France : nouveau cru





C’est une séquence nouvelle de l’histoire de France qui commence aujourd’hui avec l’investiture de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français. Car malgré certaines apparences de continuité, il est bien évident que les mutations profondes que couve la société française vont éclater au grand jour. Ces mutations n’auraient pas eu la même signification pour le monde si elles s’étaient produites ailleurs qu’en France.


N’a-t-on pas écrit au dix-neuvième siècle à propos des Français qu’ils étaient un peuple «politique»-Marx- par comparaison avec Anglais et Allemands qui étaient qualifiés respectivement de «peuple économique» et de «peuple philosophe» les luttes politiques exprimaient à cette époque-là la profondeur des fractures sociales et les forces politiques se référaient aux catégories sociales, aux classes en lutte.


De cette époque il ne reste que quelques professions de foi qui se rapportent aux libertés publiques et individuelles ainsi qu’aux droits sociaux. On a compris à droite comme à gauche qu’il faut désormais brasser plus large parce que «la classe moyenne» que l’on avait continué de qualifier de «petite bourgeoise» s’est développée sur les marges de l’ancien prolétariat et de la bourgeoisie florissante. Car malgré certaines inégalités des intérêts, les niveaux de vie, les aspirations et les rêves culturels et sociaux ont été standardisés. La mort du parti communiste n’en est que l’expression la plus naturelle et les persistances trotskistes ne font plus illusion. Pourquoi s’étonner que les promesses électorales soient quasiment identiques qu’elles viennent de la droite, de la gauche ou du centre? Sous prétexte de parler à la France, les candidats avaient consacré ce grand changement de la réalité sociale.


Le facteur culturel, en particulier concernant l’immigration est devenu l’objet d’une surenchère et d’une cacophonie où il est bien difficile de distinguer les intentions réelles des envolées galvanisatrices propres aux campagnes électorales.


La politique étrangère qu’elle se rapporte à l'Europe ou au reste du monde a été très présente, signe que rien ne peut plus se concevoir en vase clos même dans un pays aussi puissant que la France. Le changement est pourtant notoire. Ce qui se disait en coulisses, ce qui se faisait discrètement est aujourd’hui clair sans vergogne.


L’époque Chirac aurait-elle constitué une transition du gaullisme marqué par son esprit d’indépendance. Ses ruptures anti-Otan et anti-Américaines à un alignement quasi absolu sur les politiques néo-conservatrices qui ont fait la démonstration de leur agressivité à travers le monde et surtout dans le monde arabe. Sur la question palestinienne, sur l’Irak, sur le dossier du Darfour au Soudan, sur la Somalie ou bien sûr sur les effervescences libanaises, les Arabes qui ont bien suivi, mais en rangs dispersés comme à l’accoutumée, les phases du débat français et les joutes locales et internationales qui l’ont marqué ont tout de même saisi qu’ils n’ont rien à espérer. Ce cru 2007 qui annonce à droite comme à gauche son adhésion aux faits accomplis pourvu que la surface des relations internationales soit la plus lisse possible, que les dernières aspérités gênantes viennent à disparaître. Qu’une poignée de Palestiniens en payent le prix, qu’un peuple irakien qui n’a pas su se débarrasser par ses propres moyens d’un pouvoir autoritaire soit mis sous tutelle, que sa fortune soit confisquée, quelle importance?


La France qui a renié son adhésion à l’idéal humanitaire en proclamant sous un régime socialiste, le droit d’intervention humanitaire —tel qu’on en voit les applications civilisées à Bagdad, Basra, et…— a choisi son camp, celui du plus fort, dans l’espoir d’obtenir en retour une part du gâteau, de ce pétrole si cher à l’Occident et cause de toutes les infortunes de la nation arabe.


La France qui cautionne l’échange inégal, qui pense encore avoir le droit d’exporter les produits de son industrie sans avoir le devoir de recevoir en retour les produits que les peuples du Sud s’échinent à mettre sur le marché, et ce, uniquement dans un esprit de rapport de force. Cette France-là va découvrir face à l’hégémonisme américain auquel va se soumettre sa nouvelle direction que ses intérêts sont ailleurs, que ses amis sont ailleurs et que la force est toujours relative.


La présidentielle française est une question interne à la France. Mais les liens de cousinage qui nous lient à un dixième de la population française nous interdisent de sombrer dans l’indifférence. Il est à espérer à l’heure où l’on prépare les flottes des rapatriements que nos gouvernants à travers le monde arabe et à travers l’Afrique adoptent une attitude commune au sujet des Arabes et Africains en France menacés dans leur quiétude et leurs intérêts. C’est le moment ou jamais de leur démontrer qu’ils peuvent compter sur une attitude plus ferme, une défense plus déterminée de leurs droits et qu’à aucun moment ils ne feront l’objet ni ne seront les victimes d’un quelconque marchandage. On a beau rappeler que les lois de la République s’appliquent avec la même rigueur à tous les citoyens, il n’en demeure pas moins évident. Ces citoyens sont classés par zones et ces événements qui ont marqué la nuit du 6 mai 2007 l’ont dit avec suffisamment d’éloquence.


Il est important de dire cela aujourd’hui car il semble que les forces capables d’imposer les équilibres de la politique française soient  aujourd’hui en déconfiture. Ni le centre laminé, ni les socialistes victimes de leurs querelles d’ambition souvent infondées, ni encore moins, les confettis de l’extrême gauche ne sont en mesure d’arrêter le train Sarkozy parti pour une décennie voire davantage et dont la prochaine étape sera à n’en point douter une victoire aux législatives du mois prochain qui tournera définitivement la page des tergiversations françaises et marquera le retour au bercail, la fin de la fronde aussi bien pour la France au plan international que pour les Français dans leurs murs.


 


Moncef CHELBI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com