Bouclier antimissile : Poutine agite le spectre de la guerre froide





Vladimir Poutine a franchi un cran supplémentaire dans la rhétorique agressive envers les Etats-Unis, en menaçant de pointer de nouveau les missiles russes sur des "cibles en Europe" si les Etats-Unis mettent à exécution leur projet d'installer des sites antimissiles en Pologne et en République tchèque.


Le Quotidien-Agences
«Si le potentiel nucléaire américain s'étend sur le territoire européen, nous devrons prendre de nouvelles cibles en Europe", a déclaré le chef de l'Etat russe dans un entretien avec plusieurs médiaux occidentaux, dont le quotidien italien Corriere della Sera.
"Il revient à nos militaires de définir ces cibles tout comme de choisir entre missiles balistiques et missiles de croisière", a ajouté le maître du Kremlin, reprenant ainsi au plus haut niveau des menaces voilées exprimées jusqu'ici par les chefs de l'armée russe.
"Nous voulons rééquilibrer les instruments de défense avec des outils offensifs plus efficaces, mais nous savons que cela risque de relancer une course aux armements, dont nous ne serions cependant pas responsables", a-t-il poursuivi.
Alors que le prochain sommet du G8 à Heiligendamm (Allemagne) approche il ne se passe plus un jour sans que Moscou ne dénonce ce projet de bouclier, qui va transformer l'Europe en "poudrière" et consacre "l'impérialisme" américain, selon Poutine.
"Si des composantes stratégiques de l'arsenal américain font leur apparition en Europe près de nos frontières, nous serons obligés de (...) supprimer les menaces potentielles résultant de ce déploiement", a aussi lancé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov dimanche sur la chaîne de télévision Vesti-24.
Joignant le geste à la parole, la Russie a testé le 30 mai un nouveau missile intercontinental à têtes multiples, en "réponse aux actes unilatéraux et infondés de nos partenaires", a aussitôt clamé M. Poutine, soit en d'autres termes au projet de bouclier américain.
Quinze ans après l'effondrement de l'Union soviétique et la fin de la Guerre froide, la Russie voit d'un très mauvais oeil l'Otan s'étendre vers l'Est et les bases américaines se multiplier à ses portes, de la Roumanie au Kirghizstan.
"Regardez simplement la carte - (la défense antimissile mondiale américaine) est en train d'être déployée le long du périmètre de la Russie, et aussi, incidemment, de la Chine", a relevé Lavrov.
Comme au temps de la guerre froide, lorsque l'URSS et les Etats-Unis se mesuraient en permanence à l'aune de leur potentiel stratégique, Moscou affirme que ce bouclier accroît les risques d'un conflit nucléaire et ébranle l'équilibre stratégique du monde.
Les Américains, qui veulent installer dix missiles intercepteurs en Pologne et un radar ultra-perfectionné en République tchèque dans le cadre de ce projet de bouclier antimissile, affirment sans cesse, quant à eux, que celui-ci n'est pas dirigé contre la Russie, mais contre des Etats comme l'Iran.
"On nous dit que cette défense sert contre les missiles iraniens, mais aucun missile iranien n'a de portée suffisante. Il devient alors évident que cette nouveauté nous concerne aussi nous, Russes", rétorque Poutine.
Moscou voudrait que Washington abandonne son projet en faveur d'une politique commune de défense qui inclurait la Russie. Sergueï Lavrov, cité par l'agence Interfax, a d'ailleurs appelé dimanche à de nouvelles consultations sur un bouclier antimissile commun Otan-Russie.
"Nos conclusions montrent clairement que se défendre contre des menaces qui n'existent pas n'a pas de sens. Il serait bien mieux de reprendre le travail dans le cadre du Conseil Otan-Russie sur la création d'un grand théâtre de défense antimissile" commun, a-t-il déclaré.
A Londres, le porte-parole officiel du Premier ministre britannique Tony Blair a affirmé que l'Europe dans son ensemble est "préoccupée par l'attitude de la Russie et ne sera pas timide en exprimant ses préoccupations".
"Nous voulons avoir une relation constructive, mais la nature de cette relation dépend autant de la Russie que de nous", a-t-il ajouté devant les journalistes.
"Nous voulons avoir un dialogue constructif avec la Russie. Nous voulons être capables de parler de questions comme le Kosovo, l'Iran et d'autres questions mondiales d'une façon constructive", a-t-il assuré.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com