Par Abdelmajid CHORFI





De l’égalité des chances


 


Azzouz Beggag est fils d’immigré. Tout comme Nicolas Sarkozy. Et comme lui il faisait partie de l’équipe ministérielle conduite par Dominique de Villepin. Il avait en charge un portefeuille à l’appellation généreuse: celui de l’égalité des chances. Pouvait-on rêver attribution plus gratifiante?


Son programme consistait en effet à gérer la diversité ethnique, sociale, culturelle etc. Les personnes âgées, les handicapés, les SDF étaient également dans sa ligne de mire. Il fallait l’assurer partout cette égalité des chances: à l’école, au lycée, au sein de la famille, dans les usines, dans les administrations. La vision de Beggag ratissait large. Tout devait, dans son esprit, concourir à éradiquer les frustrations, les exclusions, les marginalisations. Le rêve d’une société équilibrée et solidaire devenait à portée de main. Mânes de Proudhon, de Fourier, de Marx, levez-vous! Il y avait un grand espoir dans l’air.


Las, ce beau projet n’a pas eu l’heur de plaire à l’époque à son collègue du ministère de l’Intérieur,”Un Arabe qui ambitionne de contribuer à l’avènement d’une France lisse, bienveillante, sans aspérités, dans la pure fidélité à son génie, on aura tout vu dans la Chiraquie!”.


Bref, Beggag était gênant. Il urgeait de faire quelque chose. Mais quoi? Tout simplement, lui qui entendait promouvoir cette fameuse égalité des chances, on allait lui en faire voir sur ce chapitre. On l’obligera à mettre une croix sur toute possibilité d’épanouissement dans la vie politique du pays. On le pousse à la sortie.


Et c’est ce qui advint à ce malheureux Azzouz. Mais alors comment expliquer que Rachida Dati, maghrébine pur jus, ait pu se hisser à un “henaurme” poste de souveraineté: le ministère de la Justice? Les voies du nouveau chef de la France sont insondables.


On peut évidemment l'expliquer par la volonté de ce dernier de faire coup double: s’ouvrir davantage aux femmes et assurer en même temps une communication avec la communauté des immigrés. Pourvu que cela dure!


 


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Humanisme à deux vitesses


 


Avec une diligence et une célérité dignes d’éloge, le fringant ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a filé comme une flèche, dès sa nomination à ce poste, vers les sujets de l’humain et de la souffrance. Anticipant presque les désiderata du président de la République, il se rua quasiment sur le problème du Darfour, puis sur ce qui se passe actuellement au Liban où le gouvernement libanais a fort affaire avec les factieux du Fatah Al-Islam.


Kouchner a une belle expérience dans le domaine humanitaire. C’est lui qui a prôné le droit d’ingérence, outil permettant de venir en aide à des minorités persécutées. De sa fibre humanitaire, il en a donné la preuve dans sa gestion du problème du Kossovo où il avait été mandaté  par les Nations-Unies.


Cette généreuse vocation n’est pas pour nous surprendre chez un homme qui a prêté le serment d’Hippocrate. Qui donc mieux qu’un médecin peut évaluer la souffrance humaine et la traiter?


Malheureusement, il faut mettre un bémol à cet enthousiasme. Tout le monde, et Sarkozy plus que tout autre, connaît les sympathies du docteur à l’endroit d’Israël. A l’égard des Palestiniens qui paient un lourd tribut à la souffrance, on l’entend en revanche beaucoup moins. Insensible à leur drame? On le dirait! Pratiquerait-il un humanisme à deux vitesses.


Il était, à un moment donné, question de contacts entre Sarkozy et Hubert Védrine dans le cadre de l’ouverture du cabinet gouvernemental vers la gauche. Et puis les choses en sont restées là. On ne sait sur quel obstacle les contacts ont achoppé. Dommage! Car l’ancien ministre socialiste avait un regard plus objectif et moins sectaire sur le conflit israélo-palestinien. Et Dieu sait combien la région a besoin d’un tel regard!


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com