Les jeunes filles et la dot du mariage : Les mentalités évoluent le rituel reste à la page





La dot est l’ensemble des biens que l’un des époux apporte au moment du mariage pour subvenir aux besoins du ménage. Cette tradition semble disparaître peu à peu. Les jeunes filles ne semblent plus accorder un grand intérêt à la dot. Elles se contentent d’acheter le minimum quelque temps avant le jour « « J ». Vrai ou faux ?


 


Tunis-Le Quotidien


La tradition en Tunisie impose que l’homme ait une maison avant de se marier. En ce qui concerne les meubles et tout le reste, la charge est  partagée  entre les deux futurs époux selon l’habitude des régions et selon une convention commune entre les deux familles alliées. L’homme qui désire se marier fournissait autrefois à ses futurs beaux-parents soit des biens de consommation ou d’usage courant (généralement des bêtes d’élevage), soit des bijoux ou encore de l’argent pour mériter la main de sa future épouse. Le sens de cette prestation se comprend si on analyse le mariage non pas seulement comme une relation entre deux personnes, mais comme une alliance entre deux familles où l’une d’entre elles « perdra» sa fille. La dot devient alors une sorte de compensation donnée à la famille de la jeune fille pour « indemniser » cette perte. Cependant, il existe aussi des sociétés où les parents de la fiancée donnent une prestation au futur mari, la dot semblant alors surtout régler les rapports pécuniaires entre époux. Parfois accompagnée d’une clause de restitution en cas de dissolution du mariage, comme notre droit arabo-musulman d’antan, cette dot peut garantir à la femme une certaine sécurité matérielle. Aujourd’hui, la dot est presque devenue une coutume désuète, même si elle demeure dans certains cas une condition obligatoire pour la validation du mariage chez certaines familles. Généralement, l’homme ne donne pas de dot à ses beaux-parents. Il se contente de fournir les biens essentiels pour subvenir aux besoins de sa petite famille.  Le mariage ne se décide plus par les familles alliées. C’est aux deux partenaires que revient  la décision. La participation de l’un et de l’autre se fait en fonction d’un accord commun entre les deux futurs époux. Toutefois, les jeunes ne semblent pas y accorder un grand intérêt. Avant d’être demandées en mariage, la majorité des filles demandent que leurs parents  payent leurs études, leurs habits et les frais immédiats qui leur permettent de vivre comme leurs pairs. Après les fiançailles, les deux partenaires seraient prêts à tout préparer collectivement sans se plier à une tradition spécifique.


Dalenda, étudiante, 22 ans, infirme ce constat. La jeune fille dit qu’elle a déjà des trucs cachetés qu’elle garde pour son futur mariage. « On peut évoluer, suivre un mode de vie in et moderne, mais cela n’empêche que certaines traditions font notre identité et doivent absolument être préservées et transmises de génération en génération. La dot en fait partie. Ma mère me montre de temps à autre quelques ustensiles de cuisine neufs et elle me dit qu’elle va les cacher pour mon futur mariage. Lorsqu’elle trouve des services de table, des verres en cristal ou des draps en promotion, elle les achète et les réserve de côté. Certes, mes parents ne m’achètent pas ces choses périodiquement, ils ont bien d’autres frais plus urgents comme mes études ou mes habits, mais ils le font à chaque fois que l’occasion leur est offerte. Dès que je me mets à les voir, je m’imagine dans mon propre foyer, unique maîtresse de ma maison et cela me fait plaisir. Toutefois, je ne peux pas leur demander de me fournir ma dot d’autant plus que je ne suis pas encore fiancée. Lorsque j’aurais un job et que je m’apprêterai à me marier, je ferai en sorte de compléter ce qui manque. Je pense que c’est obligatoire puisque l’homme sera à son tour redevable de fournir la maison et les meubles. Dans nos traditions, la famille de la fille n’exige pas de dot de la part du mari mais, en revanche, il faut qu’il apporte des bijoux à sa future femme en guise d’amour, même si le prix de ces bijoux n’est pas très cher », dit-elle.


Khaoula, étudiante, 23 ans, n’accorde aucun intérêt à la dot. La jeune fille préfère que ses parents couvrent les frais de ses études et de ses autres dépenses plus urgentes. « La vie coûte cher et je ne peux pas demander aux parents de me fournir la dot alors que mes autres dépenses leur coûtent déjà les yeux de la tête. Autrefois, les parents réservaient une partie de leurs revenus pour la dot de leurs filles parce que la majorité des filles n’allaient pas à l’école. Aujourd’hui, nous suivons toutes des études et cela coûtent de l’argent. Il ne faut donc pas exiger des parents de s’endetter pour nous fournir une dot. D’ailleurs, s’ils couvrent nos frais d’études, on peut bien assumer ce genre de dépenses toutes seules ! Toutefois, même si je travaille, je ne pense pas que je vais penser à la dot. Je dois bien profiter de mon salaire avant que je n’aie une vie de couple et que je serai dans l’obligation de participer aux frais du ménage. Je pense que je vais penser à la dot lorsque je serai fiancée; d’ailleurs cela me permettra d’acheter des choses à la mode », dit-elle


Hager, 28 ans, se mariera dans deux mois. La jeune fille a presque tout acheté. Elle a déjà sa dot. « J’ai presque tout fait toute seule. Ma mère ne m’a acheté que quelques trucs. Pourtant, elle s’est chargée de toute la dot de ma sœur aînée. Il se peut que ses moyens ne lui aient pas permis de fournir une dot à toutes les deux. Il faut dire que la vie coûte cher et que mes parents ont le mérite de m’avoir pris en charge jusqu’à ce que j’aie un travail. Depuis que j’ai eu un revenu, j’ai fait en sorte de laisser un peu d’argent de côté. Après s’être fiancée, j’ai commencé à acheter ce qu’il faut pour mon futur ménage. J’ai presque tout fait maintenant. Je pense que la dot est beaucoup plus qu’une tradition. Certes, plusieurs autres rituels comme les “moussems“ (cadeaux offerts par le fiancé durant les occasions religieuses), sont secondaires. Il est difficile pour un homme de pouvoir fournir la maison et la meubler convenablement, il ne faut donc pas lui en demander davantage ! Le mariage est une union entre deux personnes. Si chacun manifeste sa bonne foi, sa volonté et fait preuve de frugalité, les choses deviennent beaucoup plus faciles pour les deux partenaires », dit-elle.


Dorra, élève,  16 ans, pense aussi que le mariage est une responsabilité commune. La jeune fille trouve qu’il est essentiel que les deux partenaires s’entraident pour que le mariage réussisse. « Le mariage est une union entre deux personnes. Il faut qu’elles se partagent tout : les frais, les responsabilités, les tâches, les joies et la détresse. Si l’on commence à faire des calculs de rentabilité, c’est que nous sommes déjà en train de faire un faux départ et tout ce qui va suivre, va boiter! Il faut absolument que chacun connaisse ses responsabilités suite à un accord commun et que des efforts soient déployés de part et d’autre pour que cette relation soit bénie. Il faut dire que ma famille commence à me fournir quelques trucs depuis des années déjà. Ma grand-mère m’a légué quelques biens : des bijoux, des objets de décor, des services en verre, des draps en lin. Ce sont des choses qu’on se transmet de mères en filles, c’est une tradition chez nous. Cela nous permet d’ailleurs d’alléger les dépenses pour celles qui vont convoler en justes noces. Ma mère m’achète aussi des choses lorsqu’elle trouve des objets en promotion ou lorsqu’elle part en voyage. Cela me permet de construire ma dot petit à petit pour que je ne me  sente pas étouffée le jour “J“. Cela dit, je ne garde pas certaines choses comme les habits qui seront de toute manière démodés d’ici l’âge du mariage», dit-elle.


Miriam, élève, 18 ans, a aussi quelques biens que sa mère lui réserve pour son futur mariage. « Ma mère essaye de m’acheter quelques ustensiles, des services de table et je crois aussi qu’elle m’a acheté des objets décoratifs et des draps. Toutefois, elle ne le fait que si elle tombe sur une promotion ou une bonne occasion. Cela ne presse pas puisque je suis encore loin d’avoir l’âge de me marier. De plus, aucun prétendant ne s’est manifesté jusqu’à présent. Je trouve que c’est très important que l’on fournisse la dot aux filles. Cela n’est pas seulement un rituel, c’est essentiel pour qu’un mariage puisse exister. Il est impossible que l’homme assume tout, tout seul. Un mariage, ça chiffre ! Et nul ne peut y parvenir seul. Cette union nécessite que les deux partenaires et les deux familles s’entraident sinon l’union sera difficile à réaliser. Mais je pense que ce qui va aider les partenaires à réussir leur vie de couple, c’est d’avoir la volonté de bâtir ensemble, d’être honnêtes, altruistes et d’avoir le sens de la frugalité », dit-elle.


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com