Par Abdelmajid CHORFI Visualisation d’un martyre





Visualisation d’un martyre


 


Le 40ème anniversaire de la Naksa (la désastreuse déroute des armées arabes en juin 1967) a donné lieu à une moisson d’articles de presse et d’émissions télévisées dans les médias arabes comme les médias occidentaux. Ceux-ci chantant l’écrasante supériorité militaire israéliennes, ceux-là l’évoquant avec une grosse peine dans le cœur.


De cette production médiatique, une chose a retenu mon attention. Et m’a plongé en même temps dans une profonde désespérance, car, après tout, les Palestiniens sont, que je le veuille ou non, mes frères de race, de langue, de continuité géographique et historique, de culture et de civilisation. C’est plus fort que soi ! Je n’en voudrais jamais, par exemple, à un Français de prendre le parti d’un Québécois ou d’un Wallon quand ils sont en butte à une injustice. Et même à un juif français quand il témoigne sa sympathie envers Israël quand ce dernier est injustement lésé.


En tombant, à la lecture d’une grande revue française, sur trois cartes de la Palestine (1947, 1948-49, 1967) j’ai réalisé douloureusement la lente et inexorable érosion de l’«être» palestinien au cours du siècle dernier. Extraordinaire visualisation d’un processus gangréneux qui affecte Canaân, la terre ancestrale des Palestiniens.


Bien entendu on a pris soin de ne pas exposer la Palestine dans sa configuration d’avant l’établissement du foyer juif. La Palestine des années vingt du 20ème siècle. Des villes comme Jaffa, Ascalan, Haïfa et bien d’autres composaient, depuis les temps les plus reculés, un chapelet côtier au capiteux parfum d’Orient et à l’histoire chargée d’antiques résonances. Ces cités sont aujourd’hui en terre israélienne. C’était la plus belle tranche de la terre palestinienne, des vergers et des champs à n’en plus finir. Et non pas comme le claironne la propagande israélienne une steppe ingrate et stérile.


A ces cartes, il fallait en ajouter une, la plus récente et à laquelle les dirigeants de Tel-Aviv tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Il fallait ajouter le Bantoustan créé dans une Cisjordanie morcelée en mille morceaux épars. Et le tableau du martyre palestinien serait restitué dans sa totalité historique et géographique. Un tableau qui traduit, d’une façon claire et indubitable, la volonté jamais démentie des Israéliens d’absorber, jusqu’au dernier pouce de terrain, la Palestine. Ce en quoi ils se trompent lourdement : à supposer qu’ils y réussissent, l’environnement arabe ne leur pardonnera jamais de ne pas s’être contenté du partage onusien de 1948.


 


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Encore une bouffonnerie israélienne


 


Israël se propose d’accueillir un millier de réfugiés du Darfour. Quelle mouche a piqué l’Etat hébreu pour qu’il se fende d’une telle initiative? D’où lui vient cette brusque fibre charitable? Lui dont l’un des responsables avait récemment annoncé que pays était prêt à liquider physiquement, un chef de gouvernement palestinien.


Israël poursuit en fait plusieurs objectifs. Tout d’abord requinquer sa propre image, l’image d’un pays en voie d’être diabolisé, notamment au niveau des pays du Sud. Ensuite, salir au plus haut point l’image d’un autre pays, le Soudan qu’elle veut doter du statut de pays génocidaire. Troisième objectif montrer que les pays arabes sont incapables de bouger le petit doigt quand il s’agit d’une affaire humanitaire.


En fait, ce geste de Tel Aviv, nombreux sont ceux qui le considèrent comme une vulgaire bouffonnerie. Que l’on se rappelle l’histoire des Falashas, juifs éthiopiens exhumés des oubliettes de l’Histoire pour se voir offrir l’asile en Israël. On en avait fait à l’époque un grand plat. Et aussi un grand coup de pub: faire la preuve que l’Etat hébreu avait de la générosité à en revendre. C’était il y a près de deux décennies. Qu’en est-il aujourd’hui de ces Falashas? Comment vivent-ils? En pleine damnation selon des sources crédibles. Ils végètent dans des conditions de vie lamentable, voués aux tâches les plus ingrates, rejetés par leurs coreligionnaires sur les bas-côtés du train de la modernité.


Voilà le visage humain d’Israël. Oh! Nous n’évoquerons pas ici le statut peu reluisant dont «bénéficient» les Arabes israéliens! Ni le refus catégorique opposé par Israël aux réfugiés palestiniens désireux de regagner le bercail. Contentons-nous de dire que le drame du Darfour (drame dans le déroulement duquel le régime soudanais porte une bonne part de responsabilité) que ce drame donc est en train d’être instrumentalisé par un trio de pays qui en ont fait un véritable fonds de commerce dans leur volonté de capter les cœurs africains: les Etats-Unis, Israël et la France de Kouchner!


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com