Les jeunes, le paraître et l’artifice : A consommer avec goût et modération





Certains utilisent des méthodes habiles pour parvenir à leurs fins. Ils ne vont tout de même pas jusqu’à se montrer faux et feints. D’autres tiennent beaucoup plus au paraître qu’à l’être. Ils optent pour des procédés subtils pour parvenir à leurs fins. Quitte à ce qu’ils usent de la ruse et qu’ils agissent avec artifice et fausseté. Les jeunes ont-ils justement tendance à faire usage de l’artifice ? Témoignage.


 


Tunis-Le Quotidien   


La majorité des jeunes semblent accorder une grande importance à leur paraître. A bien observer la tranche juvénile, on remarquera qu’ils font tous de grands efforts pour soigner leur apparence. Ils sont également séduits par tout ce qui est esthétiquement beau et plaisant. Un jeune homme très bien vêtu et qui dégage l’odeur de la « richesse » aurait dans ce sens beaucoup plus de chance de séduire qu’un autre ayant une allure modeste. Une jolie fille habillée de manière huppée et raffinée attirera le regard de la jeune gent masculine. Certains, se donnent dès lors une grande peine pour soigner leur apparence. Une manière qui leur permettra d’avoir plus d’impact sur leurs pairs. L’on dira que c’est légitime… Toutefois, ce constat peut aussi nous amener à croire que les jeunes sont susceptibles d’avoir des comportements outrés  pour parvenir à leurs fins. Leurs conduites seraient parfois empreintes de protocole. La simplicité et le naturel ne vont pas avec leurs objectifs. Ils sont donc capables d’avoir des attitudes qui les rendent prêts à toutes les concessions. La fin justifie les moyens, dit-on, et les jeunes n’hésiteraient probablement pas à agir contre les conventions et contre la morale parce qu’ils sont séduits par un mode de vie artificiel. Les rapports peuvent donc être dénaturés et il est difficile de discerner le vrai du faux et le naturel de l’artificiel.


Asma, 20 ans, pense que seules les personnes qui manquent de maturité et de foi accordent de l’importance aux apparences. « Je connais des personnes très riches. Elles devraient avoir une apparence très bien soignée et un comportement arrogant. Or, ils sont très simples aussi bien sur le plan comportemental que physique. En revanche, certains autres, bien qu’ils soient issus d’un milieu vraiment modeste, font preuve d’une grande arrogance. On peut croire au premier coup qu’il s’agit de richards. Plusieurs jeunes filles de niveau social humble ont des voitures, mangent dans des restaurants chics et ont des habits et des accessoires qui coûtent une petite fortune. Il ne faut pas être très intelligent pour comprendre comment elles arrivent à un niveau de vie pareil ! Chez elles, tous les moyens sont bons pour réaliser leurs buts ! Elles ont été appâtées par un artifice et un paraître alléchant… Cette nature arriviste existe chez bon nombre de personnes dont essentiellement les jeunes gens. Cela prouve que l’artifice est en train de devenir une nécessité dans la vie de certains. Mais je suis totalement contre le fait d’accorder une très grande importance au paraître. Certes, il faut un minimum de tenue pour soigner notre apparence dans la mesure où le premier contact est basé essentiellement sur le  physique. Mais il ne faut pas que cela devienne une obsession ou une raison de vivre. Et puis la richesse et la beauté ne valent absolument rien devant les richesses humaines qui sont inépuisables », dit-elle.


Mouna, 20 ans, dit qu’elle n’a jamais accordé de l’importance aux apparences. La jeune fille est contre l’artifice qui, selon elle, dénature tout. « Il est important que l’on ait une apparence présentable. Une personne qui entretient son apparence inspire la propreté, le bon goût et la finesse. Mais il ne faut jamais qu’on soit hanté par l’idée d’avoir un look parfait. Un minimum de beauté et de goût vestimentaire suffit. En outre, ce qui me révolte réellement, c’est que nombre de jeunes sont capables d’être serviles et ils sont prêts à faire les courbettes pour atteindre une finalité. Pourquoi ? C’est justement parce qu’ils sont prêts à se vendre aux plus bas prix pourvu que cela leur procure un monde artificiel qui épate les autres. Je trouve ce genre de comportement très vil et indigne. Je ne pourrais jamais faire preuve d’arrivisme. Mes principes et ma nature ne me le permettent pas et puis, je ne juge jamais les autres selon ce qu’ils semblent être. L’essentiel, c’est ce qu’ils sont réellement », dit-elle.


Ghazi, 19 ans, dit que nul ne peut vivre au sein d’une société sans accorder une importance au paraître. Toutefois le jeune homme pense que l’artifice est à consommer avec beaucoup de modération. « Il est important qu’on soigne tous nos apparences. Il est évident que les autres nous jugent selon ce qu’ils voient. Nous vivons au sein d’une communauté et le fait de soigner notre apparence nous permet d’être respecté par autrui. Mais cela ne veut aucunement dire que cela devienne une obsession. D’ailleurs, l’artifice compte tellement pour certains qu’ils sont prêts à tous pour parvenir à leurs objectifs. S’ils détectent des signes d’aisance matérielle  chez quelqu’un, ils sont prêts à toutes les concessions possibles et imaginables pour gagner sa sympathie, pourvu qu’ils arrivent leurs fins. Or, nous sommes capables de réaliser nos buts dans la vie sans pour autant nous soumettre de manière aussi indigne. Je pense que c’est justement le règne de la matière qui rend des phénomènes pareils aussi flagrants. Tout le monde rêve d’atteindre la richesse et aspire à s’octroyer les plus récents et les plus performants des gadgets. Une minorité accorde malheureusement de l’importance au fond des personnes, à leur nature et à leur bonté. Aujourd’hui, on est prêts à faire un pacte avec le diable s’il le faut du moment qu’il va servir nos intérêts. On est prêt à bouder les bonnes personnes parce qu’elles vont à l’encontre de nos intérêts», dit-il.


Mouna Sahli, 19 ans, est révoltée contre la tendance massive à prendre en considération l’artifice, la matière et le paraître. « C’est fou ce que les apparences influent. La majorité des êtres humains prennent en considération les apparences et vont même jusqu’à oublier totalement tout ce qui a trait à la morale pour parvenir à leurs fins. Nous évoluons dans un contexte où la matière règne. Etant donné que la matière prend le dessus, il est tout à fait normal que l’artifice prédomine. Plusieurs valeurs ne sont plus prises en considération, les qualités humaines n’ont plus une grande importance malheureusement. Mais il ne faut pas dramatiser, nombre de personnes accordent encore de l’importance au fond des choses et j’en fais partie. Je ne dirai pas que je ne regarde pas du tout l’apparence des autres, mais je le fais de manière modérée. Je tiens à ce que l’autre ait un air présentable et un physique acceptable. Mais je ne vais jamais jusqu’à en faire une hantise. En outre, je n’accepte pas de faire des concessions surtout si mon vis-à-vis est une personne très vile. Je ne suis pas arriviste et je ne baisserai pas les bras quel que soit l’enjeu », dit-il.


Atef, 20 ans, dit que la fin justifie parfois les moyens. Le jeune homme trouve qu’on est parfois obligés d’être faux pour arriver à nos fins. « On se retrouve parfois dans une situation  qui implique qu’on agit de manière fausse et artificielle pour atteindre nos objectifs. Je ne suis pas adepte de l’artifice et de l’hypocrisie, mais tant que j’ai des intérêts en jeu, je suis obligé d’adopter un comportement bien déterminé même si je dois jouer un rôle. La vie marche de cette manière. Toutefois, je ne peux pas agir de cette manière si l’enjeu ne vaut pas la peine. En outre, je continuerai de dire que le paraître a une grande importance. Le premier contact est celui sur lequel on base notre première impression, si nous avons réussi à avoir un effet positif, on aura une importance positive sur nous et si ce premier contact est raté, l’autre continuera de nous regarder de manière négative. Nul donc ne peut nier l’importance des apparences».


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com