Jazz à Carthage : Magique Anouar Braham!





Le clou de la soirée inaugurale du 3ème Jazz à Carthage n’est autre que Anouar Braham. Avec cette «grosse pointure mondiale», on dépasse tous les commentaires.


Compte-rendu d’une soirée pas comme les autres.


 


En arrivant avant-hier soir au seuil de Carthage, là où il y a le rond-point, notre surprise fut grande.


Le nombre de voitures garées sur les bas-côtés de la pente qui nous conduit jusqu’à l’Acropolium était impressionnant. Incroyable! Le spectacle est impressionnant: une vague humaine peine à remonter la butte de la ville de Didon et à fendre la cape d’une nuit grandement ventée et à contre-courant avant d’atteindre le sommet.


Rien que pour savourer un brin de bonne musique et ça vaut vraiment la peine. Une petite idée s’est déjà esquissée dans notre tête: ça se passe certainement à guichet fermé. Allons-nous trouver une place dans cette salle noire de mélomanes? C’était dur.


Un silence de piété enveloppe l’église Saint-Louis et tout le monde était à l’écoute.


Les premières trente minutes ont été signées par une star montante qui nous vient du pays des Pharaons. Hazem Chahine a assuré cet «opening act» en solo.


L’homme au ûd joue bien et juste. Ce qui lui a valu un tonnerre d’applaudissements. Mais le clou de la soirée inaugurale est bien entendu, Anouar Braham qui s'est laissé désirer et n’est monté sur scène qu’après une bonne dizaine de minutes.


«J’ai rencontré Hazem Chahine en mai dernier lors de mon passage au Caire et il m’a impressionné. Dès lors, j’ai souhaité le présenter au public tunisien. Je tiens aussi à dédier ce concert à Ali Sriti qui vient de nous quitter. Ce n’est qu’une pensée d’un élève à son maître qui lui a tout transmis de son savoir», a lancé Anouar Braham dès qu’il a foulé la scène. Il était accompagné de François Couturier au piano et Jean-Louis Martinier à l’accordéon.


Et notre luthiste, tout de noir vêtu, de bien partir et d’offrir à son public —déjà acquis depuis le début des années 1990— des moments de pur bonheur.


Les quelques airs monotones au milieu de la soirée n’ont affecté en rien la haute facture de ce concert harmonieusement ponctué par une écriture moderne et bien brodée. Il y a du pur jus oriental, malaxé avec des variations méditerranéennes et coupé d’une pointe occidentale. Et le tout balayé par une poésie fascinante. Magique! Magique est cette poésie qui valse entre le pudique, le retenu et le sensuel au degré le plus piquant.


Ici, il y a de l’exploration à souhait. Le moment est fort. Car on y trouve des airs tirés de notre répertoire musical. Et d’autres qui nous renvoient vers un monde mystique et de recueillement. Le petit ajout du clavier et de languettes ont soufflé sur les diverses partitions accentuant ainsi les traits d’une musique recherchée.


L’auteur de «Nawara al âchqa», «Le voyage de Sahar», «Le pas du chat noir», «Astrakan café» entre autres était avec ses pianiste et accordéoniste d’une rare générosité.


Des envolées un zeste jazzy et mâtinées de fantaisie ont tenu en haleine la salle jusque tard dans la nuit. Les gens, sans aucun doute, ont aimé, applaudi et ils étaient ravis et royalement servis. Surtout que Anouar Braham n’a pas oublié le rythme d’un «Halfaouine» très travaillé. C’était  peut-être sa façon de dire qu’il est l’enfant de ce quartier de  Halfaouine et qu’il est si fier de son appartenance.


L’enfant de Tunis qui a fait le bon choix en adoptant l’art et la création est souvent bien salué par la presse internationale. « «Le voyage de Sahar» se situe parmi les meilleures ventes de la catégorie jazz et world music, tout comme ses précédents albums sous le prestigieux label ECM», lit-on sur la note de presse, où on nous informe que notre Anouar nous a offert ce soir-là la première d’une tournée mondiale qui a démarré avec la sortie de son CD et qui va se poursuivre jusqu’en 2008.


La première soirée du troisième Jazz à Carthage by Tunisiana nous a bien subjugués. Et la gamme était d’un autre niveau… Un niveau peu habituel sur la scène actuelle. Merci les artistes pour ce travail d’orfèvres.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com