Jayara Un drame en cache un autre





Mardi 20 mars 2007. Nous roulions derrière une camionnette transportant le corps de l’adulte tué avant-hier. Il est neuf heures, le cortège funèbre atteignit  Jayara. Des femmes pleurent, des enfants crient et les hommes se pressent, pour évacuer le cercueil et éviter qu’il ne soit mouillé par cette pluie du printemps ...


 


Tunis - Le Quotidien


Il fait un froid de canard. La seule rue traversant la localité de Sidi Hassine Séjoumi est presque déserte. Les automobilistes tentent vainement de passer à côté de petites mares d’eau stagnante.


Mais la chaussée dans un état lamentable donnait au paysage un aspect de tristesse. Un spectacle tiré tout droit d’un documentaire sur la savane africaine.


Une petite pluie a suffi, en effet, pour paralyser toute une région. Toujours est-il qu’il faut enterrer cet homme âgé d’une quarantaine d’années d’autant qu’il a trouvé la mort dans des circonstances extrêmement tragiques. Car être tué par son propre frère donne à la mort une autre couleur. D’ailleurs, c’est un meurtre qui cache bien d’autres douleurs.


Il est presque quinze heures, ce lundi 19 mars 2007. La victime prenait l’air devant sa maison située en plein quartier populaire de Jayara.


Son frère cadet avança vers lui. Il tenait entre les mains une hache. Il leva son arme et la dressa vers son frangin.


Il lui asséna un seul coup qui l’atteignit à la tête. Son crâne explosa. Le sang couvrit le corps. La victime lança un dernier cri et s’écroula.


La mère, le père, l’épouse et les enfants se pressèrent vers lui. Malheureusement, ils ne gardèrent qu’une seule image : une tête fracassée et des yeux couverts de sang.


Bizarrement, le tueur ne quitta pas les lieux. Il continua à contempler le cadavre. Il jeta la hache et prit place contre le mur en attendant que les agents de l’ordre arrivent.


Personne ne s’approcha de lui. D’ailleurs, on ne s’est jamais approché de lui.


Il a été, toujours seul ! Même lorsqu’il se rendait à l’hôpital psychiatrique d’Errazi, il le faisait seul. Depuis qu’on a diagnostiqué cette maladie dont il était atteint, même ses proches le prenaient pour un fou.


Abandonné à son propre sort, il commençait à nourrir une haine terrible à l’égard de son entourage. Le sentiment de la vengeance devint de plus en plus grand. De temps en temps, il exprimait sa colère en s’emportant contre tous ceux qui le croisaient. Seulement, jamais on n'avait senti qu’il était dangereux.


Il a suffi, tout de même, qu’il soit ignoré par son propre frère pour qu’il aille ramasser une hache et venir commettre un crime dont il n’est probablement pas responsable. Toutefois, il s’agit quand même d’un véritable drame qui s’est abattu sur une famille pauvre qui perd d’un seul coup deux de ses fils.


Ainsi, on enterra  le premier et on interna le deuxième en attendant que la justice se prononce dans une affaire qui n’a rien de criminel sauf la folie.


 


H. Missaoui




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com