Traité européen : Tensions programmées au sommet des 27





Les 27 se sont retrouvés hier soir à Bruxelles pour lancer le chantier d'un nouveau traité européen sur lequel Polonais et Britanniques font peser des risques de blocage: un sommet qui s'annonce tendu et lourd de conséquences pour l'avenir de l'Union européenne.


 


Le Quotidien-Agences


Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a donné la mesure de l'enjeu dans une interview au quotidien Die Welt: "je suis allergique à l'idée d'une Europe à deux vitesses (...) Mais si nous ne pouvons avancer ensemble, elle sera le seul moyen de sortir de l'impasse", a-t-il dit, exprimant l'exaspération qui habite beaucoup d'"anciens Européens" face à un blocage institutionnel vieux de deux ans. 


Le nouveau président français Nicolas Sarkozy, qui a secondé la présidente en exercice de l'UE Angela Merkel dans ses efforts pour un traité abrégé reprenant la substance de la Constitution rejetée par les Français et Néerlandais, s'est montré circonspect sur l'issue de ce sommet qui pourrait se prolonger jusqu'à demain: "On va essayer de trouver un compromis (...) Je ne peux pas imaginer qu'on n'en trouve pas", a-t-il dit.


L'une des grandes incertitudes est l'attitude de Tony Blair, dont les doléances devraient être examinées dès le dîner prévu hier soir.


Sous la pression d'une opinion eurosceptique et sur le point d'être remplacé par un Gordon Brown moins euro-enthousiaste, il a durci le ton ces derniers jours.


Tout nouveau traité devra garantir que la Charte des droits fondamentaux, qui figurait dans la Constitution de l'UE et que les autres Etats membres veulent rendre juridiquement contraignante, ne modifiera pas le droit britannique, a-t-il déclaré au quotidien The Times de jeudi.


L'épée de Damoclès qu'agite Londres est un référendum qui ne pourrait qu'être négatif.


L'autre grand risque vient de la Pologne, qui refuse le passage au système de vote à la majorité qualifiée prévu par la Constitution. Ce système prévoit qu'une décision est prise à la majorité qualifiée lorsqu'elle réunit à la fois 55% des Etats membres et 65% de la population de l'UE, au lieu du complexe système de pondération des voix qui prévaut actuellement, très favorable à Varsovie.


Depuis plusieurs mois, les frères Kaczynski, au pouvoir à Varsovie, ont fait de cette question une obsession, sur fond de craintes d'une prépondérance de l'Allemagne, dont ils rappellent à loisir les crimes commis en Pologne à l'époque nazie.


Ils proposent un autre système, dit de la "racine carrée", qui donnerait plus de voix aux puissances moyennes comme la Pologne.


Si Merkel est "prête" à parler de cela au sommet, elle a rappelé que 25 Etats membres refusaient d'en rediscuter lors de la conférence intergouvernementale qui sera convoquée pour le finaliser au deuxième semestre 2007 - s'il y a bien un accord au sommet. L'espoir est qu'un traité puisse être ensuite ratifié et entrer en vigueur d'ici aux élections européennes de 2009.


Les Pays-Bas sont aussi une source potentielle de frictions. Le Premier ministre Jan Peter Balkenende réclame un rôle de contrôle accru des Parlements nationaux sur les décisions européennes, et les Néerlandais sont, comme les Tchèques, hostiles à tout caractère supranational de l'Europe.


Selon des diplomates, les Belges sont particulièrement furieux contre les Néerlandais qui refusent de voir figurer dans le texte la primauté du droit européen -- une réalité déjà établie par la jurisprudence.


Autre difficulté: la République Tchèque, qui fait aussi partie des eurosceptiques et a été la seule à soutenir - moralement au moins - la Pologne.


Les 18 pays ayant ratifié la Constitution, énervés par ces blocages, pourraient exprimer leurs frustrations en revenant sur des récriminations anciennes -- comme l'éternelle discussion sur le nombre des commissaires.


Face à tous ces risques de blocage, Merkel a promis de "tout essayer".

"Mais une présidence ne peut réussir que si  tous les autres Etats membres sont prêts au compromis", a-t-elle souligné.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com