Les jeunes et la rancune : Ils refusent de soigner le mal par le mal





Suite aux conflits et aux offenses, l’être humain peut faire preuve de rancoeur. Rongé par les ressentiments et le désir de vengeance, il lui est difficile de tourner la page et de repartir à zéro. Quelle attitude adoptent justement les jeunesaprès avoir subi des préjudices et des torts ?


Tunis — Le Quotidien
Certaines personnes font tout pour parvenir à leurs fins même si c’est aux détriments des autres. Lorsqu’ils se fixent des objectifs, ils accordent peu d’importance aux moyens pour y parvenir. Ils peuvent aller jusqu’à piétiner tous ceux qui se mettent à l’encontre de leurs intérêts, quitte à leur causer gratuitement du tort. Ces atteintes portées au bien-être d’autrui et les dommages moraux et matériaux subis par les victimes peuvent générer chez ces dernières des ressentiments et des rancunes. Ceux qui subissent des torts peuvent pardonner si le mal subi ne les affecte pas profondément. D’autres n’ont pas la capacité d’oublier, on leur a tellement fait mal qu’ils sont rongés par le désir de se venger. Les offenses qu’ils ont dû subir laissent de profondes séquelles. Ils ne peuvent se sentir soulagés qu’après avoir châtié leur adversaire. Et entre les uns et les autres, bon nombre de jeunes sont incapables de garder rancune. Leur nature ne leur permet pas de répondre au mal par le mal. A quel rang appartiennent justement les jeunes? Comment agissent-ils après avoir subi des préjudices ? Sont-ils capables de pardonner ? Témoignages.
Ghassen, 21 ans, dit que nul ne peut savoir d’avance s’il est capable de pardonner ou non. Le jeune homme pense que cela est tributaire de plusieurs facteurs. «La rancune est un sentiment qui ronge la personne après avoir subi une grande offense. Ceux qui ont une nature rancunière sont à mon avis des personnes mauvaises. La rancune est un sentiment négatif et nuisible dans tous les cas de figure. Sauf que dans certains cas, la personne est incapable de pardonner et encore moins d’oublier le mal qu’elle a subi. Je pense que je suis capable d’anéantir quelqu’un s’il me fait profondément mal. Si un ami me poignarde dans le dos je ne peux pas oublier surtout s’il le fait de sang froid et avec préméditation. Si je me rends compte qu’un présumé ami dit du mal de moi une fois que j’ai le dos tourné, il est tout à fait normal que je sois rongé par les ressentiments. Comment pourrai-je pardonner si je ne lui ai jamais fait de mal et que je l’ai toujours considéré comme un être proche ! J’ai déjà vécu une histoire de ce genre et le comble c’est que cet ami en question m’a causé du tort au moment où je le défendais bec et ongles juste parce qu’il m’enviait à mourir. Il faut dire que je ne lui ai rien fait. Ma nature ne me permet pas d’être aussi vil que lui et de répondre au mal par le mal. Toutefois, je ne pourrai jamais oublier ce qu’il m’a fait, les mensonges qu’il a débités sur mon compte et son comportement hypocrite à mon égard. Si je vais reprendre langue avec lui, je vais devoir me comporter de manière hypocrite parce que je garde encore les séquelles de cette mésaventure. Je me suis contenté de couper les ponts avec lui une bonne fois pour toutes», dit-il.
Mohamed, élève de 18 ans, dit qu’il peut porter rancune envers une personne qui a cherché intentionnellement à lui porter préjudice. «Je suis capable de pardonner les erreurs de quelqu’un s’il m’a fait du tort sans le vouloir. Il arrive que quelqu’un se trouve dans une situation critique et qu’il agisse sans réfléchir. Il peut dire un mot blessant sans qu’il n’ait l’intention de me viser. Je ne peux pas lui en vouloir pour une chose aussi futile. C’est l’intention de la personne qui compte le plus pour moi. Par contre, si je suis sûr que mon vis-à-vis a tout calculé à l’avance et qu’il a cherché délibérément à me faire du mal, je ne pourrai jamais lui pardonner. Toutefois, même si je pardonne, cette erreur restera gravée dans ma mémoire. Si la personne se permet un autre mauvais coup, je ne peux plus lui accorder ma confiance. Je l’écarte donc complètement de ma vie et je ferai en sorte qu’elle paye le tort qu’elle m’a causé. Si je ne riposte pas, mon vis-à-vis me prendra pour un imbécile et il continuera à me faire du mal», dit-il.
Imène, candidate au bac de 20 ans, dit que l’envie de se venger ne lui a jamais effleuré l’esprit. La jeune fille pense que la rancune est le sentiment le plus négatif et le plus destructif qui soit. «L’être humain ne peut jamais être juge et avocat à la fois. Si l’on subit un tort, nous sommes des victimes. Si on va se venger de notre offenseur, on devient coupable. Il est impossible que l’on puisse réfléchir avec lucidité lorsqu’on est sous l’effet d’un choc. Je suis incapable de tenir rancune. La première chose que je fais lorsqu’on me fait du mal, c’est de réviser mon propre comportement. Je remets tout en question pour cerner les causes d’un tel acte. Si je me rends compte que mon vis-à-vis n’a aucun alibi, je le confronte et je lui demande des explications. Si, en revanche, il arrive à démontrer qu’il n’avait pas l’intention de me faire du mal, je pardonne, j’oublie et je lui donne une deuxième chance. Par contre, s’il n’arrive pas à me convaincre, je ne pourrai pas continuer à lui faire confiance. Mais dans tous les cas, je ne riposte jamais. La vengeance est un cercle vicieux, il suffit que je réponde au mal par le mal pour que la donne change totalement. Celui qui avait raison aura tort parce qu’il peut répondre de manière injuste et disproportionnée, et là c’est le répondeur qui sera dans le tort. L’on aura donc affaire à une série interminable d’offenses et cela ne finira jamais. A mon avis, il vaut mieux ne pas réagir, même si on n’arrive pas à oublier parce qu’avec le temps tout finira par s’effacer. Et puis, je peux me montrer tolérante et oublier si jamais un jour la personne reconnaît ses torts et le regrette du fond du cœur. Le pardon est une grande vertu», dit-elle.
Atef, 20 ans, dit qu’il est incapable de tenir rancune même s’il est sûr qu’on a tout fait pour lui porter préjudice. «Si quelqu’un me fait du mal, c’est qu’il est mauvais. Et si moi je fais en sorte de me venger en lui causant du tort, c’est que je suis aussi mauvais que lui ! La loi de talion se résume en oeil pour œil, dent pour dent. Or, qui peut garantir que le châtiment que je vais appliquer à mon offenseur sera proportionnel aux dommages subis ? Il se peut qu’il ne l’ait pas fait volontairement ou qu’on l’ait forcé à le faire. Si je vais répondre je pourrai lui faire beaucoup plus de mal qu’il m’en a fait. Or, je suis incapable de causer du tort à autrui même si eux, ils en sont capables. J’ai une grande capacité de pardonner, je peux facilement oublier et je crois que c’est là où réside la force de la personne. Plus on pardonne, plus on pousse l’autre à se remettre en question. Et au lieu de me transformer en un être mauvais, il serait beaucoup plus noble de transformer les mauvaises personnes en des êtres corrects», dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com