Les jeunes et les traditions : Racines et identité ne sont pas à discuter





Un « way of life » trop occidentalisé nous pousse à croire que les jeunes sont déracinés. Si l’on va admettre ce constat, on pensera que les traditions, l’entité et l’identité arabo-musulmane ne figurent pas dans le glossaire juvénile. Vrai ou faux ? Qu’inspirent justement les traditions aux jeunes ?


 


Tunis-Le Quotidien


Chez certaines familles tunisiennes, les habitudes font partie de tout un rituel immuable. L’ensemble des coutumes, des règles et des habitudes fixées par la tradition reflète tout une façon de vivre héritée du passé et qui se transmet de génération en génération. Ces familles là inculquent à leurs enfants un ensemble de savoirs et de croyances remontant à un certain passé. Les enfants doivent à leur tour maintenir et respecter ces usages pour préserver l’identité familiale. Nombre de personnes s’attachent aux coutumes et aux valeurs transmises. Ils sont même hostiles aux changements. Ils s’opposent aux évolutions et font preuve d’un certain conformisme qui adhère aux idées et aux usages de leur milieu. Toutefois, il n’est pas aussi évident que des jeunes gens puissent garder des antécédents traditionnels dans une ère de globalisation et de mondialisation comme la nôtre. Une mondialisation qui semble toucher essentiellement les jeunes. L’identité d’une personne ne semble pas faire partie des priorités des jeunes. Nous voyons de plus en plus de jeunes célébrer des fêtes occidentales, écouter de la musique étrangère et mener une vie à l’européenne. Ce constat est irréfutable puisque les arguments qui le démontrent ne manquent pas. Cependant, de nombreux jeunes disent que leur apparence et même leur façon de vivre, ne prouvent en rien leur déracinement. D’ailleurs bon nombre de jeunes semblent tenir à leur identité et à leurs traditions comme à la prunelle de leurs yeux. Les témoignages qui suivent le justifient.



Aymen, candidat au bac de 20 ans, pense que chaque être humain doit appartenir à une famille, à un groupe, à une société et à un pays. S’il vit en marge des traditions et des habitudes acquises par cet ensemble, il s’égarera et perdra son identité. « Le fait de continuer à hériter de certaines habitudes,  de tenir à certaines croyances et de préserver certaines célébrations prouve que nous sommes un peuple qui a un passé et une entité dont on est fier. Certes, il est impossible qu’un jeune se vête de nos jours de  “djebba“ et  que de jeunes filles continuent à porter le “sefsari“, mais cela ne prouve pas que nous sommes déracinés ou que nous nions nos origines. Par contre, j’aimerai tant pouvoir porter un habit moderne et qui garde à la fois une touche traditionnelle. L’on ne peut pas non plus continuer à réfléchir de la  même manière que nos ancêtres! Nous sommes en train d’évoluer. Cette évolution ne doit toutefois pas toucher à notre identité et à nos croyances, mais elle peut se faire au niveau vestimentaire et au niveau de la manière de vivre. Il est impossible qu’on continue par exemple à utiliser certains ustensiles d’antan alors que des appareils beaucoup plus sophistiqués sont à notre portée. Il n’est sûrement pas facile de pouvoir concilier entre modernisme et traditions. Mais nous autres les jeunes sommes bien ceux qui porteront le flambeau demain après nos pères et c’est à nous d’avoir cette responsabilité de restituer nos traditions au bon milieu de ce concept de mondialisation qui risque de nous dénuer complètement  de tout passé et de toute histoire. Or nous avons une civilisation qui date de milliers d’années. C’est inconcevable qu’on la jette aux oubliettes au profit d’une civilisation américaine âgée de deux cents ans », dit-il.


Tarek, candidat au bac de 20 ans, pense qu’un peuple sans traditions est un peuple également sans histoire et sans culture. « Je ne peux même pas concevoir l’idée de laisser de côté nos croyances et nos acquis pour adhérer à une culture différente de la nôtre. Certes, à notre ère, il est impossible qu’on continue de mener une vie exactement identique à celle d’antan parce que cela prouve que nous tenons à nos traditions ! Mais il est d’autant plus inadmissible qu’on oublie tout pour devenir une copie conforme de ceux qui ont des croyances et une culture totalement dissemblables. Nos traditions créent notre identité et préservent notre originalité et notre spécificité. Un Tunisien est redevable de garder son identité et d’en être fier. J’ai l’ultime conviction que celui qui perd son passé, perdra son futur. Tout être déraciné vivra de manière précaire et n’aura jamais une force intérieure et une forte croyance qui lui permettent d’avoir une position claire. Je pense par exemple, que nous pouvons bien continuer à porter des habits modernes tout en gardant une touche purement tunisienne et traditionnelle. Nous pouvons également célébrer le réveillon, juste parce que c’est une occasion de faire la fête. Mais nous devons privilégier nos fêtes arabo-musulmanes », dit-il.


Chérif, candidat au bac de 19 ans, dit que l’identité d’une personne représente sa liberté, ses racines et sa fierté. « Aucune personne ne vient de manière arbitraire. Chacun appartient à une famille et a des origines qui le rendent spécifique et qui font son histoire. Si nous laissons de côté nos traditions et nos croyances, nous serons dénaturés et déracinés et sans aucune valeur. Hélas, la globalisation nous incite par tous les moyens à devenir sans identité. C’est une manière pour les occidentaux de nous asservir et de se garantir le règne et la suprématie totale. Les plus jeunes qui suivent aveuglément ignorent ces enjeux et ne connaissent pas les dessous de cette histoire. Ils imitent donc sans conscience et ne savent pas qu’en agissant ainsi, ils ne sont pas seulement en train de mener une vie moderne, mais également de s’effacer totalement. Pourquoi ne nous montrons-nous pas créatifs et innovateurs ? Personne n’empêche les jeunes de marier modernisme et tradition et de créer une nouvelle mode qui va avec le temps moderne tout en gardant une touche originale et spécifique à nos origines et à nos traditions », dit-il.


Amine, 18 ans, dit qu’aucun modernisme ne vaut l’authenticité des traditions. « Mon dada, est de déambuler entre les ruelles de la médina, là où on peut toujours voir une architecture purement arabesque et sentir les odeurs des extraits d’arômes typiquement tunisiennes. J’adore l’antiquité et cela ne veut pas dire que je suis sévèrement conformiste contre l’évolution ou que je m’oppose au modernisme. Mais chacun d’entre nous porte en lui la graine d’une civilisation ancienne et d’une histoire qui identifie sa famille, ses origines et ses racines. Celui qui acceptera de se faire déraciner et de croire que les traditions et les croyances se mettent à l’encontre de son évolution est un être inconscient et sans identité », dit-il.


Ahmed, 19 ans, trouve révoltant que des jeunes fêtent et connaissent la date exacte de la saint Valentin et autres fêtes occidentales alors qu’ils ignorent en parallèle tout ce qui a trait à notre identité tunisienne et arabo-musulmane. « Malheureusement nous sommes en train de mimer l’Occident sans aucune conscience. Et nous n’avons personne à blâmer à part nous-mêmes. Si chacun d’entre nous essaye de surmonter ce complexe d’infériorité dont on souffre par rapport aux occidentaux, on pourra être à notre tour fier de nous-mêmes. La première chose à faire pour y arriver est de croire à notre passé, à notre histoire et à nos traditions pour avoir une « base » de travail », dit-il.


Radhouane, 18 ans, dit que les traditions représentent notre identité. « Si nous oublions notre identité et nos traditions, nous n’aurons pas de choses à transmettre à nos enfants. Les traditions sont un héritage de tout un peuple qui fait sa spécificité et son identité. Les jeunes ont la responsabilité d’assurer sa continuation de génération en génération», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com