Etats-Unis : Les diplomates supplantés par les militaires





Le ministère des Affaires étrangères américain a du mal à trouver des volontaires pour ses missions en Irak. Au point de devoir faire appel à l'armée, qui rechigne à effectuer des missions civiles.


Le Quotidien-Agences
Au fil de leur carrière, diplomates et employés du département d'Etat [le ministère des Affaires étrangères américain] doivent toujours s'attendre à des affectations difficiles. Mais, jusqu'à présent, ces postes ne les obligeaient pas à porter des gilets pare-balles par-dessus leurs costumes trois pièces.
Depuis cinq ans, le paysage de la diplomatie américaine a changé. Aujourd'hui, à cause des guerres d'Irak et d'Afghanistan, la Maison-Blanche envoie davantage de personnel diplomatique dans ces pays, et en particulier dans certaines de leurs régions les plus hostiles, y compris la province irakienne d'Anbar, particulièrement instable, pour tenter d'y mettre en place des institutions démocratiques et aider à la reconstruction. Un changement qui est source de malaise et d'appréhension au sein du département d'Etat et d'autres agences fédérales.
Beaucoup d'employés du gouvernement ont carrément refusé à plusieurs reprises de partir en Irak, d'autres exigeant de n'être affectés qu'à Bagdad et de ne pas être envoyés à l'extérieur de la Zone verte [un quartier de Bagdad sous haute protection militaire] où se trouvent l'ambassade des Etats-Unis et les ministères irakiens. Et, si la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, a assuré au début du mois dernier que les fonctionnaires du département d'Etat "se portaient volontaires en grand nombre" pour les postes difficiles, même en Irak, on souligne de source proche du personnel que ceux qui sont partants sont généralement des diplomates plus jeunes, qui n'ont pas d'expérience et viennent de démarrer dans la carrière.
Cette répugnance met en lumière un problème intrinsèque de la nouvelle stratégie de Bush en Irak, stratégie qui contraint les diplomates américains à relever des défis sans équivalent ailleurs dans le monde. Or l'insécurité qui règne à l'extérieur de la Zone verte fait de l'Irak l'un des derniers endroits où les gens, surtout ceux qui ont une famille, ont envie d'aller.
Steve Kashkett, vice-président de l'American Foreign Service Association, le syndicat des fonctionnaires du département d'Etat, estime qu'"on peut légitimement se poser des questions sur la capacité de diplomates civils à mener à bien des missions de reconstruction et de développement démocratique au beau milieu d'une zone de guerre active".
La question suscite des tensions entre le ministère de la Défense et celui des Affaires étrangères. Elle s'est envenimée début février, quand le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a déclaré qu'il partageait les inquiétudes des officiers ; ceux-ci s'étaient plaints que les services de Rice [les diplomates] aient réclamé que des militaires occupent provisoirement plus d'un tiers des 350 nouveaux postes dont les Affaires étrangères sont censées s'occuper en Irak. Selon nos informations, des militaires de haut rang auraient fait part de leur mécontentement à ce sujet et auraient affirmé au président Bush et à Robert Gates qu'il était urgent que les services civils s'occupent de mener à bien les programmes de reconstruction et de développement politique.
David Satterfield, principal consultant du département d'Etat pour l'Irak, a assuré que son ministère n'avait demandé à l'armée qu'une aide temporaire; mais, du côté des militaires, cette requête continue de susciter la grogne. L'armée rappelle qu'elle serait sans doute obligée de puiser dans la Garde nationale, déjà à la limite de ses moyens, pour pourvoir des postes qui relèvent de compétences civiles plutôt que militaires.
D'après l'amiral Edmund P. Giambastiani, sous-chef de l'état-major interarmes, il est concevable que le département d'Etat fasse appel à la Garde nationale et à ses spécialistes des affaires civiles et militaires pour occuper provisoirement ces postes. "Mais, à long terme, nous préférerions que notre personnel militaire occupe des fonctions militaires."




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com