Contigo : Impressionnant extraterrestre…





Contigo, une œuvre de cirque qui nous vient de France, a drainé la foule et créé l’événement la semaine dernière. Et c’était impressionnant.


«Ici Halfaouine. Ici Halfaouine. Que ceux qui ont entendu disent à ceux qui ne sont pas encore au courant. Contigo de la compagne française Oultimo Momento est à l’ENACT dans le vieux Tunis». Et... ça se passe ainsi et depuis toujours pour rassembler la foule dans cette place populaire de Tunis. Surtout quand il y a un événement artistique de taille à annoncer.
Samedi dernier en fin d’après-midi il a fait un temps de chien et à ne pas mettre le nez dehors tellement il a plu. Mais cela n’a aucunement empêché le public de 7 à 77 ans de venir en masse à l’Ecole Nationale des Arts du Cirque de Tunis (ENACT) et ils ont très bien fait. Car les spectacles de cette facture se font plutôt rares chez nous.
Sur scène il y a un homme tout de noir vêtu. Il était tout seul autour d’un mât dressé flirtant avec presque le plafond. Puis il y a une chaise et c’est tout. Non, presque tout, car il y a une petite pierre qui ressemble à une bille qui scintille entre ses doigts et des gestes à nous faire tourner la tête, à nous donner le vertige.
Joâo Paulo Peirera Dos Santos nous a dévoilé un texte chorégraphique de seulement 35 minutes mais on ne l’oublie pas de sitôt. De la force? Il y en a dans le «défi aux lois de la pesenteur», décrit Jean-Marie Wynants sur Le Soir du 25 juillet 2006. Ses poignets, ses cuisses, ses mollets, sa tête et tout son corps sont mobilisés rien que pour rattraper cette bille en chute libre et avec quelle vitesse! Son acrobatie est toute en poésie. La technique toute en vigueur ne manque pas de souplesse, de sensualité. Un corps suspendu entre ciel et terre. C’est ainsi que Rui Horta, un pionnier de la danse contemporaine l’a écrit dans son imaginaire, l’a voulu, vu du ciel et Dos Santos l’a fait avec tous les dangers et tous les risques à l’image d’un spectacle de cirque, mais sans filet, au pied du mât. Il monte et descend. Il grimpe avec une chaise jusqu’au sommet sans aucune difficulté. On dirait qu’il marche sur le sol. Un exercice qui frise l’impossible. Surtout en associant dans son jeu, un autre bâton et toujours sa bille. Un jeu périlleux et gracieux à la fois. Une acrobatie ? Oui. Une danse? Oui. De la poésie? Oui et toujours oui pour cet athlète qui a fasciné l’assistance comme un chat perché, qui a tissé sa toile chorégraphique comme une araignée, sautant et sautillant comme un singe dans la brousse au milieu des branches des arbres. Il fait tout cela tranquillement, confortablement. Contigo est une petite merveille habillée de phrases chorégraphiques fluides, précises, écrites avec une problématique, du début jusqu’à la chute, sans tomber dans la répétitivité ni risquer la redondance. Une mise en scène claire et nette et le surfait n’a pas ici de place. Un corps adéquat, fait sur mesure pour les mouvements qui esquissent à la lettre et à la virgule près les processus de l’œuvre d’art.
Dos Santos a épousé son rôle comme un gant et avec une rare élégance. A l’image donc de cette écriture d’un texte où à aucun moment, on ne sent un quelconque gribouillage. Normal ! Et c’est attendu de la part du maître Horta qui veille inlassablement depuis un certain temps sur nos jeunes de l’ENACT. Et eux aussi, ont quelque chose de fort sortant des tripes et des muscles et ils sont capables de nous fasciner. Ils ont d’ailleurs démontré leur talent à plusieurs reprises et tout récemment en France, ils étaient très applaudis dans les festivals et «ça y est, c’est bien parti! nous dit Elsa de l’IFC, ils sont déjà au programme des grandes manifestations de 2007 et 2008».
«Il y a des choses que ces jeunes savent faire mieux que moi. Parfois, je me sens incapable de mimer leurs mouvements dans l’espace», nous a confié Dos Santos à la fin de son spectacle, alors qu’il était en train de démonter son mât et les ficelles, de déboulonner les supports et de ranger comme un grand le tout et tout seul. Et il n’avait pas l’air d’être fatigué ou en sueur - Impressionnant!
D’ailleurs, pendant quatre jours, il a donné quelques démonstrations à nos élèves. Il a répété avec eux et leur a filé quelques secrets de son professionnalisme. Hommes et femmes, vieux et autres encore à l’âge de la maternelle, Tunisiens et étrangers résidant chez nous, ont quitté l’espace d’un air enthousiaste et ont oublié pour un temps les pluies qui s’abattent encore sur Tunis.
Ce petit diable d’amour n’a laissé personne insensible et tout le mérite revient à toute l’équipe de l’Institut français de coopération (IFC) et sans exception qui parraine l’ENACT, ne cesse de nous inviter de pareils monstres sacrés dans l’art et de nous inviter fréquemment à des moments fort rythmés et hautement colorés tout le long de l’année.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com