Les jeunes et les critiques : A reproches sans manière, une fin de non-recevoir

Il faut vraiment avoir des nerfs d’acier et un très fort caractère pour accepter les critiques avec le sourire. Les jeunes sont fréquemment sujets aux critiques. Acceptent-ils justement, d’être critiqués ? Trouvent-ils ces critiques constructives ?

Ne considèrent-ils pas que cela porte atteinte à leur amour-propre?

 

Tunis-Le Quotidien

Le comportement des jeunes est continuellement mis sous la loupe des adultes. Leurs actes et leurs attitudes sont passés au peigne fin. Au moindre faux pas, ils ont droit à des sermons, à des leçons de morale et à des critiques relativement sévères. Les parents, les tuteurs et les enseignants sont les premiers à sermonner les jeunes. Toutefois, les amis peuvent également critiquer leurs pairs. A priori, toute personne éprouvera un certain désagrément lorsqu’elle est sujette aux jugements négatifs, aux remontrances et aux remarques déplaisantes. Mais certains orateurs maîtrisent l’art de la persuasion. Eloquents et délicats, ils ont la parole facile et savent argumenter leurs dires avec logique et beaucoup de finesse. Ils savent aussi choisir le moment propice pour entretenir ce genre de discours. Du coup, ils poussent leurs vis-à-vis à les écouter, à accepter leurs remarques, à prendre en considération leurs critiques sportivement et ce sans  se sentir ébranlés et sans que leur amour propre ne soit atteint. La nature de l’être humain implique toutefois qu’il désapprouve les discours moralistes. L’on accepte mal de faire l’objet de reproches d’autant plus si l’intervenant fait preuve de maladresse et de manque de finesse. Certains reproches s’imprègnent d’une certaine agressivité. Dès lors le sujet sentira que c’est une attaque à sa personne. Par pique ou par fierté, ce discours moraliste risque paradoxalement d’avoir l’effet contraire. Bon nombre de personnes critiquent les autres de manière continuelle et répétitive. Ils ont l’impression d’être au dessus de tous reproches et c’est ce qui les encourage à avoir une attitude sermonneuse. Bizarrement, ce sont les personnes qui râlent et qui portent des jugements négatifs sur les autres tout le temps qui n’acceptent pas d’être critiquées…

Imène, candidate au bac de 20 ans, n’accepte pas les critiques. La jeune fille reconnaît que les critiques sont pesantes et peuvent même être blessantes. « Partant de l’évidence que nul n’est parfait, nous devons savoir que chacun est capable de commettre des erreurs et d’être critiqué. Je peux accepter qu’on me fasse des reproches si cela se fait de manière très fluide et très délicate. Certains savent choisir le moment et les mots qu’il faut pour nous reprocher une conduite ou une attitude. Même si sur le tas, je peux me sentir mal parce que c’est une attaque contre ma personne, je finis par l’accepter de bon cœur parce que mon vis-à-vis l’a faite de manière subtile. J’y réfléchis à tête reposée et lorsque je me sens convaincue qu’il avait raison, je fais en sorte de remédier à la question et de le remercier pour ses bons offices. En revanche, d’autres personnes critiquent à tort et à travers et ils choisissent le moment le plus inapproprié et les mots les plus négatifs pour le faire. Même si cette personne n’a pas l’intention de nous blesser, nous pouvons nous sentir froissés. Un être humain est un ensemble de plusieurs choses. Son état physique et psychique doit être préparé à recevoir ce genre de discours moralistes et ceux qui savent choisir le moment qu’il faut pour le faire sont les seuls qui arrivent à convaincre. Toutefois, plusieurs personnes ne critiquent pas parce qu’ils nous veulent du bien. Ils le font de manière gauche et indélicate juste pour nous faire du tort. Malheureusement, je n’ai pas l’audace qu’il faut pour mettre terme à ce genre d’atteinte. A cause de ma nature trop bien élevée, je continue à prêter une ouïe attentive à mon vis-à-vis jusqu’à ce qu’il termine son discours. Mais il suffit que je me rende compte qu’il le fait juste  pour me rapetisser, pour que je jette ce discours désagréable aux oubliettes et ce même s’il y a beaucoup de vrai dans ce qu’il dit », dit-elle.

Atef, 20 ans, fait partie des personnes arrogantes. Le jeune homme se croit au dessus de tout reproche tout simplement parce qu’il pense ne jamais se tromper. « Plusieurs personnes essayent de me critiquer. Je laisse faire ! Ce n’est pas parce que ma conduite n’a pas plu à certains ou parce que mon attitude ne convient pas au goût des autres que je vais en faire un drame. Je m’en fous éperdument. Il faut dire que j’ai une très grande confiance en moi et je ne me souviens pas d’une seule fois où une critique a eu un effet sur moi. Je sais qui je suis et je sais ce que je fais et rien ne me fera douter de mes capacités. J’ai, Dieu merci, un caractère très fort. De plus, je pense avoir la chance d’avoir beaucoup de sang froid et des nerfs d’acier. Les critiques, je les accepte avec le sourire, tout simplement parce que cela ne m’affecte pas du tout ! Il suffit que mon interlocuteur termine son discours ennuyeux et qu’il finit de sermonner, pour que devant ses yeux je refasse exactement la même chose… Cela énerve la majorité des personnes. Mais est-ce ça vaut la peine que je sois dérangé de ce qu’ils disent ? Evidemment que non et puis s’ils sont sûrs qu’ils n’ont absolument aucun effet sur moi et que je reste de glace en dépit de leurs initiatives, ils vont finir par lâcher prise et dorénavant, ils ne vont plus s’aviser à m’approcher », dit-il.

Mouna, 20 ans, dit que tous ceux qui nous aiment peuvent s’adonner à des discours moralistes à notre adresse parce qu’ils veulent nous voir atteindre la perfection. Toutefois la jeune fille se révolte parfois contre certaines critiques déplacées. « Je peux commettre des erreurs et je peux ne pas être du tout consciente. Dans ce cas, j’ai bien besoin que l’on me secoue un peu pour que j’ouvre les yeux. Toutefois, il faut choisir le moment adéquat et les mots qu’il faut. Les parents ont la mauvaise manie de choisir toujours le mauvais moment. Si je n’ai pas pris en considération leur conseil par exemple, ils m’interdisent de ne pas porter un manteau parce qu’il fait froid et que je n’en fais qu’à ma tête : Résultat, je tombe malade. Je pense avoir déjà eu mon châtiment, mais cela ne leur suffit pas, il faut bien qu’ils me fassent la leçon au moment où je souffre de fièvre et de toux aigue ! Ils peuvent attendre que je sois en bon état pour me faire des reproches sur mon entêtement ! De plus, ils ne s’arrêtent jamais sur un seul exemple, il faut bien qu’ils fassent sortir la liste de toutes mes bêtises pour que le sermon soit fait en bonne et due forme. C’est pareil avec certains amis. Si tu viens effondrée et les larmes aux yeux à la recherche d’appui, ils se mettent à critiquer, alors que j’avais besoin d’une consolation. Pis encore, certains, bien qu’ils soient bourrés de défauts se permettent le luxe de nous critiquer au moindre faux pas et choisissent les mots les plus sadiques pour nous faire vraiment mal. Je ne peux pas tolérer que des personnes dans le genre me critiquent et je peux répondre de manière sévère à ces attaques », dit-elle.

Hend, 20 ans,  dit que la critique est un art qu’il faut maîtriser. « Ma meilleure amie est une fille vraiment géniale. Je l’aime beaucoup, mais elle a tendance à tenir des discours moralistes et à critiquer plusieurs de mes actes. Elle le fait pour mon bien, je le sais, mais sans me rendre compte je me suis mise à lui cacher beaucoup de choses. Je ne me confie plus à elle parce qu’elle ne sait jamais choisir le moment qu’il faut. Parfois je l’appelle au téléphone parce que j’ai besoin de vider ma caisse. Ce dont j’ai besoin à ce moment, c’est qu’elle m’écoute attentivement qu’elle soit solidaire avec moi et qu’elle me remonte le moral pour que je dépasse ce coup de blues. Or, c’est à ce moment précis qu’elle se met à me faire des reproches. Ces critiques ne me serviront pas parce que le mal est déjà fait. En ce moment où je dramatise déjà, j’ai besoin d’être écoutée et rassurée. Elle peut reporter les discours moraliste à un moment où je ne serai pas au bord de la déprime. Et puis ce n’est pas du tout agréable d’avoir affaire à quelqu’un qui te critique sans cesse. Nul n’est parfait et si on aime quelqu’un, on doit l’accepter tel qu’il est », confie-t-elle.

 

Abir CHEMLI 




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com