je ne pense pas que ce problème puisse avoir une solution. Les parents sont les seuls à pouvoir y remédier, mais une fois l’âge de l’adolescence dépassé, même les géniteurs ne peuvent plus rien contre cela, il fallait intervenir bien avant», dit-elle.
Arij, candidate au bac, 18 ans, dit avoir été insolente envers quelques uns de ses professeurs lorsque ces derniers «ont dépassé les bornes». Toutefois, la jeune fille a dépassé l’âge de commettre de telles… bêtises. «Lorsque j’étais très jeune, il m’arrivait d’agir avec insolence avec certains de mes professeurs. Cela dit, même si j’avais mes raisons, je regrette d’avoir agi de la sorte. Je pense que nous sommes redevables de respecter les personnes plus âgées indépendamment de qui a tort ou raison. Ce n’est pas en répliquant de manière irrespectueuse et insolente qu’on va prouver que nous sommes des durs. Au contraire, les personnes qui ne se laissent pas abattre tout en restant polies et respectueuses sont les plus mûres. Malheureusement certains parents gâtent trop leurs enfants et leur apprennent de très mauvais réflexes. Ils pensent qu’une éducation très libérale va aider l’enfant à avoir une forte personnalité. Or, un enfant qui n’a pas été contrecarré et qui a été trop cajolé et qui ne connaît pas la discipline ne saura jamais respecter les autres. Dans le glossaire des jeunes le fait d’être poli et déférent veut dire qu’on manque de caractère et de virilité et c’est de là que le problème prend naissance », dit-elle.
Bilel Badri, élève, 17 ans, s’est également montré arrogant et impoli avec certains professeurs. En revanche, son comportement avec les autres personnes âgées dénote une grande politesse. Paradoxalement, Bilel semble être un jeune homme très timide et sage. « Lorsqu’on est en groupe ou en classe et qu’on ne répond pas à un professeur qui essaye de nous intimider, nous sommes aussitôt traités de dégonflés et de trouillards. Je dois donc me rebeller et me révolter contre toute remarque déplacée de la part des enseignants pour ne pas être sujet aux dérisions sans merci des autres. Cela dit, lorsque je suis dans un lieu public, je me montre très déférent et serviable avec les grandes personnes. Je cède ma place aux personnes âgées. Et je contrôle mes actes et mes paroles pour ne pas être perçu en tant que quelqu’un de mal élevé. Cela dit, le manque de respect n’est pas l’apanage des garçons. Plusieurs filles sont insolentes et vraiment impolies et elles peuvent ridiculiser les personnes âgées sans remords. Généralement, ce sont des filles qui manquent de finesse, elles ont une allure de garçonne et l’insolence leur permet d’être bien admises dans le club des “mecs“. Les filles normalement conçues les considèrent des vulgaires et les rejettent. Elles doivent donc faire leurs preuves et manquer de respect aux autres pour se trouver une place auprès des garçons », dit-il.
Moez Guerfali, élève, 17 ans, dit qu’il n’a jamais commis des actes regrettables et qu’il n’en sera jamais capable. «Heureusement, je n’ai jamais été tenté par ces rébellions et ces révoltes qui ne traduisent qu’un manque de personnalité et une grande faiblesse du caractère. Je suis très bien élevé et le fait d’être poli prouve bien que je suis sur le droit chemin. Si un ramassis de mal élevés refuse pour autant d’être mes amis, cela ne peut qu’être un grand acquis pour moi. Je ne saurai être fier de moi s’ils m’apprécient. En fin de compte, c’est moi qui ai raison et ce sont eux qui ont tort. Mes parents m’ont appris à être discipliné, de respecter mes professeurs et toutes les personnes âgées. Et si mes parents sont fiers de moi, c’est la plus grande victoire que je peux avoir. L’environnement social, la famille et l’entourage jouent un grand rôle dans ce genre de comportements. Si l’on naît dans une atmosphère où la mère traite mal sa belle-mère et que le père reste démissionnaire, les jeunes seront sûrement mal élevés. Si la maman a l’habitude de se disputer avec les voisines et de créer des scandales et que le père apprend à son fils à dire des gros mots à tonton et de gifler le voisin pour être considéré comme un “homme“, il est tout à fait normal que l’enfant en question sera complètement insolent et mal élevé», dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com