Les jeunes et la fausse copie : Une pratique banalisée par MP3 interposé !





De nombreux jeunes cultivent «l’art» de la fausse copie. Ils passent un temps fou à inventer des techniques sophistiquées et infaillibles pour leurrer les enseignants. Une manière qui non seulement leur permet de garantir de bonnes notes mais qui leur sert également de monnaie d’échange. Les astuces de triche aux examens se vendent comme des petits pains. Pourquoi ? Les jeunes expliquent les dessous du phénomène.


Tunis - Le Quotidien
Lorsque les examens approchent, la majorité des élèves et étudiants redoublent d’efforts pour maximiser leurs chances de réussir. Toutefois, nombre de jeunes dont une majorité masculine, ne peuvent s’empêcher de compter sur…la triche pour s’en sortir à bon compte. Ils consacrent une bonne partie de leur temps et de leur argent pour préparer leur fausse copie. Ils croient dur comme fer que c’est le moyen le plus sûr de garantir la réussite. Certains avouent d’ailleurs qu’ils recourent à la triche parce qu’ils ne trouvent pas le temps de tout réviser. D’autres, pensent que la rigueur ne paye plus de nos jours. Selon eux, celui qui ne triche pas n’aura pas de grandes chances de réussir. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui estiment étrangement qu’ils sont dans l’obligation de tricher pour faire bonne impression auprès des camarades et des copains. Du téléphone portable au lecteur MP3 en passant par les fausses copies écrites sur les feuilles de brouillon, les astuces ne manquent pas. Ces « tricheurs » incorrigibles croient que la fin justifie les moyens. Même si les enseignants et les professeurs sont avisés, les élèves arrivent à les leurrer puisqu’ils font preuve d’une créativité hors pair dans ce domaine. Les techniques utilisées démontrent que les jeunes sont de plus en plus inventifs dans ce domaine. Les quelques exemples qui suivent en donnent la preuve : Avant d’entrer dans la salle d’examen, certains élèves rechargent leur téléphone portable et celui de leur interlocuteur à l’autre bout du fil qui leur dictera les réponses, grâce au kit mains libres placé dans les oreilles et caché sous une casquette ou un bob. Chez d’autres, le lecteur MP3 remplace le cellulaire, la leçon y est enregistrée et il suffit d’appuyer sur une touche pour que l’engin leur dicte la réponse. Pour d’autres, n’ayant pas ces gadgets, la triche reste toujours possible si l’on fourre un petit bout de papier avec une écriture en miniature dans un paquet de mouchoir, sous le carton d’une trousse ou sous les vêtements. Mais qu’elles soient classiques ou «up to date», les techniques de la triche ne manquent pas.
Karim, élève de 18 ans, avoue qu’il aurait aimé ne pas avoir à recourir à la triche et à la fausse copie, sauf qu’il dit ne pas trouver d’autres alternatives. «Certes, la triche est une mauvaise chose dans la mesure où l’élève ne retient rien en tête et que ses notes sont gonflées et ne reflètent pas son vrai niveau. Mais il faut dire que je n’utilise jamais de fausse copie pour les matières de base. Généralement ce sont les matières littéraires qui nécessitent que l’on apprenne les leçons par cœur qui nous poussent à recourir à la fausse copie à l’instar de l’histoire- géographie, l’éducation religieuse et civique… Il est impossible qu’on arrive à tout apprendre par cœur, nous avons plusieurs matières et il arrive que l’on passe deux devoirs le même jour. Cela nous pousse à privilégier certaines matières de base et à opter pour les fausses copies pour d’autres. Personne ne le fait de bon cœur, la triche est négative et nul ne peut prétendre le contraire, mais c’est un moyen d’accroître nos chances de réussir les examens. Je dois dire également que je ne le fais que très rarement lorsque je ne trouve pas le temps qu’il faut pour réviser. Certains passent un temps fou à préparer leur fausse copie alors qu’ils auraient pu exploiter ce temps pour la révision. Par contre, je me contente de photocopier le cours en version miniature et de le cacher quelque part. Certains professeurs nous prennent la main dans le sac, mais il faut dire qu’ils se contentent de remplacer nos feuilles d’examens par d’autres totalement vierges pour que l’on soit obligé de faire un effort et de reprendre le devoir dès le début», dit-il.
Mehdi, 17 ans, dit qu’il n’utilise de fausse copie qu’en cas d’extrême nécessité. Le jeune homme dit que c’est la pression du temps qui le pousse à s’adonner à ce genre de pratique. «Je n’utilise de fausse copie que pour les matières que je n’aime pas, qui ont un faible coefficient et qui nécessitent un temps important pour qu’on arrive à les apprendre par cœur. C’est une perte de temps pour rien, je suis de formation économiste et certaines matières ne me serviront jamais à grand-chose. Pourtant, si je ne les révise pas comme il se doit, je vais avoir une mauvaise moyenne générale. Je suis donc parfois obligé de privilégier les matières de base et de recourir aux fausses copies pour minimiser les risques. De toute manière, même si l’on ne recourt pas aux fausses copies, on triche d’une autre manière. Celui qui maîtrise une matière passe les réponses aux autres et du coup on a l’impression que c’est un travail collectif. On s’entraide et c’est le moyen le plus sûr pour tous de garantir une moyenne générale», dit-il.
Azer, candidat au bac de 20 ans, dit qu’il est impossible pour un futur bachelier de pouvoir tout réviser et d’être à jour dès le début de l’année. C’est la raison qui pousse les jeunes élèves à recourir aux fausses copies. «Je suis obligé de tricher lorsque la matière nécessite une très grande concentration et un temps estimable de révision. Il est impossible qu’on puisse tout apprendre dans un temps limité. Cela me pousse à privilégier les matières de base. Si le temps me le permet, je révise les autres matières. Si je n’y arrive pas, je me concentre sur les matières essentielles et j’opte pour une fausse copie pour le reste comme l’histoire- géographie. Je fais de très grands efforts pour apprendre ces deux matières et, en fin de compte, je ne retiens presque rien ! Cela me donne l’impression de déployer des efforts inutilement. Il est presque impossible qu’on puisse tout apprendre. Et pour le bac, je crois qu’il vaut mieux que je consacre ces efforts pour les matières de base».
Mourad, élève de 17ans, n’utilise pas de fausses copies. Le jeune homme pense que la triche ne mène qu’à une impasse. «Lorsque j’étais au collège, il m’arrivait de tricher de temps à autre et de recourir à la fausse copie. Je n’ai jamais eu une note qui dépasse les dix sur vingt ! Une fois, j’ai décidé de passer ce temps que je consacrais à la préparation de mes fausses copies à réviser et j’ai eu de bien meilleures notes. Je me suis donc rendu compte que la triche ne mène à rien. En plus, l’élève qui compte sur la triche ne retient absolument rien en tête et il aura un niveau d’instruction vraiment limité. Depuis, je ne compte que sur mes propres ressources. Les matières qui nécessitent un effort particulier pour les apprendre par cœur ne méritent pas un risque pareil. Lorsqu’on triche, c’est que l’on n’a rien retenu et si jamais on nous prend la main dans le sac, on va rendre une feuille blanche. Je faisais donc des efforts dans la mesure du possible tout en me concentrant plus sur les matières de base. Et c’est une manière de garantir la réussite sans jamais courir de grands risques. Je suis contre la triche et c’est un principe que respecterais pour toujours», conclut-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com