Tunis L’histoire poignante de Toumia





Des yeux bleus. Des cheveux longs et doux tel une étoffe de soie couvraient légèrement  un visage angélique. Personne n’aurait douté le moindre instant que Toumia aurait été,  dans une autre époque, une reine. Mais cette beauté échouera, hélas, dans une maison close où son cœur a lâché il y a quelques jours.


 


Tunis - Le Quotidien


La lune éclairait un ciel d’été très dégagé. Devant la maison, la vaste plaine s’étendait jusqu’à l’infini. Les voisins se sont rassemblés pour tuer le temps dans cet été long et étouffant.


Dans ces contrées reculées du Centre-Ouest du pays, lorsque l’été débarque, les gens n’ont          désormais qu’un seul ennemi à savoir cette chaleur suffocante. Alors on se levait tôt pour quitter les champs, avant le lever du soleil. On passait la journée à l’intérieur des maisons et on ne sortait qu’à la nuit tombante.


Nous sommes en 1975. Dans ce bled perdu, il n’y a encore ni usine, ni chantier. Seule la terre pouvait donner à manger aux gens du coin. La misère était partout. Des familles nombreuses passaient des jours et des jours ne vivant que de l’aide des voisins.



Coupés du monde, on devait patienter jusqu’à l’arrivée de la jeep de la garde nationale pour s’informer de ce qui passait ailleurs.


Les agents veillaient avec les paysans et à chacune de ces patrouilles des soirées étaient organisée en l’honneur de ces auxiliaires de la justice.


On servait le couscous. On dansait et on chantait. Pourtant la vie n’était pas aussi facile que l’on pouvait l’imaginer. Toumia âgée d’à peine dix-huit ans faisait déjà l’objet de toutes les convoitises. Elle était  trop belle pour une paysanne.


Son corps faisait vibrer les cœurs des hommes. Lorsqu’elle dansait, les regards enflammés la dévoraient. On voulait d’elle à tout prix. Seulement qui pouvait oser un tel acte?


Sadok en avait les moyens. Il travaillait à Tunis. On dit qu’il connaissait beaucoup de monde. Raison pour laquelle les paysans le craignaient. Un petit mot et n’importe qui pouvait en payer le prix fort.


Alors, lorsqu’il remarqua Toumia, il l’attira dans la campagne voisine et abusa d’elle. Depuis, il en a fait sa maîtresse. Ces liaisons ne tardèrent pas à donner leurs fruits. Toumia est enceinte.  Le scandale est inévitable. Sadok n’hésita pas ainsi   à engouffrer Toumia à bord de la première camionnette à destination de Tunis.


Une semaine plus tard, elle est déjà dans une pièce donnant sur le mausolée de Sidi Abdallah, en train d’exciter des clients n’ayant jamais admiré une telle beauté.


Des années durant, Toumia fit les beaux jours de ces lieux. La jeune paysanne ne se réveilla que lorsque l’une de ses collègues avait trouvé la mort dans des circonstances tragiques.


Une prise de conscience qui ne l’empêchera pas de continuer à exercer le métier le plus vieux du monde. Seulement, elle lui a ouvert les portes du bien. Toumia décida de consacrer une partie de ses gains pour venir en aide aux nécessiteux.


Elle prit en charge des familles entières. Elle finança les études de plusieurs enfants qui sont aujourd’hui des fonctionnaires et des cadres.


Toumia se lança ainsi dans ces œuvres de charité cherchant à purifier son corps et son âme du péché. Toujours est-il que lorsque l’heure de la retraite avait sonné, Toumia n’a pas trouvé où aller. Elle était contrainte de terminer ses jours entre les murs de cette maison qui a connu ses gloires et ses déceptions.


Finalement son cœur a craqué. Toumia a cessé de respirer à jamais...


 

H.M.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com