Tunis Thouraya et le tracteur de la vengeance





Tunis - Le Quotidien


Thouraya s’apprêtait à quitter sa chambre. Le foyer s’est déjà vidé de ses occupants. Toutes les étudiantes sont parties. Au fond du couloir, l’ombre d’une silhouette prenait du volume à chaque fois que la lumière tombait sur l’escalier... Un chat lança un violent miaulement... un corps s’écroula et quelques gouttes de sang coulèrent annonçant un meurtre.


La terre gardait encore les traces d’une petite pluie qui s’est abattue la veille sur le village. Quelques coquillages sont toujours collés aux murs. Les jeunes escargots glissaient lentement laissant monter deux antennes qui devraient les connecter au monde extérieur.


Le bruit d’un tracteur avançant dans un terrain trop aride que les quelques millimètres tombés la veille n’ont pu venir à bout de sa soif. Mais cette eau est largement suffisante pour redonner espoir aux paysans qui se sont pressés afin de donner vie à leurs engins tapis dans leur refuge depuis belle lurette.


A vrai dire, la terre n’avait pas besoin apparemment uniquement d’eau. Il lui faut, également, du sang pour retrouver sa «pudeur».


Le seul tracteur roulant ce jour-là et après avoir fait quelques tours de moteur a percuté un corps humain...


C’est une main qui a jailli en premier du sol. A l’index, une bague en argent a brillé de tout son éclat. Rapidement des cris ont éclaté «N’avance plus». «Coupe le moteur», «Fais marche arrière».


Le conducteur ne comprenant pas ce qui arrivait laissa son pied tomber violemment sur le frein. D’une main trop «angoissée» le même conducteur a failli arracher le frein à main. La machine «méchamment» manipulée sursauta avant de s’arrêter définitivement.



On avança à petit pas, le plus courageux de ces hommes ayant cru à un moment que le ciel leur a finalement souri, a tendu la main et avec des doigts bien marqués par la souffrance de tant d’années de sécheresse, s’est mis à déblayer la terre. Les regards tombèrent sur le corps d’une jeune fille dont le visage est toujours marqué par les traces d’une blessure assez profonde..., une blessure mortelle.


Le seul agent de la garde nationale en service ce jour-là fut appelé d’urgence. Après avoir constaté la mort de la jeune fille l’auxiliaire de la justice donna l’alerte. Le village fut alors envahi par des officiels qu’on n’a l’habitude de voir que dans les journaux.


Une enquête fut ouverte. Enfin, les gens du village vont comprendre ce qui s’est passé. Thouraya, la jeune fille retrouvée morte est une étudiante qui après avoir obtenu son bac, est allée faire des études à Tunis.


Deux ans sont passés. Tout s’est déroulé comme convenu. Thouraya a obtenu son duel. Elle s’attaque alors à la licence.


Elle avait tout pour plaire. La grâce la beauté et un charme fou. Tout homme aurait aimé avoir une femme comme elle pour égayer sa vie. Thouraya, maintenant licenciée, commençait déjà à faire tourner bien des têtes.


A Tunis, elle avait appris comment mettre en valeur sa beauté. Sa maman n’a jamais lésiné sur les moyens pour aider sa fille à être la plus belle . Elle a été toujours sollicitée. Mais, issue d’une famille conservatrice, elle avait toujours décliné les invitations. La seule fois où elle avait accepté de se rendre à une soirée, c’était lorsque le père de sa meilleure copine est venu en personne l’inviter pour assister à son anniversaire.


Ce jour là, la paysanne est allée chez son esthéticienne qui a fait d’elle une véritable poupée. Avant de quitter sa chambre, elle s’est laissée volontairement imprégner par un parfum assez pénétrant pour ne pas éveiller les démons du désir.


Bien installée sur le divan, on lui servit un verre bien rempli d’un mélange de fruits. Depuis, Thouraya ne savait plus dans quel monde elle était.


Trois mois passèrent et son petit ventre commença à prendre du volume. Elle était enceinte. La nouvelle fit le tour du foyer et rapidement son fiancé au bled fut alerté.


Il patienta jusqu’aux premières vacances, Thouraya est de retour au bercail. Elle fut attirée jusqu’à la rase campagne et fut tuée d’un coup de couteau.


 


H.MISSAOUI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com