Industrie du cuir : La protection de l’environnement dans ses petits souliers





Les tanneries tunisiennes qui rejettent chaque jour des milliers  de tonnes de substances toxiques sont loin d’être sensibles à la question environnementale. C’est ce que dégage un diagnostic de la situation environnementale du secteur réalisé par le Centre National du Cuir et de la Chaussure (CNCC) dont les résultats ont été présentés hier à Tunis.


Tunis — Le Quotidien
Tout laisse à croire que l’activité des peausseries tunisiennes présente des risques d’intoxication environnementale considérables. Une belle paire de chaussures qui trône tranquillement dans une vitrine bien décorée d’un magasin de la place doit, avant d’arriver là, passer par un long processus de fabrication allant de la peau brute des abattoirs jusqu’au cuir fini. Et tout au long de ce voyage c’est l’environnement qui paie la lourde facture de la pollution. Naturellement, on ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs dira-t-on. Mais dans les tanneries, il y a tout un dispositif de normes à respecter pour minimiser les risques environnementaux.
Hier, les intervenants dans ce secteur étaient à l’écoute d’un groupe d’experts tunisiens et espagnols qui ont présenté les résultats d’une étude réalisée dans le cadre d’un projet de coopération tuniso-espagnole intitulé « Life EAUCUIR ».
Destiné à faire une démonstration du processus de traitement des eaux dans les tanneries tunisiennes, ce projet a permis de dégager un nombre très important de constats relatifs à la situation environnementale du secteur du cuir et de la chaussure en Tunisie.

Pollutions
L’industrie du cuir de la Tunisie est traditionnellement considérée comme polluante. Pourtant, les tanneries demeurent le meilleur outil de transformation des peaux séparées des carcasses des animaux dans les abattoirs qui, si les peausseries n’existaient pas, seraient rejetées dans les décharges d’ordures ce qui générera divers risques d’empoisonnement de l’atmosphère et du sous-sol.
L’étude réalisée par le Centre National du Cuir et de la Chaussure (CNCC) en coordination avec l’Institut Technologique de la Chaussure et des Industries Auxiliaires de l’Espagne (INESCOP) a été élaborée grâce à la collaboration des 17 plus importantes tanneries existantes en Tunisie. Il s’agit d’un échantillon qui représente 85% de l’activité du pays. L’industriel du cuir et de la chaussure en Tunisie est composé de 440 entreprises dont 225 sont totalement exportatrices. 59% de ces entreprises réalisent le processus de tannage complet, c'est-à-dire le processus de fabrication allant des peaux brutes provenant de l’abattoir jusqu’aux cuirs finis.
L’exposé sur la situation environnementale du secteur du cuir en Tunisie qui a été présenté par M. Mohamed Mansouri, chef de département recherche et planification au CNCC, a permis de dégager plusieurs conclusions quant à l’implication des industriels du secteur dans une démarche environnementale.
Le diagnostic du secteur a permis de mettre en relief plusieurs défaillances. En général, les tanneries tunisiennes n’ont pas une bonne connaissance de la législation environnementale ni des obligations rattachées à son application. On souligne dans ce sens que la totalité des tanneries en activité en Tunisie reçoivent régulièrement des inspections pour le contrôle des rejets. Ces inspections ont fait ressortir que 82% d’entre elles ont été sanctionnées. 60% de ces sanctions provenaient de l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement (ANPE).
Un autre constat qui mérite d’être mis en exergue concerne l’aptitude des ces industries du cuir à répondre à un éventuel accident environnemental. A ce niveau, l’étude montre que la majorité écrasante de ces opérateurs ne disposent d’aucun plan d’intervention : « 88% des tanneries n’ont pas de plan d’urgence environnementale afin de pouvoir répondre aux éventuels accidents environnementaux », rapporte l’étude.
Les conclusions dévoilent par ailleurs, à plusieurs niveaux les degrés de défaillances dans la gestion environnementale au sein du processus de fabrication du cuir et de la chaussure en Tunisie. Entre autres, les résultats de ce diagnostic montrent que les tanneries réalisent une gestion peu appropriée de déchets : uniquement 25% d’entre elles font la séparation entre les déchets dangereux et non dangereux qui sont généralement déversés dans la nature. 60% déclarent ne pas avoir de licences d’autorisation pour le rejet des eaux usées. Seulement 2 tanneries disposent d’un système d’épuration fonctionnel bien que 76% d’entre elles déclarent posséder ce dispositif. Et enfin, toutes les tanneries enquêtées, qui, il faut le rappeler constituent les plus importantes dans le secteur, déversent leurs rejets dans le domaine public hydrique sans aucune conformité aux limites légales de rejet établies à cet effet.

Hassen GHEDIRI


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Le caprin en tête


Le secteur du cuir et de la chaussure en Tunisie est composé de 440 entreprises dont 225 totalement exportatrices. L’évolution expérimentée par les deux branches pendant la période 2002-2004 fait état d’un taux d’accroissement évalué à 6% au niveau de la production et de 7% pour ce qui est de l’exportation. Les tanneries tunisiennes traitent plusieurs types de peaux animales. Les plus utilisées sont par ordre d’importance le caprin (82% des entreprises), l’ovin (71%),le bovin (65%) et d’autres peaux (12%).

H.G.


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Appui espagnol


Grâce au projet de coopération avec l’Espagne en matière de gestion environnementale du secteur du cuir et de la chaussure intitulé EAUCUIR, le Centre National du Cuir et de la Chaussure (CNCC) de Tunisie sera doté d’une nouvelle infrastructure qui permettra à cet établissement de démontrer et diffuser l’utilisation des technologies d’analyses et d’épuration des eaux résiduaires parmi les tanneries tunisiennes. Les actions attendues de ce projet sont comme suite : la dotation de la filière d’un laboratoire d’eaux résiduaires, l’étude de la situation des eaux résiduaires dans le secteur du cuir en Tunisie, la mise en œuvre de deux prototypes mobiles pour le traitement physico-chimique et biologique des eaux résiduaires, la démonstration du fonctionnement des prototypes pilotes dans les tanneries tunisiennes et la diffusion et la publication des résultats.

H.G.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com