Migration dans l’espace euro-maghrébin: Les experts plaident pour une politique basée sur le co-développement






Yasmine - Hammamet - Le Quotidien


“La migration dans l’espace euro-maghrébin”. Tel est le thème de la Xème session du Forum international du magazine Réalités qui se tient depuis hier dans un hôtel de la station balnéaire Yasmine Hammamet.


Un véritable brain storming qui prend les allures d’un plaidoyer pour l’adoption d’une politique de migration commune fondée sur le concept du co-développement.


“Bien qu’elle soit à la base de l’odyssée humaine, la migration représente une des grandes interrogations du 21ème siècle, un enjeu économique très important et une immense gageure culturelle”. C’est en ces termes que M. Hatem Ben Salem, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé des Affaires européennes, a résumé les enjeux et les défis de ce “phénomène naturel” dans son allocution d’ouverture des travaux du forum. Et de renchérir : “la Tunisie qui est à la fois un pays d’accueil, de transit et d’origine des immigrés a adopté une approche basée sur le respect de la dignité humaine. En témoigne le renforcement de l’arsenal juridique en matière de lutte contre l’émigration clandestine, l’expérience pilote de l’émigration organisée vers l’Italie et les efforts visant à associer les émigrés au développement de leur pays d’origine”.


Allant au fond des choses, M. Ben Salem a fait remarquer que l’approche sécuritaire de certains pays de la rive nord de la Méditerranée est insuffisante et incomplète.


Le conférencier a indiqué, dans ce même registre, que les pays européens sont plus que jamais appelés à soutenir l’effort de développement dans les zones à fort potentiel migratoire, à lutter contre toutes les formes du travail illégal et à combattre la discrimination en matière de logement, d’éducation et de travail.


 


Le Maghreb ne jouera pas le garde-côtes de l’Europe


De son côté, M. Taher Sioud, ancien ministre de Commerce, a noté que le co-développement constitue le meilleur remède à la migration sauvage. Et d’ajouter : “la coopération entre les deux rives ne devrait pas rester exclusivement sécuritaire”. En d’autres termes, les pays du Maghreb ne seront plus appelés à jouer les garde-côtes de l’Europe.


M. El Haoues Riache, ambassadeur au ministère des Affaires étrangères d’Algérie chargé de la migration a précisé, dans cette même optique, que les statistiques montrent que 500.000 personnes franchissent chaque année illégalement les frontières de l’Europe. Ce chiffre montre que les mesures de sécurité draconiennes ne suffisent pas, à elles seules, pour juguler le phénomène du “trafic des êtres humains”. Raison pour laquelle l’intervenant a mis l’accent sur l’importance de passer du traitement sécuritaire du phénomène à une approche plus réaliste et pragmatique pour les différentes parties. Celle-ci repose concrètement sur la réduction des écarts de développement entre l’Europe et le Maghreb. “Le vieux continent ressemble en effet à une île riche entourée d’un océan de misère et de pauvreté”, a signalé le responsable algérien.


Sur un autre plan, le conférencier a fait savoir qu’il est ardemment nécessaire de soustraire la concertation et le dialogue sur la question de la migration aux aléas de la conjoncture politique, voire politicienne étant donné que le Maghreb souffre d’un pillage systématique de ses richesses humaines.


 


Déclin continu de la main-d’œuvre en Europe


Evoquant le rôle des acteurs économiques et sociaux dans la gestion des flux migratoires et les perspectives du marché du travail en Europe, M. Confalonieri, représentant du Comité économique et social de l’Union européenne et président du Comité de suivi Euromed au sein du Centre des Etudes Sociales a souligné que le chômage constitue la principale cause de la migration. D’où la nécessité de créer des emplois dans le pays en voie de développement afin d’empêcher l’exode des compétences. Cette tendance va s’inverser dans presque deux décennies. L’Europe aura en effet besoin à l’horizon de 2030 de 20 millions de travailleurs en raison du déclin continue de la main-d’œuvre locale.`


Pour sa part, M. Ivan Martin, coordinateur du forum socioéconomique à l’Institut international des études arabes et du monde musulman à Madrid, a révélé, pour sa part, que le Maghreb compte aujourd’hui 5 millions de chômeurs. Pire encore, la croissance démographique est beaucoup plus rapide que le rythme de création d’emploi. Ainsi, l’approche basée sur le co-développement paraît inéluctable. En termes plus simples, ce sont les richesses qui devraient aller là on se trouve les hommes afin d’éviter que le contraire ne se produise.


 


Walid Khefifi




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com