Gestion des pesticides en Tunisie : Ces poisons qui traînent dans la nature…





Des milliers de tonnes d’insecticides et d’herbicides en état d’invalidité s’entassent aujourd’hui sans aucun dispositif de protection un peu partout dans le pays. Hier à Tunis, lors d’un séminaire consacré aux pesticides et leur impact sur la santé et l’environnement, on a annoncé l’existence de plus de 1170 tonnes de pesticides obsolètes bio indégradables ultra toxiques qui traînent dans la nature…


 


Tunis-Le Quotidien


Les spécialistes les considèrent tout aussi dangereux que les produits entrant dans la composition des armes chimiques. Certains n’hésitent pas  en fait, à comparer ces produits aux armes de destruction massive (ADM), dont plus de 50 milles tonnes sont inventoriées sur le continent africain  qui ne consomme pourtant que 2% de la quantité de pesticides utilisé dans le monde. La Tunisie, en dépit de ses multiples programmes considérés avant-gardistes par rapport aux autres pays du continent en ce qui concerne l’usage et la sauvegarde des produits dangereux, figure aujourd’hui parmi les pays appelés à mobiliser toutes leurs ressources pour éliminer les pesticides périmés dont ils disposent.


Les principales composantes du programme de la Tunisie en matière de lutte contre les pesticides obsolètes ont été exposées hier dans le cadre d’une conférence scientifique organisée par le Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis (CITET) avec l’appui de l’Agence Française de Développement.


Les communications présentées par les spécialistes représentant les principaux organismes et institutions intervenant dans les activités concernées par l’usage des pesticides, ont en fait porté sur les différents aspects du sujet. Ce qui a, peut être, suscité le plus d’intérêt, c’est entre autres la situation de la Tunisie en ce qui concerne l’utilisation de ces produits dans les secteurs de l’environnement, de la santé publique et de l’agriculture (lutte contre les insectes et les moustiques…) mais aussi dans le domaine domestique et urbain.


Pour comprendre que la gestion des pesticides périmés représente aujourd’hui en Tunisie un véritable problème qui nécessite une intervention immédiate, un inventaire des quantités de pesticides périmés existant sous nos cieux, a démarré en mai 2006. L’action qui s’est achevée en novembre 2006 a permis de recenser de nombreux dépôts et sites anarchiques abandonnés dans un état lamentable, contenant des milliers de tonnes de pesticides périmés. S’inscrivant dans le cadre d’un programme mis en œuvre par la Banque Mondiale en coordination avec les ministères de l’Environnement et du développement durable, de l’Agriculture et des ressources hydrauliques et de la Santé, l’inventaire a dévoilé l’existence de 150 sites de stockage anarchique, 203 magasins et dépôts sauvages et une quantité globale de pesticides périmés qui avoisine les 1170 tonnes. Ce qui a été notamment constaté au terme de ce recensement c’est que certaines parties détiennent, dans un état d’abandon total, des milliers de tonnes de produits toxiques. C’est le cas notamment des ministères de la Santé publique et de l’Agriculture et des ressources hydrauliques, qui gardent quelque 130 tonnes d’insecticides, d’herbicides et de diverses autres matières toxiques pour la faune, la flore et l’homme. Dans le seul domaine agricole on recense une centaine de tonnes. «Ce qui a été constaté, c’est l’utilisation inappropriée de ces insecticides par les agriculteurs », a-t-on fait remarquer lors de cette  conférence. M. Sadok Atallah, ingénieur consultant à l’OMS a souligné à ce sujet que «récemment 15 mille tonnes d’huile d’olives en direction de l’Europe ont été tout simplement refoulées à cause de la contenance de substances toxiques dues au mauvais usage des herbicides et des insecticides ».


Le spécialiste a par ailleurs lancé :«allez jeter un coup d’œil à Sidi Fathallah qui se situe à quelques encablures du centre de la capitale, où il existe un dépôt de pesticides périmés sans protection et dans un état lamentable ».


Les risques émanant de ces produits ne se limitent pas en fait aux milieux abandonnés. A l’hôpital de Menzel Bourguiba, dans le gouvernorat de Bizerte «il y a 50 tonnes de DTT datant de cinq décennies et qui se trouvent dans un état de délaissement  total».


C’est dire que la gestion des déchets toxiques et autres pesticides laisse vraiment à désirer dans nos murs, ce qui implique la nécessité urgente de prendre les mesures nécessaires pour mettre de l’ordre dans le jardin. Il s’agit à l’évidence d’un impératif auquel on ne saurait se dérober. Car il y va de la santé des individus et de l’environnement qui a besoin d’être plus que jamais protégé contre la pollution sous toutes ses formes.


 


H.G.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com