Les jeunes et le goût du risque : Sensations fortes à tout prix !





Les jeunes gens sont animés d’une sorte de fureur de vivre. Ils éprouvent un désir impétueux de découvrir tout ce que la vie peut offrir. Cette ardeur passionnée les pousse à se jeter dans l’aventure en quête de sensations fortes. Comment traduire cette volonté de se surpasser pour des risques qui ne valent vraiment pas la peine? Comment les jeunes expliquent-ils une telle attitude?


 


Tunis - Le Quotidien


Comme un oisillon qui veut voler avant la poussée totale et la maturation de ses ailes, une jeune personne, a besoin de se lancer et de voler de ses propres ailes. L’esprit de l’aventure et le goût du risque caractérisent l’âge de l’adolescence. Cela permet au jeune de se distinguer par rapport aux enfants dépendants et par rapport aux adultes généralement rigides et réglos. Un jeune cherche à priori de nouvelles expériences, de nouvelles aventures et les plus rudes qui soient. Ils choisissent les situations les plus malaisées et les objectifs les plus difficiles à atteindre. Tout ce qui est incommode leur semble confortable. Ces difficultés délibérément recherchées leur permettent de surmonter les obstacles, de relever les défis et de se faire admettre en tant qu’être humain à part entière. Théoriquement, un être humain doit apprendre les choses avant de passer à la réalisation. Or, chez un jeune, les choses se passent d’une autre manière. C’est grâce à la pratique et à l’action qu’ils apprennent. Nombreux sont les jeunes qui d’ailleurs, aiment courir des risques et passer à l’action parce qu’ils s’accrochent encore au désir enfantin d’attirer l’attention sur eux. En affrontant des difficultés, ils vivent dans un monde à haut risque à travers lequel ils cherchent à épater les adultes. Ils veulent prouver qu’ils ont grandi, qu’ils peuvent vivre sans tutelle omniprésente et qu’ils ne peuvent plus admettre la mainmise des adultes sur eux. Toutefois, les jeunes qui cherchent à gagner le regard d’admiration à travers ces comportements à risque, ne gagnent réellement qu’une étiquette d’irresponsables qui ne peuvent aucunement être dignes de confiance et qui ne savent pas se mettre des limites.


Mahmoud, 17 ans, avoue qu’il aime se lancer dans l’aventure, mais il ne prend pas trop de risques pour autant. «Certes le fait de courir quelques risques infimes et de s’aventurer me procure un grand plaisir. Mais je ne vais pas jusqu’à jouer aux kamikazes. Ceux qui se jettent dans la gueule du loup, manquent de lucidité et de discernement. Ils peuvent d’ailleurs payer très cher les pots cassés. Le fait de courir un risque et d’improviser m’excite et me permet d’avoir des sensations fortes, mais de là à risquer ma vie, non merci ! A mon avis, celui qui entreprend de grands risques ne cherche qu’une seule chose : faire l’intéressant. Il veut se faire remarquer et sait qu’il n’a pas d’autres moyens d’attirer les regards vers lui. Certes l’âge de la jeunesse est propice à toutes les folies. Mais personnellement je ne suis pas prêt à risquer gros parce qu’en fin de compte c’est moi qui en payerais le prix», dit-il.


Bilel, 18 ans, aime relever les défis. Le jeune homme est toujours partant pour les programmes d’improvisation pleins d’aventure et de risques. «La méthode classique de l’apprentissage implique que l’on apprenne les choses en profondeur et que l’on étudie tous les angles d’une action avant de passer à l’acte. Ceci est peut être valable, mais cela aura un goût très insipide. Par contre si on s’initie à faire quelque chose sans avoir beaucoup d’informations, nous allons pouvoir apprendre sans avoir à supporter les cours lassants et le casse-tête des théories. Je ne crois pas trop d’ailleurs, que la théorie soit la meilleure méthode pour apprendre. Si l’on se met directement à l’exécution de nos idées et que l’on donne libre cours à notre imagination, on va mieux apprendre et puis cela a un bien meilleur goût. C’est en commettant des erreurs, qu’on apprend le plus. En outre, rien ne vaut cette sensation de découvrir une chose sans y être initié à l’avance. Je demande toujours la permission de mes parents avant de prendre leur voiture. Certes, ils me disent que je ne dois pas m’éloigner et que je ne dois pas rouler vite. Mais une fois au volant, je suis le seul maître à bord et je ne peux pas suivre leurs instructions à la lettre. Le fait d’appuyer à fond sur les pédales, d’ouvrir à fond le radio, de se faufiler entre les véhicules et d’arriver à les dépasser me procure un sentiment inégalable. C’est comme si je venais de gagner un match. Vu les sensations que cela procure, je pense que les risques valent vraiment la peine et peu importe ce qui va s’ensuivre», dit-il.


Ghassen, 16 ans, pense que l’aventure est un produit à consommer avec modération. «L’être humain est naturellement prédisposé à l’aventure. Tout ce qui est interdit attire. Lorsque nous sommes sous les feux de l’action, l’on n’accorde pas d’importance aux conséquences. C’est comme une sorte d’idée obsessionnelle qui gagne totalement notre esprit et qui, par moment, nous empêche de réfléchir. Nous n’avons qu’une seule chose en tête : réaliser cette chose qu’on a tant envie de faire. C’est exactement comme le fait de regarder un film d’angoisse et vraiment terrifiant. Cela est horrible et nous fait mourir de peur, mais plus on est terrifié, plus on a envie de voir la suite ! Lorsqu’on part camper, j’adore m’asseoir dans le coin le plus risqué. Lorsque je suis dans un balcon, j’aime m’asseoir sur le bord et faire balancer mes jambes. J’adore quand je roule très vite lorsque je conduis une moto. C’est peut être incompréhensible pour les autres. L’on est probablement considéré comme des personnes qui cherchent la mort à tout prix et l’on est conscient des risques qu’on encourt mais il y a un truc à l’intérieur de nous qui nous pousse à le faire sans trop se soucier des désagréments qui peuvent en résulter. Et puis franchement, cela fait mon bonheur. J’ai l’impression d’être l’unique maître de la situation, d’être le meilleur et que nul ne peut rivaliser avec moi. Ce genre de choses n’est pas permis lorsqu’on est enfant. Un gosse ne peut pas maîtriser ses actes et il n’a pas encore la capacité de contrôler sa motricité. L’âge adulte ne permet pas non plus aux personnes de s’adonner à ce genre d’aventure. Les adultes qui courent des risques pareils seront considérés comme des irresponsables manquant de maturité. Par contre, l’âge de la jeunesse est l’âge de toutes les folies. Je croque la vie à pleines dents et je vis pleinement mon âge. Il ne faut pas que je me contente de voir de loin les personnes qui vivent des sensations fortes et qui pratiquent des sports à risque tout en étant rongé par l’envie. Je le fais, c’est tout», dit-il.


Marouane , 19 ans, semble également très partant pour les programmes où l’aventure est garantie. «Même si le fait de courir un risque et de partir à l’aventure ne procure qu’un plaisir instantané, la sensation reste très forte. Je suis bien conscient des risques que je cours, mais c’est justement là où réside tout le charme de la chose. La vie nous impose un rythme routinier et monotone vraiment lassant, si l’on ne se permet pas ces petites folies de temps à autre, on ressemblera à de vieilles personnes qui ne peuvent pas profiter de la vie. Lorsque j’appuie à fond sur le champignon, que je roule à haute vitesse et que j’arrive à dépasser les autres voitures, cela me donne l’impression de gagner une partie de course automobile. Bon sang ce que cela me fait du bien ! Certes, je sais qu’il y a un risque tant pour moi que pour les autres, mais l’enjeu en vaut la chandelle. Par moment, il m’arrive de penser aux risques qui peuvent être gros, mais l’idée de laisser tomber ne m’effleure pas l’esprit. C’est une sorte de jeu avec la vie et c’est vraiment exceptionnel», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com