Sarkozy qui accélère, Sarkozy qui décélère





Nicolas Sarkozy est sur tous les fronts, soumettant ses collaborateurs à un train d’enfer.


Dame, il faut frapper l’imagination du populo à la veille des élections législatives! En revanche, sur le plan international il va d’un pas de sénateur, le terrain étant ici plus mouvant.


 


Emmanuel Kant a trouvé son maître. D’un revers de main rageur, Nicolas Sarkozy, le nouveau président de la France, a écarté les catégories du Temps et de l’Espace, intuitions de la sensibilité dans lesquelles le grand philosophe allemand avait fait entrer les phénomènes (contrairement aux noumènes). Avec Sarkozy, il n’y a plus de dimensions spatiales ou temporelles qui tiennent ! Tout se concentre autour de sa personnalité qui se dilate ainsi jusqu’à tout phagocyter.


Dès l’annonce de sa victoire électorale, Sarkozy a chaussé ses bottes de sept lieues pour dévorer les kms en une cavalcade échevelée. Au point que nombre de gens s’étaient demandé s’il n’avait pas par hasard le don de l’ubiquité. Une fringale d’espace qui devait être épuisante pour son entourage.


Au niveau temps, même approche infernale. Il faut dépoussiérer et éplucher les dossiers en un instant infinitésimal. Rien ne saurait être laissé en instance ou en suspens. Un  coefficient d’urgence doit être attribué à tous les sujets, même à ceux que l’on a tendance à croire qu’ils peuvent attendre. Il en est ainsi de la sauvegarde de l’environnement pour lequel Sarkozy a organisé très vite une réunion de contact avec les organisations qui militent en France pour cette cause. Ce dossier, il l’a fait passer bien avant d’autres questions plus pressantes telles que la sécurité.


Il y a donc de tout évidence rupture avec les pratiques du passé et les traditions politiques d’antan. Mais le terme de rupture est-il adéquat ? Il est prématuré d’en préjuger la portée. C’est à l’heure des bilans que l’on verra plus clair. Certains grincheux diront cependant que le nouveau locataire en fait un peu trop.


Quoi qu’il en soit, ce qu’il y a de certain, à travers cette démarche inédite, c’est que l’intéressé entend ramener tout à lui-même. Non pas dans le sens d’un fâcheux égocentrisme mais dans le droit fil d’une conception présidentialiste de l’autorité. «L’Etat c’est moi» avait dit un monarque. Certains dans la classe politique française n’hésitent pas à faire référence à cette boutade en parlant de l’action du nouveau président.


N’aurait-il confiance qu’en lui-même ? Ou bien serait-il mû par la pulsion, sourde, de tout régenter ? Une pulsion générée par une lointaine enfance difficile. On ne le sait ! Mais on ne saurait l’en blâmer car ce qui lui importe pour le moment c’est de se situer dans la perspective des législatives. Donner aux 44 millions d’électeurs français l’impression de tenir la barre d’une main ferme et d’avoir à sa portée tous les instruments appropriés à une navigation sans heurts, tel est son objectif. Doublé d’un autre objectif à l’adresse de ses ministres : c’est lui, et personne d’autre, le timonier de l’Etat. En évoquant la liberté de ton qui prévaut au sein du conseil des ministres, certains membres du cabinet veulent-ils donner le change ?


Vis-à-vis de son parti l’UMP, Sarkozy n’est pas loin d’adopter la même démarche. Bien qu’il n’en soit plus le président, il entend maintenir à son égard un droit de regard. Et on a beau parler de grande réunion républicaine pour justifier sa présence active dans le meeting du Havre de mardi dernier, personne n’est dupe. Là aussi il s’est démarqué de son prédécesseur qui s’était toujours gardé de fourrer son nez dans les affaires du parti. Ce qui avait d’ailleurs permis à Sarkozy de s’emparer de l’UMP.


 


Changement de vitesse


En revanche, en politique internationale c’est un autre tempo, Sarkozy n’est pas tenu, diplomatie oblige, à suivre sa pente naturelle. Certes dans le dossier de la constitution européenne, il a voulu marquer dès le départ un grand coup. C’est avec vigueur qu’il a défendu auprès de ses pairs européens sa formule de  Constitution simplifiée. Mais des réticences commencent déjà à apparaître — dont la plus importante est celle de Prodi — qui l’obligeront peut-être à mettre un bémol à son enthousiasme et à sa détermination.


Sur les autres dossiers internationaux, tout porte à croire que le nouveau chef de l’Etat français joue la carte de la prudence et de la temporisation. Notamment en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et l’inextricable imbroglio moyen-oriental.


Il se rend parfaitement compte des pièges et des chausses-trappes que les conflits dans cette région recèlent. Ce n’est pas pour Sarkozy le moment de donner au terrorisme un prétexte d’intervention. D’autant plus qu’Al-Qaïda n’a pas manqué de froncer les sourcils à l’annonce de sa victoire électorale. D’autant plus également que Bush, dans la débandade de son règne, ne lui sera pas d’un grand soutien politique. Et puis, de toute façon, si par mégarde un os apparaissait, il s’arrangera, malin comme il est, pour ne pas se montrer en première ligne, laissant ce soin à son fringant ministre des Affaires étrangères.


Ainsi, pour les affaires du monde, Sarkozy semble avoir laissé au vestiaire son allure cavalière, celle qu’il continue à suivre intra-muros. Vision offensive d’un côté, approche mesurée de l’autre ! Attentisme et temporisation ici, attaque au pas de charge là ! Deux registres antinomiques, propres à donner le tournis à n’importe quel chef d’Etat. Mais pas à Sarkozy qui possède plus que quiconque l’art de ne jamais perdre le fil.


 

Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com