Sarko-Ségo: La flagrante injustice





J’avoue que le débat sur le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à TV5 m’a quelque peu troublé. Et a suscité en moi quelques interrogations. Du genre de la France aurait-elle perdu son âme en reniant sa propre culture politique ? La culture d’une nation qui n’a cessé, tout au long de son histoire moderne, de créer de grandes valeurs sociales et éthiques. Se serait-elle repliée sur une vision étroite du réel sur fond de xénophobie ? Serait-elle taraudée par des peurs qui appartiennent à d’autres âges ?


Je ne pense pas faire injure à la réalité en disant que la confrontation Ségo-Sarko a tourné à l’avantage de la candidate socialiste. C’était l’évidence même. Royal a survolé le débat, éclipsant même, par moments, son adversaire. Un sens de l’autorité qui ne trompe pas, un maintien tranquille, un sourire qui ne quitte pas son visage même quand ce dernier exprime la colère, un regard droit dans les yeux et surtout un art consommé de dispatcher l’émotion. Les mouvements d’humeur étaient répartis avec intelligence entre des plages de grande sérénité.


En face, Nicolas Sarkozy furetait dans ses notes, promenait fébrilement son regard entre son interlocutrice et les deux animateurs de l’émission. Comme s’il quémandait une approbation qui ne venait pas. Bref, il a manqué d’épaisseur. Tout au plus pouvait-il se prévaloir du profil d’un chef de gouvernement.


Evidemment mes remarques portent sur la forme, le fond étant déjà connu de la part de tous les téléspectateurs. Quant aux chiffres évoqués, je pense que l’erreur a été équitablement partagée.


Le verdict allait donc de soi. Et pourtant dans cet après-débat on sentait que les intervenants (exception de deux femmes) hissaient déjà le candidat de la droite sur le pavois. Pendant les jours qui ont suivi, des observations malveillantes étaient savamment distillées en vue de discréditer la candidate socialiste.


Une chose entre toutes m’a surpris. Avant le débat on reprochait à Ségolène Royal son manque de punch, sa tendance à céder au sentiment (mauvaise disposition pour un futur chef d’Etat). On prédisait qu’elle s’effondrerait dans un tête-à-tête avec Sarkozy.


Aujourd’hui c’est tout le contraire dont on l’incrimine. On lui reconnaissait volontiers de la pugnacité et de l’autorité. Mais on disait aussi que tout cela relevait de l’excitation et que sa combativité il fallait la mettre sur le compte d’une nervosité foncière.


Contradiction flagrante et qui m’a poussé à chercher une explication.


On peut penser que les Français dans leur majorité se refusent à être gouvernés par une femme. Non pas qu’ils soient misogynes, mais parce qu’ils ont tendance à ne pas avoir confiance dans la femme.


On peut aussi penser que Ségolène Royal n’a pas mis assez l’accent sur la question de l’immigration, une question qui est devenue lancinante pour bon nombre de citoyens de l’Hexagone.


Enfin, la thèse que l’opinion publique française est manipulée par des puissances occultes est recevable pour certains analystes. Puissance médiatique, lobby juif, franc-maçonnerie, tout ce beau monde travaillerait pour Sarkozy.


«Victime consentante», ce dernier se plierait à tous leurs désiratas. Ce qui ne pourrait être le cas pour Royal dont on sentait la fierté et le sens élevé de la dignité et dont on pensait qu’elle avait la grande faculté de promouvoir les valeurs fondamentales du pays de Voltaire. Espérons que les résultats de ce soir démentiront ce sombre pronostic.


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com