Bush, Carter, Al-Baradeï…





Georges W. Bush ne peut plus faire comme si de rien n’était. Il fait front à une insurrection qui peut se généraliser. Surtout quand un Carter ou un Al-Baradeï se joignent aux insurgés.


 


Dès le départ, l’échec de la folle équipée américaine en Irak était programmé. Mais les signes en étaient difficilement décelables. Les plus avisés des observateurs n’avaient rien vu venir. Et il faut ici, rendre justice à un Chirac qui avait pressenti, le premier, les douloureuses retombées d’une telle aventure. Malheureusement, ses mises en garde étaient inaudibles, couvertes par les sombres imprécations américano-britanniques.


Les signes de cet échec programmé ont été occultés par deux moments cruciaux. Un moment d’intense désarroi né des tragiques événements du 11 septembre. Les gens sensés appréhendaient jusque-là une attaque contre le régime de Saddam Husseïn, Bush n’ayant à aucun moment fait mystère de ses desseins guerriers. On appréhendait mais on doutait qu’il passât à l'acte. Avec l’irruption d’Al-Qaïda dans le saint des saints de la souveraineté américaine, Washington voyait des ennemis partout. Le désarroi était grand. «L’axe du mal» s’élargissait à l’infini. Abattre Saddam Husseïn devenait une option logique. Et Bush était propulsé en sauveur de l’Humanité face à «l’ange exterminateur». Il était investi d’une grande et noble mission: le repêchage du monde d’un naufrage assuré.


L’autre moment était un moment de «grâce». Il avait suivi la chute de Bagdad et qui a fait croire aux Américains que l’occupation serait une promenade de santé. L’euphorie les avait empêchés de voir la réalité dans son atroce crudité.


Bref, rares étaient ceux qui voyaient se profiler le spectre de l’échec. Et les quelques voix courageuses qui en étaient conscientes étaient étouffées par des médias trop acquis à la cause présidentielle.


Puis vint l’heure où la réalité sanglante de l’Irak a dessillé les yeux à toute la planète. Et où le véritable objectif de l’acte insensé de Bush se donnait à lire avec une netteté aveuglante. Le maître du monde n’abusait plus que quelques rares égarés ou quelques pays condamnés à rester ralliés à son «panache blanc» parce qu’ils avaient commis l’énorme bévue d’associer leurs intérêts aux siens.


Commençait dès lors la lente et inexorable dégradation de l’image du chef du monde «libre» et de celle du pays-phare de la démocratie et des droits de l’homme. Dégradation qui s’est traduite par une chute spectaculaire de la côte de popularité du locataire de la Maison-Blanche. Ainsi que par une grande poussée de forte animosité, dans un large spectre de l’opinion publique mondiale, à l’égard de l’Amérique.


 


Les voix de l’honneur


En même temps, la sphère de ses amis parmi les Chefs d’Etat se réduisait comme peau de chagrin. Aznar quittait la scène. Berlusconi sortait par la petite porte de l’arène politique. Blair rangeait ses cartons en prévision de son proche départ. Et ce n’est pas l’arrivée d’une Angela Merkel ou d’un Nicolas Sarkozy qui pouvait compenser ces défections. La première faisant preuve de grandes réticences sur quelques dossiers importants. Le second, qui affiche certes une grande sympathie à l’égard de Bush et qui prône l’atlantisme, ne pouvant aller à contre-courant d’une lame de fond française pas très bienveillante à l’égard de l’Oncle Sam. Il ne pouvait non plus contrecarrer la volonté européenne de faire preuve d’indépendance d'esprit et d’action.


Il y a aussi l’effritement de l’escadron de ses proches et fidèles collaborateurs, inspirateurs et concepteurs de sa politique internationale.


Mais inutile d’aller plus avant dans cet inventaire. Un inventaire qui aurait fait réfléchir n’importe quel dirigeant, en difficulté sur tous les champs de bataille (politiques et militaires) du globe. Mais Bush ne réagit pas comme tout le monde. Les échecs renforcent ses réflexes de défense et de défi au point qu’il en perd la perception exacte du réel.


Cela ne pouvait pas, bien entendu, durer indéfiniment. Dans le concert mondial des critiques, concert que Bush se fait fort d’ignorer, deux voix s’élèvent actuellement dont la profonde portée a toutes les chances de changer le cours des choses.


Ce sont celles de Jimmy Carter et de Mohamed El Baradeï.


L’ancien président démocrate a gardé, malgré ses déboires avec Khomeiny, intacte sa crédibilité. Une crédibilité alimentée par une foi chrétienne ouverte à son prochain, tolérante, bienveillante qui diffère du tout au tout celle d’un Bush, partisane et dogmatique. Quand il proclame que la présidence de Bush est «la pire de toutes dans l’histoire des Etats-Unis», il sait que sa parole est écoutée chez lui et ailleurs et qu’on ne peut la taxer de mensonge. D’où d’ailleurs la violente protestation émanant de la Maison-Blanche, à la mesure de la forte conviction de l’ancien président.


Le directeur général de l’AIEA  a, lui aussi, embouché la trompette de la dénonciation, sur un ton non moins véhément. Cette vénérable agence constitue la référence suprême en matière d’énergie nucléaire. C’est dire l’impact profond de la mise en garde lancée dernièrement par Al-Baradeï contre «les fous» qui veulent faire la guerre à l’Iran.


Bien sûr, ce dernier donne, ce faisant, un coup de plumeau à sa conscience marquée par une démarche frileuse lors du déclenchement de l’offensive contre l’Irak.


N’empêche ! Le coup a dû faire mal à Washington. Tout comme les déclarations enflammées de Carter. C’est autrement plus douloureux que les critiques formulées ici et là par d’anciens collaborateurs de Bush ou les pseudo-repentances d’un Colin Powell ou d’un George Tenet.


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com