Délinquance juvénile : Le phénomène monte d’un cran…





* 14041 délits commis par des adolescents ont été examinés par les tribunaux durant l’année judiciaire 2004-2005


 


* A l’école, dans la rue, au niveau des stades, la délinquance juvénile enregistre une montée qui inquiète les pouvoirs publics et la société civile.


 


Tunis-Le Quotidien


Tunis, 26 février. Un loubard ravit la moto d’un adolescent. Ce dernier  se fait aider par son frère aîné pour récupérer l’engin. Une violente bagarre éclate entre les deux jeunes hommes. Malmené, le délinquant n’a pas hésité à plonger un canif dans le ventre de son rival qui se saisit du rétroviseur pour entailler le visage de son agresseur. Les deux protagonistes de ce fait divers sanglant ont été déférés au parquet. La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a  condamné l’accusé principal à 8 ans de prison et le « justicier »à 3 ans. 


Radès, 10 mars. Deux énergumènes s’en prennent à un bus de la SNT reliant Tunis à Radès en jetant des pierres. Deux passagers ont été ainsi grièvement blessés. Traduits devant le tribunal de première instance de Ben Arous, les délinquants ont été inculpés d’agression et d’actes de vandalisme. Ils risquent de passer plusieurs années derrière les barreaux.


Kairouan, 16 mars. Un adolescent arrache le sac d’une institutrice avant de s’évaporer dans la nature. L’enseignante a déposé plainte pour vol à l’arrachée. Le suspect est toujours en cavale.    


Les faits divers publiés quotidiennement dans les journaux relatent des dizaines de ce genre d’affaires dont les auteurs sont des jeunes sans repères qui basculent dans la délinquance pour des raisons souvent futiles. Cette recrudescence de la délinquance juvénile inquiète les psychiatres, les sociologues et les criminologues. «Dans la rue, au sein des établissements éducatifs,  au niveau des stades, les agressions physiques et verbales, les vols à l’arrachée et les braquages se multiplient », estime le psychiatre Imed Regaïeg. Et de renchérir : « le phénomène est surtout perceptible dans les quartiers populaires de la capitale où les jeunes se trouvent acculés à jouer les durs. Au niveau de ces quartiers, les taux d’échec et d’abandon scolaires dépassent les 30%, autant dire environ trois fois la moyenne nationale».                 


 


 Etudes imprécises


Les statistiques du ministère de la Justice et des droits de l’homme sont, d’ailleurs, très révélatrices. Il en ressort que les tribunaux de première instance ont examiné 14041 affaires de délinquance juvénile au cours de l’année judiciaire 2004-2005 contre 13682 durant l’année 2003-2004.  Certains organismes publics comme le Ministère des Affaires de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes âgées et l’Observatoire National de la Jeunesse ont réalisé des enquêtes et des sondages pour mieux appréhender le phénomène. La majorité de ces études n’a pas été rendue publique. Des statistiques publiées par le ministère de l’Education révèlent que plus de 3600 cas de violence ont été enregistrés dans les collèges et les lycées. Le taux des adolescents qui ont fait l’objet d’agressions physiques ou verbales est estimé à 17%.Une étude exhaustive réalisée par le psychiatre Fethi Touzri, conclut également que l’agressivité est de plus en plus « banalisée» auprès des jeunes.               


Les chiffres rendus publics récemment par le ministère de l’Intérieur et du Développement local font état d’une baisse notable des vols à l’arrachée et d’un taux de réussite de 88,6% en matière de lutte contre la criminalité. C’est dire que la solution n’est pas sécuritaire. 


 


Intégration sociale


La lutte contre la délinquance privilégie l’aspect préventif. Le code de la protection de l’enfant a limité, autant que faire se peut, l’envoi des délinquants aux centres de redressement. Il a instauré aussi le mécanisme de médiation entre le jeune délinquant et la victime sur lequel veillent les délégués à la protection de l’enfance. Les cas de médiation ont atteint 1175 dossiers en 2005 contre 744 dossiers en 2004. 


Les délinquants rééduqués dans les maisons de redressement bénéficient d’un programme d’intégration sociale qui repose sur la formation professionnelle et la facilitation de l’accès au marché de l’emploi. Les instances de tutelle ont, de leur côté, préparé une stratégie de communication visant à aider les parents à mieux éduquer leurs enfants. Des spots appelant au dialogue et au respect des valeurs nobles du bon vieux temps, tel le respect des personnes âgées, sont régulièrement diffusés sur les chaînes télévisées nationales. « Les centres de défense et d’intégration sociale (CDIS) jouent un rôle important. Beaucoup reste cependant à faire en matière de prévention à travers l’ancrage des valeurs de la tolérance auprès des jeunes générations», précise Imed Regaïeg. Même son de cloche chez le sociologue Hichem Hajji : «l’agressivité constitue l’une des composantes de la personnalité tunisienne. Elle prend parfois des proportions inquiétantes sous l’effet du nouveau rythme de vie des Tunisiens ».  


Le sociologue estime que la solution réside dans la « réhabilitation » des valeurs de la fraternité et de l’égalité dans les programmes éducatifs et l’implication de la société civile dans la lutte contre le phénomène. 


 


Walid KHEFIFI


 


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Délégués à la protection de l’enfance : une fonction à renforcer


 


La fonction de délégué à la protection de l’enfance a été créée en novembre 1995 suite à la promulgation du Code de la protection des droits de l’enfant. Ce délégué intervient auprès des jeunes délinquants et des enfants sans soutien ou victimes de l’exploitation afin de limiter le recours aux tribunaux.  Il veille sur la médiation entre le délinquant et sa victime. Les cas de médiation se sont élevés à  1175 cas en 2005 contre  631 cas en 2003. 


En ce qui concerne « l’enfance menacée », les délégués à la protection de l’enfance ont pris en charge 5147 enfants en 2005 contre 3673 en 2003. La majorité des dossiers ont été enregistrés dans les gouvernorats de Tunis, Sfax, Sousse, Nabeul et Kairouan.


Les diplômés exerçant cette fonction bénéficient de plusieurs sessions de formation en droits de l’homme et droits de l’enfant. Leur nombre demeure toutefois très limité. Le ministère des Affaires de la femme, de la Famille, de l’Enfance et des personnes âgées devrait d’ailleurs créer dans les quelques mois à venir la fonction du délégué assistant à la protection de l’enfance. 


 


W.K.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com