Par Abdelmajid CHORFI





L’ange de la nature et le diable de la politique
«Je projette de faire de la politique autrement». Qu’est-ce à dire ? Comment peut-on faire de la politique autrement qu’en s’engageant dans un parti qui réponde à vos aspirations et à vos idéaux ? Autrement qu’en usant le fond de sa culotte dans des meetings et réunions à n’en plus finir ? Autrement qu’en cultivant les compromis et la compromissions ? Autrement qu’en jouant au valet de service avant d’espérer d’accéder au rang de patron ? Autrement qu’en jouant sur des peaux de banane ?
L’homme qui a prononcé cette phrase a eu tout loisir de connaître cette face ingrate de la politique et... même d’en souffrir. Son échec dans une élection présidentielle, échec qui reste un mystère pour tous ses supporters et même pour les historiens, a laissé en lui des stigmates quasi-indélébiles. Il compte justement les cautériser en se vouant au versant lumineux du combat politique.
Cet homme, vous l’avez certainement reconnu, c’est Al-Gore, l’ancien candidat malheureux du parti démocrate à la présidence des Etats-Unis contre G.W. Bush en 2000. Il est aujourd’hui un infatigable militant de la cause de l’environnement. Son documentaire «Une vérité qui dérange» est en train de faire, que l’on me passe cette expression polluante, un tabac dans le monde.
Al-Gore se présente comme le chevalier sans peur et sans reproche du plus beau combat qui se conçoive : sauver la planète homme de la destruction totale. Il compte se consacrer pleinement à cet apostolat.
Et l’on ne voit pas qui pourrait lui disputer cet honneur ! Ou peut-être si ! Il y en a un autre qui envisage d’emprunter le même cheminement. Cet homme c’est Jacques Chirac.
Figurez-vous qu’au soir de son itinéraire, le vieux lion de la politique française s’est brusquement découvert la fibre écologique. Il y a quelques semaines il proposait la création d’une grande agence internationale chargée de remettre à neuf notre vieille planète. Son projet, Chirac est en train de le défendre bec et ongles au point que l’on s’imagine qu’il en ambitionne la direction.
Venu sur le tard à la question de l’environnement, Chirac peut compenser ce déficit par sa longue expérience dans le domaine politique. Sa maîtrise de l’art de gérer les hommes, sa connaissance des arcanes du pouvoir l’autorisent a espérer quelque réussite dans cet exaltant domaine.
Entre les deux personnalités, y aurait-il union des efforts ou désunion des ambitions ? Chacun bénéficiant d’un grand atout. Le savoir-faire politique chez Chirac, le souffle généreux chez Al-Gore.

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Quartette ou solo ?
Quartette, ce mot on n’arrête pas de l’entendre depuis deux ans. Quartette par-ci, quartette par-là. Surtout à propos du conflit israélo-palestinien. Il est dans la bouche des deux camps, pro-israélien et pro-palestinien. C’est à se demander si le chiffre de 4 qui le fonde n’est pas investi d’une forte charge symbolique comme pour le 3 ou le 7.
Quartette, je m’en souviens quand ma jeunesse était bercée par la musique de jazz. Il est le frère cadet du Quintette, ensemble qui a été merveilleusement bien illustré par un Quincy Jones et d’autres monstres sacrés Max Roach, Cliffort Brown etc.
Bien entendu on ne peut s’empêcher de penser à un autre terme qui lui a connu sa gloire dans le domaine de la musique classique. Le quatuor. Ça n’exprime pas la même chose mais ça s’inscrit dans le même champ sémantique. Le Quartette désigne un ensemble formé de quatre instrumentistes. Un quatuor est une composition destinée à être joué par quatre instrumentistes (généralement un piano et des instruments à cordes).
C’est un gendre musical dans le domaine classique qui se situe entre l’ensemble symphonique ou concertant et les pièces musicales à un ou deux instruments.
Là aussi, comme dans le registre du jazz, on a droit à une pure ivresse qui mène l’auditeur à la plénitude de l’âme. Il suffit par exemple d’écouter le quatuor en fa majeur de Ravel pour vivre à travers la musique tout en phrasés veloutés cette impression de bonheur lové à chaque niche de l’être. Quatre instruments investissant chacun le champ sonore avec sa personnalité propre tout en se fondant dans le même moule, on se saurait concevoir un plus profond vécu.
Mais trêve de divagations ! Revenons à mon vrai propos. Pour dire que l’annonce, il y a quelques années, de la création d’un quartette destiné à piloter le processus de paix au Proche-Orient, avait éveillé en moi de grands espoirs. D’autant que sa composition m’avait paru équitable dans son ensemble. Il y avait les Etats-Unis, incontournables. La Russie, elle aussi, dotée d’un poids certain. L’Union européenne dont on attendait qu’elle prît plus en main le dossier. Et enfin, la garantie de tout cela, l’ONU.
Nombre d’observateurs avaient bien accueilli cette initiative, y voyant un cadre approprié pour y trouver les clés de la quadrature du cercle. Pour y dénicher le miracle qui permettrait à la région de retrouver la paix de l’âme. Comme celle qui nous gagne après l’écoute d’un beau morceau de quartette.
Las. Au bout de quelque temps on commença à s’apercevoir que le quartette n’était en réalité qu’une seule voix. Celle des Etats-Unis. Et que les autres membres n’étaient que de simples figurants. La musique qui s’en dégage, serait plutôt de celles qui abattent le moral.
On parle, ces jours-ci de sa réactivation. Mais pour quoi faire, on se le demande ?

A.C.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com