Handball Sayed Ayari (Entr. d’E.M.M.) : «L’occasion propice pour amorcer le déclic»





EMM qui se prépare activement pour abriter la 23ème édition de la CAVC a fait appel aux services de l’ex-entraîneur national Sayed Ayari dont le palmarès tant au niveau national qu’international est très éloquent. Son expérience aguerrie au fil du temps n’est plus à démontrer. C’est pourquoi EMM l’a engagé aussi vite qu’elle a pu, après sa rupture avec l’EST.


 


Un mois et demi avant le début du championnat d’Afrique des Clubs détenteurs de Coupe, vous prenez en main le sort d’El Makarem. Cette courte période suffit-elle pour combler les lacunes?


Je tiens d’abord à vous dire que Hatem Bousoffara, l’entraîneur des seniors, a fait du bon travail. C’est un jeune entraîneur compétent, dynamique et ambitieux et je ne suis pas venu à Mahdia pour lui faire ombrage, bien au contraire, j’arrive à point nommé pour le soutenir et insuffler à l’équipe un sang nouveau.


J’essaye de rehausser le moral de la troupe et de galvaniser son énergie. J’espère y parvenir avec la collaboration de tout le monde. L’estime pour ce club que j’ai entraîné au début des années 90 (les années fastes d’El Makarem) dépasse la relation strictement professionnelle.


Pour moi, il est donc important de faire bonne figure dans ces Jeux, mais l'essentiel consiste à raviver l’engouement des responsables, des supporters et des joueurs, pour le club et susciter un déclic salvateur.


 


Vous avez entraîné EMM, du temps de Adnène et Afif Belharteh, Habib El Ghoul, Hichem Turki, Néjib Missaoui et Mohamed Ali Sghir, cette pléiade de joueurs qui constituait l’ossature d’antan. Quelle est la différence entre cette génération et celle d’aujourd’hui?


La différence est notoire. Le niveau s’est dégradé considérablement. Les joueurs de talent se font plus rares. La taille a aussi marqué un certain déficit, mais ce qui est fondamental, c’est la mentalité des jeunes d’aujourd’hui qui est défaillante. Je ne veux pas généraliser, mais la plupart des joueurs actuels, que ce soit à El Makarem ou ailleurs, ne pensent qu’à l’argent, au lieu de s’investir corps et âme pour s’améliorer. Auparavant, c’était l’amour du handball qui prévalait. L’argent était trempé de sueur. C’est donc le dévouement qui fait défaut aujourd’hui. Du coup, les responsables et surtout les présidents des clubs lesquels, éprouvés par les exactions des joueurs, confrontés à des besoins de plus en plus pressants, manquant de moyens logistiques et financiers, s’empressent de partir au bout d’une ou deux saisons. De telles circonstances sont propices au recul du handball. Les catégories de jeunes, faute de moyens, d’infrastructures, d’entraîneurs qualifiés payent les pots cassés. Sur le papier, nous avons tout ce qu’il faut pour réussir, beaucoup d’étrangers nous envient pour cela, mais la réalité est bien plus amère. Tenez par exemple: Comment les catégories suivantes, écoles A et B, minimes A et B, cadets A et B et juniors peuvent-elles trouver le temps adéquat à l’entraînement, sachant que la plupart d’entre eux vaquent à leurs études après dix-huit heures et s’entraînement sur des terrains rocailleux, sous un éclairage vacillant avec des cages souvent déglinguées dont les filets laissent à désirer. Est-ce normal? Heureusement que Mahdia est dotée d’infrastructures bien plus convenables, je l’avoue. D’un autre côté, les entraîneurs des jeunes sont les parents pauvres du handball.


Avec un salaire dérisoire qui comble à peine les frais de déplacement et l’équipement sportif personnel, comment peut-on promouvoir le handball?


D’ailleurs, j’ai évoqué ce problème publiquement à maintes reprises mais la question demeure en suspens! Toutefois, je répète la même rengaine à ceux qui veulent l’entendre…


 


Si le Comité directeur d’El Makarem vous proposait de faire le constat de la situation et de lui prodiguer les conseils nécessaires afin que son équipe retrouve sa place parmi l’élite, que diriez-vous?


Je ne dirais qu’une chose: profitez du bol d’oxygène que cette échéance peut vous procurer, pour vous rapprocher les uns des autres et partir du bon pied. Vous avez tout ce qu’il faut: l’infrastructure, un public féru de handball, des hommes nantis et influents, des entraîneurs compétents. Il suffit de travailler en famille, sans animosité, avec une volonté indélébile. Vous possédez, de surcroît, un centre de promotion et un parcours sportif. Avec toutes ces conditions réunies, El Makarem redorerait le blason d’autrefois.


 


D’après l’analyse qui se dégage de cet entretien, je présume que le niveau de l’équipe nationale va s’en ressentir?


Non, je n’ai pas dit cela. Il ne faut pas faire d’amalgame entre les clubs et l’équipe nationale. S’il est vrai qu’il est urgent de combler certaines lacunes, il n’en reste pas moins que la sélection nationale bénéficie encore de beaucoup de ressources. Elle ne reflète pas le niveau des clubs, comme c’est le cas de tous les pays, à l’exception de l’Espagne et de l’Allemagne où la compétition est d’un très haut niveau. Mais le potentiel humain tunisien porte toujours les germes de la bonne graine, et avec les joueurs professionnels évoluant en France, l’équipe nationale aura encore de beaux jours devant elle.


 


Ali ZOUARI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com