Demain l’élection présidentielle en France : La balle est dans le Centre





Demain les français voteront pour élire leur président et si le duel Sarkozy-Royal semble être le plus probable, la bataille reste toutefois indécise : le centriste Bayrou n’a pas encore lâché prise et le chef de l’extrême droite, Le Pen, reste toujours en embuscade.


 


* Dossier réalisé par Mohamed Ali BEN Rejeb


 


«Rupture tranquille» pour Sarkozy, « révolution pacifique » pour Bayrou ou avènement d'un « ordre juste » pour Royal, les principaux candidats à la présidentielle française promettent de redresser la barre d'un pays secoué par une série de crises comme les émeutes dans les banlieues ou le « non » à la Constitution européenne en 2005 qui avait ébranlé l'Europe.


Mais il semble que, à ce jeu là, le candidat de l’UMP parte favori. Les sondages, omniprésents dans cette campagne, donnent, en effet, l'avantage à ce dernier avec un score allant de 27% à 29,5% d'intentions de vote au premier tour. La candidate socialiste, qui le talonne, recueillerait, quand à elle, entre 23 et 26%. François Bayrou, le principal poursuivant et après avoir presque fait jeu égal avec la candidate socialiste, oscille entre 18 et 20%. Enfin, Le Pen se situe entre 13 et 15%.


 


Gauche, Droite, Centre


Mais au-delà des chiffres, qui jusquà hier soir ménagaient le suspense (l’institut CSA prédit une égalité Ségolène-Sarkozy alors que d’autres étaient unanime ssur la victoire du Chef de l’UMP),les élections de 2007 auront permis, et ce pour la première fois depuis 1996, de sortir du traditionnel duel Gauche-Droite qui dominait les scrutins en France pour voir surgir une nouvelle tendance, centriste, dominée par François Bayrou, candidat de l’UDF.


Il y a quelques mois, les sondages donnaient pour certain un duel entre « Ségo » et « Sarko ». Depuis, François Bayrou est venu semer le trouble dans le jeu. Bayrou, qui veut mettre fin au clivage Gauche-Droite, se présente comme un candidat modeste et un futur président « apaiseur ». Il a séduit des déçus de Royal comme grand nombre d’électeurs traditionnels de droite.


Ceci est d’autant plus vrai que six Français sur dix disent ne faire confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner un pays classé sixième puissance économique dans le monde.


Reste que l'inconnue sera le score que pourrait faire Le Pen. Le chef du Front national (FN) affirme qu'il sera de nouveau au second tour, comme lors de la présidentielle de 2002. Un scénario dont l’onde de choc se poursuit jusqu’à aujourd’hui. C’est d’ailleurs ainsi qu’on peut comprendre la multiplication des appels au vote «utile» et ce aussi bien de la Gauche que de la Droite. On se souvient tous que ce sont les 30% des Français qui n’ont pas voté au premier tour qui ont hissé Le Pen au devant de la scène.


Mais la surprise est toujours possible. A quelques heures du vote, et selon les principales statistiques, un tiers des français seraient encore indécis. Une proportion assez importante qui rend aléatoire tout pronostic sur les résultats du premier tour et qui ouvre la porte à toutes les surprises.


 


Une nouvelle génération


Une message entendu par les principaux candidats, qui disent incarner la modernité et le renouveau même s'ils ont tous déjà été ministres à plusieurs reprises.


A ce propos, une chose est au moins sure : que le prochain président de la France s'appelle Sarkozy, Royal ou François Bayrou, c'est une nouvelle génération qui arrivera au pouvoir, avec la promesse de rénover la politique dans un pays qui aurait perdu confiance en ses élites.


« Les Français ont envie de sang neuf et d'en finir avec un personnel politique qui est l'un des plus âgés des démocraties occidentales», résume la politologue Mariette Sineau dans une tribune publié dernièrement.


Du sang neuf qui s’est répercutés sur les programmes des principaux candidats. Ainsi sur le fond, ils ont tous présenté un programme plus pragmatique que leurs prédécesseurs. Plus que les grandes idéologies, ils évoquent des thèmes auxquels ils apportent des solutions de droite comme de gauche, quitte à introduire la confusion dans la tête des électeurs.


Nicolas Sarkozy, apôtre de la «rupture», assure aux Français qu'il ne leur « mentira pas » et les appelle volontiers par leur prénom quand ils l'interrogent sur son programme.


Ségolène Royal, première femme à avoir une chance réelle d'accéder à la magistrature suprême, veut instaurer une « démocratie participative ». Au début de sa campagne, elle avait organisé des milliers de débats où les Français avaient été invités à exprimer doléances et propositions.


Ainsi et dans la mesure où on peut déjà prédire q’une victoire finale du doyen de la course et leader de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen est exclue, le France sera bientôt dirigée, à l'instar de la quasi-totalité des pays européens, par un président né après la seconde guerre mondiale.


 


Politique étrangère, du pareil au même


Cette nouvelle génération gouvernera la France avec des programmes assez différents mais qui ont, preuve du rapprochement des âges, une même vision de la scène internationale et des enjeux du temps présent.


A titre d’exemple, dans le numéro de Tribune Juive paru jeudi dernier, les candidats à l'élection présidentielle française Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy estiment tous les trois que la France doit participer à la recherche d'une solution de paix israélo-palestinienne.


Même son de cloche à propos de la crise iranienne. Les trois principaux candidats ont, en effet, exprimé à l’unisson leur condamnation des essais nucléaires iraniens appelant à la fermeté au Conseil de sécurité.


Ils ont été aussi très explicites dans leur soutien au gouvernement Saniora au Liban et appellent tous à une intervention militaire internationale au Soudan.


 Finalement, et au sujet de la politique internationale, l’issue du scrutin de demain n’apportera aucun changement majeur et la vision française en la matière devra suivre la lignée tracée depuis les années soixante avec Charles de Gaule et consolidée ces quinze dernière années par le Président sortant Jacques Chirac.


Cela montre surtout que, sur le fond, tous savent que le plus important se jouera sur le front social et économique à l’intérieur de l’Hexagone. L’école, les banlieues, le chômage, la santé, l’environnement, tous s’y mettent quand bien même chacun de son côté a déjà eu l’occasion d’exercer ça et là ses talents en position de ministre. Les promesses ne manquent pas, bien qu’il faille bien remarquer que les réformes annoncées ne préparent pas de bouleversements majeurs.


Encore une fois le seul boulversement majeur restait encore les indécis pour lesquels tous les candidats tentaient, lors de leurs derniers meeting ,tenu hier,de leur faire les yeux doux.


 


M.A.B.R.


 


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Les principales propositions des candidats


 


Voici les principales propositions des quatre candidats en tête de la course à la présidence en France, celui de droite Nicolas Sarkozy, la socialiste Ségolène Royal, le centriste François Bayrou et le leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen.


  


Immigration


 


* Sarkozy, Royal et Bayrou: opposés à une régularisation massive des clandestins. Augmentation de l'aide au développement.


* Sarkozy: Un « ministère de l'Intégration et de l'Identité nationale ». Immigration choisie. Restriction du regroupement familial. Incitations fiscales pour que les immigrés investissent dans leur pays d'origine.


* Royal: Nationalité française à nouveau donnée après 10 ans passés en France. Régularisation en fonction de la scolarisation des enfants et d'un contrat de travail.


* Bayrou: Lutte renforcée contre le travail clandestin. Vote aux élections locales des étrangers en France depuis au moins 10 ans.


* Le Pen: Suppression du droit du sol, de la double nationalité, du regroupement familial. Allocations et salaire minimum réservés aux Français.


 


Emplois et salaires


 


Sarkozy: Contrat de travail unique plus souple. Instauration du licenciement par consentement mutuel. Contournement de la loi sur les 35 heures de travail par une exonération des charges fiscales et sociales sur les heures supplémentaires. Atteindre le plein emploi en cinq ans (soit moins de 5% de chômeurs, contre plus de 8% actuellement).


* Royal: Augmentation du salaire minimum mensuel à 1.500 euros en cinq ans. Ajustements autour de la loi sur les 35 heures pour pallier ses « effets négatifs ». « Contrat première chance » pour les jeunes non qualifiés, aidés par l'Etat. Garantie de 90% du salaire pendant un an après la perte d'un emploi.


* Bayrou: Détaxation des heures supplémentaires, qui seraient payées jusqu'à 35% de plus. Possibilité pour les entreprises de créer deux emplois exonérés de charges pendant 5 ans.


* Le Pen: Abolition des 35 heures. Révision du droit du travail pour permettre de favoriser la « préférence nationale » en matière d'emploi. Rémunération des parents au foyer pendant trois ans.


 


Banlieues


 


* Sarkozy: discrimination positive en faveur des minorités ethniques sur le modèle américain pour l'accès à l'emploi et aux postes à responsabilité. Plan de formation pour les jeunes de banlieues en difficulté. Sanctions contre les parents défaillants.


* Royal: Aide à la création d'entreprise pour les jeunes. Camps d'encadrement militaire pour les délinquants mineurs. Police de proximité.


* Bayrou: Un poste de sous-préfet dans les quartiers difficiles. Police de proximité.


* Le Pen: Sévérité accrue pour les auteurs de violences contre les policiers.


 


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Une campagne «très net»


 


Devenu un outil incontournable pour les candidats à la présidentielle française de 2007, Internet a gagné des galons lors de la campagne.


Alors qu'en 2002, les candidats à la présidentielle ne s'étaient guère intéressés à Internet, cette fois-ci ils se sont donnés les moyens de ne pas manquer le train. Il est vrai qu'en 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne, la classe politique s'était laissée surprendre par la circulation importante via le net d'argumentaires favorables au non.


En 2007, les candidats disposent tous d'un site amiral, certains constituant de véritables ensembles multimédias mariant texte, image, vidéos et son. S'y ajoutent des blogs de comités de soutien et de personnalités favorables au candidat qui ont donné une animation particulière à la compagne et qui confirme le sang neuf injecter dans la vie politique française.


Des blogs dont certains sont tenus par des journalistes politiques qui y voient le moyen d'y faire des confidences et de s'exprimer plus librement.


Mais de nombreux autres blogs sont le fait de citoyens internautes. Les partis l'ont bien compris et, depuis quelques mois, les blogueurs reconnus sont accrédités dans les meetings et les conférences de presse. Le plus médiatique des blogueurs français, Loïc Le Meur, a d'ailleurs franchi le pas en devenant le porte-parole Internet de Nicolas Sarkozy.


Au total, quelque 10% des internautes visitent des blogs politiques, selon un sondage, soit 2 à 3 millions de lecteurs réguliers ou occasionnels.


 


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Sarkozy, Royal, Bayrou, Le Pen et les autres


 


Douze candidats sont en lice demain pour le 1er tour. Seuls quatre sont en mesure de prétendre au second tour, le 6 mai: le champion de la droite Nicolas Sarkozy,la socialiste Ségolène Royal, le centriste François Bayrou et, en embuscade, le chef de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen.


 


* Nicolas Sarkozy, 52 ans. Cet avocat de formation, fils d'un émigré hongrois, a été depuis 2002 ministre de l'Intérieur à deux reprises avec un intermède au ministère de l'Economie.


Ce libéral prône la « rupture » et une « révolution économique » basée sur une forte baisse des prélèvements obligatoires. Il a fait de la lutte contre l'insécurité et l'immigration clandestine des priorités.


Il est donné en tête des sondages au premier tour (27% à 29,5% d'intentions de vote).


* Ségolène Royal, 53 ans. La candidate socialiste affiche son assurance en dépit de sondages qui depuis deux mois la donnent presque tous battue au second tour. Désignée candidate du PS en novembre, elle défend un « pacte présidentiel » en 100 propositions comprenant une série de mesures sociales.


Elle prône une « démocratie participative » et un « ordre juste », quitte à se démarquer de certaines positions traditionnelles de son parti.


Royal, mère de quatre enfants, arrive en deuxième position (23 à 26%).


* François Bayrou, 55 ans. Le candidat centriste, qui veut briser le clivage Droite-Gauche, constitue la surprise de la campagne présidentielle: il a talonné Ségolène Royal, mais semble fléchir dans les sondages, deux l'ayant récemment replacé sous la barre des 20%.


Cet ancien ministre de l'Education nationale a rompu en mai 2006 avec la majorité de droite dont il a longtemps fait partie. Fils d'agriculteurs, il met volontiers en avant ses origines modestes.


Il a fait de la lutte contre la dette une de ses priorités. Il varie entre 18 et 20%.


  * Jean-Marie Le Pen, 78 ans. Le candidat du Front national (extrême droite) mène sa cinquième course à l'Elysée. Il avait obtenu 16,86% des voix au premier tour de la présidentielle de 2002, éliminant le socialiste Lionel Jospin, et créant une énorme surprise.


Accusé de racisme et de xénophobie par ses adversaires, Le Pen veut privilégier la lutte contre l'immigration et la promotion de la « préférence nationale ». Il promet une forte baisse de l'impôt sur le revenu. Il est crédité de 13 à 15%.


* Olivier Besancenot, 32 ans. Le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), un postier au visage juvénile, dénonce la politique de la droite et de la « gauche molle ». Il est crédité de 3,5%.


* Marie-George Buffet, 57ans. La candidate communiste se réclame d'un « rassemblement de la gauche populaire et antilibérale ».  Son programme propose notamment une hausse du salaire minimal à 1.500 euros dès le 1er juillet 2007. Elle est créditée de moins de 2%.


* Arlette Laguiller, 66 ans. La candidate de Lutte ouvrière brigue la présidence pour la sixième fois, pour défendre le « camp des travailleurs ». Elle est créditée de moins de 2%.


* José Bové, 53 ans. L'ancien leader paysan vedette de la mouvance alter mondialiste, s'est consacré à la lutte contre la « logique libérale », la mondialisation et les produits transgéniques. Il est crédité de moins de 2%.


* Gérard Schivardi, 56 ans. Cet artisan maçon se présente avec le soutien du Parti des Travailleurs (PT, extrême gauche). Il est crédité de moins de 2%.


* Dominique Voynet, 48 ans. La candidate des Verts veut défendre dans la campagne « l'écologie politique », qui lie étroitement les avancées sociales et la défense de l'environnement. Elle a été ministre de l'Environnement de 1997 à 2001. Elle est créditée de moins de 2%.


* Frédéric Nihous, 39 ans. Le candidat de Chasse Pêche Nature Traditions (CPNT) défend la ruralité contre « l'Europe fédérale et libérale » et « l'intégrisme écologiste ». Il est crédité de moins de 2%.

* Philippe de Villiers, 58 ans. Le président du Mouvement pour la France (MPF) chantre de la souveraineté nationale, prône notamment l'immigration zéro et une Europe des nations. Il est crédité de moins de 2%.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com