Mounir Ben Slimène : «Pour promouvoir le basket tunisien, il faut instaurer une direction technique dans tous les clubs»





Demeurer à la tête d’une direction technique nationale, étrangère de surcroît, durant sept années incessamment révolues, n’est pas une simple sinécure.


C’est pourtant la gageure que l’une des compétences tunisiennes


Reconnues en basket a honorée avec une rare maestria aux Emirats


Arabes Unis. Avec son obligeance coutumière, Mounir Ben Slimène s’est plié à nos questions. Etat des lieux aux EAU, regard critique sur la compétition locale, projets… Tout est passé au tamis.


 


 


Avant tout, où en êtes-vous aux EAU et quel bilan dressez-vous de votre passage au Golfe?


J’en suis pour l’heure à six années et demie depuis que je dirige la DTN de ce pays qui continue à me faire confiance. J’estime honnêtement que le bilan est largement positif, dans la mesure où nous avons remporté deux championnats du Golfe des nations en 2002 et tout récemment en 2007 avec, je rappelle, le même staff technique. Comme quoi, le travail constant et patient finit toujours par payer.


 


Ce travail, s’accomplit-il de façon collégiale ou s’exerce-t-il en solo?


Toute œuvre est, en fait, la résultante de l’implication directe de plusieurs parties. La réussite est toujours collective. Toutefois, le critère de réussite le plus saillant aux EAU est la délimitation nette et tangible des tâches. C’est dire que personne n’empiète sur le terrain de l’autre. Autant dire que les affaires techniques sont de l’apanage de la seule DTN, si bien que le directeur technique national prend les décisions qu’il juge opportunes et le bureau fédéral n’a qu’à les entériner, avec l’entière responsabilité qu’il doit assumer. Je parlerais plutôt de complémentarité et de complicité agissante.


 


Les EAU ne sont pourtant que… 61èmes mondiaux. Un petit paradoxe, non?


Pour quelqu’un d’averti, il n’y a rien d’inconséquent pour la bonne raison que le premier critère présidant à ce classement mondial est inhérent à l’implication d’une nation quelconque dans la compétition continentale asiatique dans le cas de figure. La comptabilisation de cette dernière est déterminante. Or, à ce niveau, les EAU pâtissent toujours du nombre limité de leurs participations. Par contre à l’échelle arabe (14ème) et surtout à celle du Golfe (2ème), le classement est plus qu’honorable, d’autant plus que contrairement à plusieurs pays du Golfe qui ont choisi la solution de facilité, à savoir le recours à la naturalisation, à l’instar du Qatar, les EAU comptent sur les enfants du terroir et misent sur la formation dès l’âge précoce.


 


Vous êtes sûrement au parfum de ce qui se passe à l’échelle nationale. Où en est le basket tunisien?


Sincèrement, le niveau général est en régression. Il y a d’abord la recherche effrénée des résultats immédiats, au niveau de toutes les catégories du reste, pas seulement à celles des seniors. En outre, les joueurs talentueux ne courent plus les rues. Mais, le plus alarmant est le fait que la formation des jeunes est encore sérieusement ignorée dans la plupart de nos clubs. Pourtant, la matière première, j’entends les gabarits imposants, existe, contrairement à ce qui était de mise autrefois. Mais, soit la qualité du travail fait défaut, soit on ne s’investit pas assez.


 


Que préconisez-vous, alors, pour la promotion effective de notre basket?


Je tiens à préciser d’abord que ce constat au rabais ne doit pas être généralisé. C’est qu’il y a des exceptions et quelques clubs, réduits malheureusement à la portion congrue, œuvrent inlassablement pour faire sortir cette discipline de l’ornière. L’exemple du CA, à titre indicatif et non restrictif, est édifiant à ce sujet. A son image donc, il s’agit d’étendre l’expérience des directions techniques des jeunes à tous les clubs et surtout de les confier à des compétences privées et éprouvées qui travailleraient à longue échéance. Voilà ce à quoi il faut, avant tout, s’atteler.


 


Vaste programme, mais, pour l’heure, les yeux sont braqués sur les JA et  la CAN 2007. Quelles sont nos chances?


Et toute sincérité, pour moi, ces deux échéances sont caduques. Il est vrai que le fait de côtoyer les grands de l’Afrique vaut toujours mieux que de bouder ces compétitions. Toutefois, les temps de la simple figuration sont bel et bien révolus. Honnêtement, je ne vois pas cette génération-ci se hisser sur le toit de l’Afrique. D’ailleurs, je rappelle que pour le compte des CAN 2005 et 2007, nous n’avons pas été capables de nous qualifier directement et nous avons dû jouer des matches barrages, respectivement contre le Maroc et la Libye. Raison pour laquelle, il ne faut pas trop se leurrer et se mettre sans plus tarder au travail à partir de la base.


 


Ce souci porté aux jeunes n’est pourtant pas un vain mot, si l’on se réfère par exemple aux équipes fédérales.


Je n’ai jamais nié l’existence d’un travail au niveau des jeunes. C’est l’approche méthodologique qui doit être revue et corrigée. A propos justement  d’équipes fédérales, rien que ce qualificatif est sujet à controverse. C’est qu’il ne devrait pas être question de former une équipe. l’objectif premier est plutôt de former des joueurs, de favoriser l’éclosion de talents dont tireraient profit aussi bien les clubs que, suprême dessein, nos équipes nationales.


 


Votre présent séjour en Tunisie contient-il quelques motifs de satisfaction?


Tout à fait. J’ai d’abord pu assister à certains matches entrant dans le cadre des quarts de finale aussi bien du play-off que de la Coupe, ainsi que quelques rencontres du play-out. Mais, ce qui m’a le plus réchauffé le cœur, c’est la conférence donnée par notre collègue et éminent technicien, Ridha Labidi, au cours de laquelle il a présenté son DVD inhérent à la technique gestuelle du lancer-franc et à la façon de le provoquer à profusion pour augmenter le capital-points. Labidi y a mis toute sa passion. C’est un travail à louer, d’autant plus qu’il n’est aucunement à but lucratif. Il a touché à un thème primordial dans le basket moderne, décortiqué analytiquement et globalement dans les situations stratégiques. C’est une preuve tangible que les compétences tunisiennes existent. Et je suis sûr que beaucoup d’autres sont capables de lui emboîter le pas, pour peu qu’elles s’y mettent sérieusement.


 


Mounir Ben Slimène dans nos murs, est-ce pour bientôt?


Le retour définitif titille mes méninges depuis un certain temps. Et la principale motivation est strictement d’ordre familial. Je suis tiraillé entre cette impérieuse obligation à laquelle je n’ai pas le droit de me soustraire et la tentation de parachever l’œuvre entamée aux EAU et à laquelle les responsables émiratis tiennent absolument. Et c’est un véritable défi pour moi que d’assumer l’après-consécration subséquemment au récent titre de champion du Golfe et de préparer comme il se doit le prochain championnat d’Asie des nations, en juillet, au Japon, ainsi qu’au championnat du Golfe juniors à Dubaï, qualificatif au championnat d’Asie. Je ne me suis pas encore définitivement prononcé. Mais, une chose est sûre, c’est que ce qui conditionnera mon retour, sur le plan sportif, c’est la structure de travail dans laquelle j’opérerai, loin de toute considération financière, une structure favorable à l’échange de compétences, comme entraîner les jeunes ou un club qui vise un palier supérieur. Pour tout dire, j’ambitionne de revenir à une routine de travail quotidienne contrairement à ce que j’ai entrepris ces dernières années.


 


Propos recueillis par


Wahid SMAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com