Par Abdelmajid CHORFI





Erreurs fatales


 


Il y a quelques années, je recevais chez moi un ami français, avocat de son état à Paris. A un moment donné, notre conversation bifurqua vers la politique en France. Nous avions alors parlé de Chirac, de Juppé et de bien d’autres. Je lui fis remarquer que, dans l’aréopage des personnalités du domaine, un responsable avait un jour incidemment attiré mon attention. Je lui trouvai un regard intelligent et volontaire et une parole qui renvoyait les téléspectateurs aux profondeurs de la réalité du pays. Et je lui citai le nom de François Fillon.


“Cet homme, lui avais-je dit, a un bel avenir devant lui”. Mine stupéfaite de mon hôte. Il en était presque tombé des nues. Et bien entendu, il me répondit par un sourire sceptique.


C’est dire que la nomination de Fillon aujourd’hui au poste délicat de Premier ministre —car la démocratie française est un régime présidentiel— que cette nomination donc ne m’a nullement surpris. Et il faut saluer bien bas l’instinct qui a conduit le nouveau président à le choisir pour cette tâche.


Mais ce qu’il y a de plus troublant c’est autre chose. François Filon qui n’était pas auparavant dans les bonnes grâces de Sarkozy avait été écarté sans ménagement de l’équipe ministérielle dès l’arrivée de Dominique de Villepin à Matignon. Erreur de Chirac qui aurait eu en Fillon, un second doué de perspicacité et de flair politique. Car Villepin par sa malheureuse initiative du CPE (contrat première embauche) avait ligué la jeunesse française contre lui. Ce dont avait pleinement profité ce loup de Sarkozy. Echaudé, Fillon se dépêcha d’aller renforcer les rangs de ce dernier.


Cela a été aussi le cas d’Alain Juppé qui avait encouragé Chirac à dissoudre l’Assemblée nationale. Conséquence pour ce dernier: une amère cohabitation avec le socialiste Jospin.


Et pourtant, l’ancien locataire de l’Elysée est un animal politique. Comment a-t-il pu se tromper aussi lourdement? C’est dû, il me semble, à l’ambiguïté de sa personnalité. Chirac est un homme foncièrement bon et serviable. Mais conscient de la dangerosité d’une telle pente de son caractère, il s’était construit un univers cadenassé, qui ne lui permettait pas de se livrer. Ou plutôt il ne se livrait que dès qu’il y avait un rai de confiance dans ses rapports avec son vis-à-vis. Et alors il s’abandonne, lui vouant presque une foi aveugle. “C’est le meilleur d’entre nous”, disait-il à propos de Juppé. Même rapport avec de Villepin. Et même scénario avec Sarkozy qu’il avait pris en grande sympathie, il y a plus de deux décennies. On sait ce qu’il advint après cette lune de miel. A la première occasion, ce dernier ne se fit pas faute de le lâcher au profit d’Edouard Baladur.


 


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Vox populi


 


“Alea jacta est” disaient les Romains. Le sort en est jeté. La France vient de se choisir un nouveau timonier. Et donc un nouveau cap dont on ne sait pas encore vers quelle direction il regarde. Car question programme d’action, Nicolas Sarkozy a été, au cours de sa campagne électorale, d’une ambiguïté exemplaire. Rien de net et de précis qui pût satisfaire les puristes. Tout au plus une mixture d’idées sans réel fil directeur et sans trame cohérente.


Il a fait son butin en batifolant à droite et à gauche, le tout imprégné de quelques trouvailles personnelles. Comment alors expliquer sa victoire sur la candidate du parti socialiste? Nombre d’observateurs ont donné leur langue au chat. Diverses explication en ont été données mais aucune n’a emporté l’adhésion.


Et puis, il y a quelques jours, un jeune Tunisien m’en fournit une, simple comme bonjour. Il fallait y penser! Ce Tunisien, guère bardé de diplômes mais doté d’une bonne pinte de bon sens, travaillant dans un publi-poste, me tint le discours suivant: “Le peuple de France a voté pour Sarkozy parce qu’il lui a semblé que le candidat de la droite était mieux armé que sa rivale dans son approche de la question de l’immigration et, par conséquent, de la sécurité. Il en a fait un critère pour départager deux candidats aux audiences sensiblement égales. Il ne faut pas chercher ailleurs la raison de la victoire de la droite”.


C’est parce qu’il a mieux sécurisé ses concitoyens que Sarkozy a décroché la timbale. Sommaire analyse mais non dénuée de pertinence.


 

Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com