Par Abdelmajid CHORFI





Fais ce que je dis…!


 


Un film documentaire récemment présenté dans un festival international fait froid dans le dos. Il y est question de l’enseignement religieux dispensé dans des écoles américaines. Des enseignants évangéliques y veillent à l’enracinement de leur foi dans la conscience des jeunes.


Jusque-là, rien que de très normal! La foi c’est comme la passion amoureuse, celle-ci, si elle n’est pas mise au grand jour, perd de son charme. Il y a un véritable plaisir à en parler et en faire partager le grisant parfum. C’est  la même chose pour la foi. Elle se doit d’avoir un pouvoir communicatif. Et je m’étonne, à ce propos, que les juifs ne fassent presque rien pour propager leur religion. Ils la maintiennent dans une  glaciation mortelle.


Mais ce qui inquiète dans cet enseignement, c’est son côté sectaire. On apprend aux élèves que la seule foi protestante détient l’absolue vérité. Et que les autres messages sont un amas de contre-vérités. Tout ceci est proclamé sur un ton violent et agressif: à la fin des cours les élèves sont invités à accomplir des gestes et à proférer des cris à portée belliqueuse. Un peu comme ces rugbymen de ne je ne sais plus quel archipel de l’Océanie qui exhibent une chorégraphie et des sonorités guerrières destinées à semer l’épouvante chez l’adversaire. Comme on le voit on n’est pas loin des mises en scène nazies.


Mais, il y a encore plus inquiétant. La population américaine compte une forte proportion d’évangéliques qui sont manipulés par une armada d’évangélistes particulièrement «performants» et au redoutable prosélytisme. C’est dire que tout un pan de la nation américaine [de 80 à 90 millions d’âmes] se trouve sous la coupe de ces chevaliers habités par le souci de briser les consciences!


Vous me direz que cela constitue une affaire purement américaine et que personne n’a le droit de s’y immiscer. C’est vrai! Encore que partout dans le monde, et notamment en terre d’Islam des escadrons d’évangélistes opèrent à loisir. Ce qui suscite quelquefois des réactions de rejet parmi les populations d’accueil comme ce qui est arrivé à cet évangéliste odieusement égorgé en Turquie par un spécimen du fanatisme inverse.


Seulement  voilà. Il me souvient que Washington avait, il y a quelque temps, mis la pression sur un Etat du Golfe pour qu’il modifie ses programmes scolaires d’éducation religieuse, les jugeant propres à créer chez les enfants des réflexes d’intolérance et de rigorisme. Ce n’est pas en soi une mauvaise chose que de vouloir dépolluer ces programmes et de contribuer à l’émergence d’une jeunesse ouverte et généreuse. A condition d’en faire de même chez soi et de ne pas appliquer cette recommandation: «Fais ce que je dis et ne fais pas ce que je fais!».


 


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Le rêve brisé


 


«Une race de gens bien nés et bien développés, en harmonie avec le cadre où ils grandissent  et exercent une activité bien calculée, trouveraient sans doute dans ces conditions des raisons suffisantes de vivre —et dans leurs relations avec le ciel, l’air, l’eau, les arbres et les innombrables spectacles naturels, dans le fait même d’exister, découvriraient le bonheur— et l’Etre baignerait nuit et jour dans une totale extase, surpassant tous les plaisirs que la fortune, la distraction et même l’intelligence satisfaite, l’érudition ou le sentiment artistique peuvent donner».


C’est le grand poète américain Walt Whitman qui prophétisait ce destin à l’Amérique. Il avait écrit ces lignes en plein XIXème siècle. Le pays qu’irriguaient des migrants venus du Vieux Continent chercher une terre plus conforme à leurs aspirations, sentait naître dans ses entrailles une ambition quasi-messianique.


«Dans les plus hautes comme dans les plus basses couches de la société, on peut espérer la création d’un nouveau paradis», notait un témoin très proche du poète. Le président Lincoln, grand militant anti-esclavagiste et le poète avaient en partage cette même vision et se sont voués une grande estime réciproque.


D’autres grandes personnalités du monde de la culture et de la politique voyaient  en Whitman un grand visionnaire: Emerso, Thoreau et même DH Laurence.


Mais au vu de ce qui se passe dans le monde et dans lequel les Etats-Unis jouent un rôle prépondérant, on se dit que Whitman s’est trompé du tout au tout. Le monde interloqué, abasourdi n’en revient pas. L’image proposée par Whitman s’est convertie en un négatif où les valeurs sont absolument inversées.


Relions le beau passage relatif au ciel, à l’air à l’eau, aux arbres etc. Un magnifique chant à l’honneur de notre mère la nature!


Et comparons au spectacle désolant qui se dessine dans les plis profonds de notre environnement et auquel l’Amérique concourt par son refus d’appliquer la moindre consigne relative à sa sauvegarde! On se dit que la planète est en train de perdre son âme.


Et l’homme son humanité. On se dit aussi que les vagues de migrants venus des quatre coins du monde investir un grand rêve, doivent se retourner, fortement endoloris, dans leurs tombes.


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com