En marge des luttes interpalestiniennes : Un danger nommé Barak





Le lamentable spectacle offert au monde par le Fatah et le Hamas se déroule  dans une absence complète de visibilité. Au point qu’il a occulté chez les deux protagonistes un fait nouveau, pourtant bien lisible: le retour de Barak sur la scène politico-militaire.


 


En est-on arrivé, dans le conflit fratricide entre le Fatah et le Hamas, à un point de non-retour ou bien y a-t-il encore l’espoir d’une réconciliation, à tout le moins d’un rabibochage? Difficile de répondre à ce questionnemment tant la situation a atteint un fort degré d’illisibilité. A défaut de réponse, contentons-nous de reprendre à notre compte, ces cinglants propos d’un citoyen palestinien: «C’est la fable des prisonniers qui se battent pour la gestion du cachot».


Opacité totale! Et on a beau piocher dans nos méninges pour dénicher un responsable à ce désastre, à cette deuxième «Naksa», on n’arrive pas à en trouver un qui satisfasse pleinement. Tant les candidats accusés de cette forfaiture sont nombreux, et, surtout, tant ils se réclament de camps tout-à-fait opposés les uns aux autres.


On cite, en premier lieu, dans l’acte d’accusation Israël. Israël qui, a force d’avoir multiplié les bâtons dans les roues des dirigeants palestiniens, en était arrivée à finaliser un scénario vieux comme son existence, la division des Palestiniens. A le finaliser au-delà même de ses espérances.


Le deuxième nom qui vient dans la liste, est celui des Etats-Unis. On soupçonne la Maison-Blanche d’avoir contribué à la confection de ce scénario ou d’en avoir au moins béni la mise en œuvre.


A un degré moindre, l’Union européenne porterait une part de responsabilité. Soupçonnée de mollesse à l’égard de l’Etat hébreu et d’indifférence à l’égard de la souffrance palestinienne, l’UE donne la désagréable impression de ne pas en faire assez en vue d’un traitement équitable du problème palestinien. Et ce n’est pas la précipitation avec laquelle l’UE (et en même temps les EU) vient d’ouvrir les vannes des aides financières qui est susceptible de gommer cette défaillance! A un autre niveau, interpalestinien, le Fatah et le Hamas se rejettent la responsabilité de la rupture. Une rupture tout aussi désespérante que celle qui fait actuellement dresser, en ennemis féroces et forcenés, les Sunnites et les Chiîtes d’Irak.


Le Hamas traite aujourd’hui les gens du Fatah de collabos, de défaitistes, de traîtres à la Cause, de vendus au couple américano-israélien, et d’inféodés aux pays arabes dits modérés. Ce que semble confirmer à leurs yeux le récent limogeage de Dahlan, l’âme damnée du Fatah. De l’autre côté, celui-ci ne se fait faute de lâcher les termes très compromettants de fanatiques et d’extrémistes à la solde de l’Iran. Et de voir en Khaled Mechaâl un pyromane, incapable d’élaborer une stratégie claire et objective de la lutte libératrice, s’en tenant à des idées aussi fumeuses qu’irréalistes.


Qui croire et qui ne pas croire?


D’autant que le mystère s’épaissit quand certains font allusion à un rôle souterrain de la Syrie [laquelle héberge comme chacun le sait, Mechaâl]. Et surtout quand on ébruite la nouvelle que Al Qaïda a déjà pris pied à Gaza.


On le voit: c’est le sac d’embrouilles! Bien malin qui s’y reconnaîtrait! Et même en ce qui concerne l’attitude de la population civile gazaouie, à l’endroit des dramatiques événements de ces derniers jours, on tâtonne. Approbation ou désapprobation? On ne le sait.


 


L’impératif de l’union


«Tout est compliqué au Moyen-Orient», a-t-on l’habitude d’affirmer dans les cénacles occidentaux. Non sans raison. Au Liban, la situation est indéchiffrable, en Irak c’est le règne de la confusion absolue.


Le deus ex-machina de ce phénomène ressemble beaucoup à cette redoutable déesse hindoue aux multiples bras, qu’elle actionne à tour de rôle. Ses nombreuses mains tirent à hue et à dia la malheureuse victime palestinienne.


Pour parer à cette écartèlement, le bon sens dicte deux impératifs, celui de l’union nationale et celui de fermer les oreilles aux sirènes de tout acabit. Ces précautions sont d’autant plus vitales que poind à l’horizon un danger nommé Barak.


L’élection d’Ehud Barak à la tête du parti travailliste israélien et sa nomination comme ministre de la Défense de l’Etat hébreu est un événement que l’on aurait tort de négliger.


L’arrivée de Barak à la sphère du pouvoir est pourtant, elle, d’une visibilité aveuglante. Il s’agit pour Israël de réparer l’erreur d’avoir confié le poste de ministre de la défense à un civil, Amri Peretz. Tout au long de son existence, l’Etat hébreu a toujours pris soin, sauf en de rares cas, de ne confier ce délicat portefeuille qu’à un militaire, un militaire qui plus est chevronné.


Pour le nouveau responsable de ce département, il s’agit de parer au plus pressé: restaurer l’image d’Israël, une image fortement ébréchée par la désastreuse campagne militaire contre le Hezbollah de l’été dernier. De telle sorte que soit remis sur pied le mythe de son invincibilité.


Pour cela, il sera assigné à Barak l’objectif de rabattre le caquet à ces insolents du Hamas qui ont l’irritant culot de s’inviter en territoire israélien, via leurs salves de roquettes. Il aura aussi à cœur de réorganiser l’armée israélienne  qui a commencé à afficher des signes de décrépitude. Ce ne sera pas pour lui une tâche insurmontable, lui le connaisseur des arcanes de l’armée de son pays. Il a, pour ce faire, quelques mois devant lui, de telle sorte que lorsqu’il se décidera à effacer l’humiliant revers essuyé devant le Hezbollah, l’armée soit fin prête pour la revanche. Ce sera peut-être à l’occasion des futures élections présidentielles auxquelles il compte se présenter. En un mot, son agenda comporte la mise hors d’état de «nuire» des deux organisations qui entendent traiter d’égal à égal avec Israël.


Ainsi, pendant que les Arabes se débattent dans les discordes les plus invraisemblables, Barak, lui, monte au créneau fort de son expérience militaire, mais aussi, ne l’oublions pas d’un sens politique affiné. Un sens qui lui permettra de négocier la paix en position de force, en cas de victoire militaire totale.


 

Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com