Arbitrage : L’habit noir ne peut pas envelopper la braise !





L’arbitrage tunisien ne fait plus l’unanimité. Un constat gênant au moment où la compétition des L1 et L2 est entrée dans son dernier virage.


 


Le sifflet tunisien le plus représentatif de ce début de siècle, Mourad Daâmi, qui préside d’ailleurs l’Amicale des arbitres, constatait l’autre jour avec beaucoup d’amertume et de dépit: «Il ne faut pas être sorcier pour deviner que, dans notre football, le referee est loin d’être protégé. A titre d’exemple, à propos des derniers incidents de Sousse, on a parlé de tout sauf d’une éventuelle responsabilité. ou d’implication de l’arbitre espagnol de la rencontre au sommet - ESS - EST, Cesar Munoz Fernandez. Non point parce que cet arbitre venant de la prestigieuse Liga eut été pour quelque chose dans ces incidents-là, mais la leçon à retenir est toute simple et difficile à supporter: si le choc ESS - EST avait été confié à un homme en noir de chez-nous, il n’y a pas de doute qu’on l’aurait fourré dans ces incidents et qu’on lui aurait instruit un sévère et impitoyable procès. Quand bien même il ne serait pour rien dans ces débordements!».


Quelques jours après la tenue de leur séminaire annuel à Mahdia, les arbitres du pays se font pour la énième fois «doubler» par des homologues étrangers pour les besoins d’un match dit «à hauts risques»: après l’Espagnol Fernandez (ESS-EST), place dimanche dernier au Suisse Cechita (ESS-CA). Nos referees assistent impuissants mais tout compte fait résignés d’autant qu’on les y a, à la longue, habitués au recours systématique à des arbitres venant pratiquement de tous les horizons, y compris un Jordanien (M. Mahmoud Salem) qui fit beaucoup de mécontents. Ils en conclurent sur le coup qu’on aura tout vu et qu’il ne fallait plus tellement s’étonner à partir du moment où le corps arbitral est régulièrement épinglé pour un prétendu manque de maturité, de rigueur, ou, au besoin, de neutralité.


 


Le «J’accuse» de Kraïem


Le phénomène n’étonne donc plus grand monde, mais il interpelle les consciences, en premier lieu celles des arbitres parus divisés, déchirés même  dans leur dernier rassemblement annuel dans la capitale des Fatimides. L’esprit de clans, les alliances et mésalliances et la folle course effrénée aux postes de décision où tous les coups sont permis font que ce corps vital dans la vie du football national présente aujourd’hui l’image d’une mosaïque d’intérêts contradictoires et de haineuses rivalités. Les concentrations de pouvoir, les calomnieuses charges par presse interposée et les règlements de comptes fragilisent un corps qui se rappelle, soudain, avec de touchants accents d’innocence, que nul n’est prophète en son pays.


Même la fameuse moviola apporte l’image de ces guerres fratricides et se nourrit de sourdes chamailleries puisque, en passant d’une chaîne télévisée à une autre, on découvre, ébahis et décontenancés, des versions contradictoires, d’ailleurs pas toujours par pur hasard ou simple conviction, d’une même action de jeu litigieuse.


Dernièrement, le président de la commission fédérale d’arbitrage (CFA), le patron des hommes en noir, M. Naceur Kraïem, sortait de ses gonds pour souligner les misères et turpitudes d’un secteur quasiment sinistré, souvent par la main de ses propres enfants.


M. Kraïem résumait en ces termes directs et sans fioritures la nature de l’héritage qui lui échut lorsqu’il dut, le 5 août dernier, succéder à M. Ali Ben Naceur, à la tête de la CFA: «Un lourd héritage, en vérité, avec en arrière-plan des clans, des divisions, une protection accordée à quelques intouchables par-ci, une absence de communication entre les membres d’un même secteur, par-là. La flagornerie, les règlements de comptes et l’absence de crédibilité des rapports rédigés par certains commissaires de match ajoutent une couche noirâtre à un legs guère enviable. On s’ingéniait à barrer le chemin devant quelques arbitres sans protection dans le dessein de les empêcher d’intégrer la liste internationale. Des referees qui avaient déjà atteint l’âge de la retraite furent pourtant à un certain moment repêchés. Des documents ont été sciemment détruits... Bref, l’ère Ben Naceur (le nom de son prédécesseur) a été marquée davantage par les insuffisances que par un réel apport positif», conclut M. Kraïem. Il est beau le tableau, non ?


Le président en exercice de la commission d’arbitrage admet néanmoins avoir établi par le passé de bons rapports avec M. Ben Naceur. «Seulement, depuis mon accession à la tête de la CFA, je n’ai rencontré de sa part que crocs en jambes et tentatives répétées de {décapiter} ma commission. Et pour couronner le tout, à partir du moment où il avait appris la nouvelle du projet de création d’une Direction technique des arbitres, avec à la clé une intéressante rémunération accordée à son futur président, il se mit en tête de devoir accéder à cette charge. Mais il se troue que M. Rachid Ben Khedija s’employa de son côté à obtenir ce poste, y investissant tous ses efforts et mobilisant toutes ses connaissances pour y réussir. Je crois que tous ceux qui courent de la sorte derrière un poste sont mus par de petits intérêts personnels qu’ils risquent de privilégier au détriment de l’intérêt général du sport», conclut le premier responsable d’une corporation à l’agonie.


Dans cette ambiance délétère, y a-t-il vraiment place pour une réhabilitation de l’image de l’arbitre tunisien, déjà pas très propre en raison d’une assommante série de «morceaux de bravoure» où certains hommes vêtus de noir, pas tous heureusement, souillèrent la noble idée que le public sportif se fait de cet ange de l’équité, de l’intégrité et de la justice ?


 

Tarak GHARBI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com