Par Abdelmajid CHORFI





* Quand Brialy médite sur le Temps


Dans le maelstrom d’images qui révulsent la conscience et bouleversent notre échelle des valeurs, le petit écran nous réserve parfois des émissions à visage humain. Il en est ainsi du documentaire diffusé par TV5 Monde, sur Jean-Claude Brialy, décédé récemment. Une fraîcheur de ton et une reposante sérénité s’en dégagent. La sérénité de celui qui, au seuil de la vieillesse, est revenu de tout. De ses erreurs, de ses chimères, de ses faiblesses, de ses amours…


Ce documentaire retrace le retour de l’acteur à son pays natal, l’Algérie, qu’il avait quittée une cinquantaine d’années plus tôt. C’est-à-dire à l’époque de la colonisation triomphante.


Ce qui peut être intéressant dans une telle œuvre, ce serait de comparer le regard de l’intéressé à deux moments différents de sa perception du pays natal. Car c’est la différence entre les deux perceptions qui donne à la trajectoire de sa vie (une vie vécue et une vie jouée) toute sa positivité ou toute sa négativité. Et qui permet au spectateur de capter les ondulations d’une période majeure de l’histoire contemporaine.


Le documentaire, dont le commentaire est signé et dit par l’acteur lui-même, ne nous renseigne pas beaucoup sur son attitude pendant et après la guerre d’Algérie. A-t-il soutenu la considération française ou bien a-t-il sympathisé avec la résistance algérienne? Rien n’en transparaît dans le film. Avec un malin plaisir, il maintient une distance avec les douloureux événements de la guerre. Contrairement par exemple à un Enrico Macias dont les «pleurs» sur le «pays perdu» laissent filtrer une louche amertume.


Rien de tel chez Brialy. Le spectateur a dû rester sur sa faim à ce sujet . Et pourtant, en suivant un autre cheminement, on peut déceler la véritable dimension de ce beau documentaire. Voilà, par exemple, l’acteur devant le site de l’école de son enfance. Elle a disparu, remplacée par une autre bâtisse plus moderne. Mais Brialy, tout en mettant en exergue le nouvel édifice, fait en sorte de faire surgir l’ancien dans ses traits couleur sépia, dans un univers empreint de profonde nostalgie. Même attitude devant le souvenir de la maison de ses premiers pas dans la vie, elle aussi balayée par les nouvelles constructions. Tout au long de l’œuvre, il y a un va-et-vient entre la mémoire du passé (avec tous les enjolivements qui la parent) et la douce prégnance du présent. C’est-à-dire entre une Histoire qui se défait au niveau du quotidien et une autre qui se construit au niveau de l’Universel. Entre les deux et comme en sourdine, se développe une belle méditation sur le Temps. Le Temps inscrit sur les rivages de la Mer éternelle.


 


* Du nouveau dans les armes stratégiques


La gomme arabique est une substance mucilagineuse qui découle de différentes espèces d’acacias. Son nom provient du fait qu’elle fut d’abord récoltée en Arabie. Un des corps de cette gomme entre dans la fabrication de la boisson Coca Cola. Jusque-là rien qui attire l’attention. Et pourtant, cette substance fait problème et même grave problème. Du moins pour la grande multinationale américaine.


Figurez-vous qu’une grande partie de cette précieuse denrée est produite au Soudan. Or, le Soudan n’est pas actuellement en odeur de sainteté avec les Etats-Unis qui le lui rendent bien. Pour répondre aux pressions subies par Khartoum de la part de l’Oncle Sam, principal instigateur des sanctions décidées par les Nations-Unies au sujet des massacres du Darfour, les dirigeants du pays sont en train d’envisager des contre-sanctions. Dont l’arrêt des exportations de la gomme arabique vers l’Amérique. Irritation des responsables de la grande firme, qui voient dans cette mesure une grave atteinte à leurs intérêts. La gomme arabique, le Soudan la considère comme une arme stratégique. au même titre que le pétrole pour les pays producteurs d’or noir.


Bien entendu, il entre dans ce peu amène échange de menaces, beaucoup d’esbroufe. On n’ira certainement pas jusqu’à la rupture. Pour une raison bien simple: la gomme arabique est également produite par deux ou trois autres pays africains. Certes en moins grande quantité mais de quoi suffire aux besoins du grand géant américain des sodas.


Il reste quand même un petit problème. Il y a de par le monde un certain nombre de produits qui sont l’apanage d’un petit nombre de pays. Et s’il prenait l’idée aux dirigeants desdits pays d’utiliser ces produits comme armes stratégiques en guise de riposte à des menaces politiques ou économiques!


Je prends l’exemple du bois. cette substance, on ne peut la trouver en quantités industrielles que dans les pays très boisés: la Scandinavie, la RD Congo, le Brésil (Amazonie) etc. Un coup d’arrêt donné à l’exploitation de ces masses d’arbres et ce sont de juteuses activités industrielles qui tombent à l’eau: menuiserie, ébénisterie, fabrication de charpentes et de traverses de chemins de fer, usines de papier etc. On imagine les crises qui pourraient s'ensuivre.


Affaire à suivre que cette histoire de gomme arabique!


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com